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Brèves

L’actualité en bref

Le parquet national financier a fait perquisitionner les locaux du groupe Engie (ex-GDF Suez) dans le cadre d’une enquête visant l’ex-ministre de la Culture Rachida Dati. Elle aurait été rémunérée (290 000 euros) de façon occulte par le groupe énergétique alors qu’elle était euro-députée afin de faire du lobbying pour son compte à Bruxelles. Les enquêteurs s’intéressent également aux éventuelles relations d’intérêts qu’elle aurait entretenues avec l’Azerbaïdjan et le Qatar. L’information judiciaire porte sur des soupçons de corruption, trafic d’influence, détournement de fonds publics, recel et blanchiment. Dati est mouillée dans une autre affaire impliquant Carlos Ghosn, l’ex-patron de Renault, et est également soupçonnée de non-déclaration de bijoux à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Un sacré lot de casseroles.

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé depuis le perron de Matignon que les artisans boulangers et fleuristes pourront ouvrir le 1er mai et que les salariés travailleront ce jour-là sur la base du volontariat en étant payés double. Il a indiqué qu’entre-temps, « une instruction sera donnée à l’ensemble des services de l’État » pour que les commerces concernés ne soient pas verbalisés. Une fleur faite à ces petits patrons après le crash à l’Assemblée du texte sur le même sujet défendu par les députés Renaissance. Dans la pratique cela ne changera pas grand-chose car la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a rappelé dans les colonnes du Parisien qu’il existe déjà un accord de branche dans le secteur de la boulangerie artisanale, signé par la CGT, qui prévoit des compensations et des contreparties à l’ouverture le 1er mai. Mais l’important pour Lecornu est de montrer qu’il est à l’écoute des patrons, petits et grands.

Par 77 voix contre 32 les députés ont rejeté un projet de loi transposant un accord conclu entre le patronat et trois syndicats (CFDT, CFTC et FO) et visant à réduire la durée d’indemnisation de l’assurance chômage par les personnes ayant signé une rupture conventionnelle. Le texte, sous couvert d’économies et de « retour à l’emploi », marquait un net recul social. Il prévoyait notamment de ramener de 18 à 15 mois la durée maximale d’indemnisation pour les allocataires âgés de moins de 55 ans, après une fin de contrat de travail à l’amiable. Cette durée serait fixée à 20,5 mois pour les plus de 55 ans, contre actuellement 22,5 mois à 55 et 56 ans et 27 mois après 57 ans. Après avoir été adopté par le Sénat le 1er avril dernier, il aurait du passer à l’Assemblée comme une lettre à la poste vu qu’il avait l’appui des députés du centre, de la droite et de l’extrême droite. Sauf que ces derniers étaient massivement absents et qu’ils se sont retrouvés minoritaires au moment du vote. Les députés de gauche ont alors approuvé un amendement du PCF prévoyant la suppression de l’unique article de cette loi… sauf ceux du Parti socialiste qui se sont courageusement abstenus. Mais le gouvernement ne s’avoue pas vaincu et a fait savoir qu’il convoquerait une deuxième lecture sur le texte. Le combat continue…

Pendant les vacances scolaires, partout dans les quartiers ouvriers de France depuis 2016, fleurissent des villages festifs avec un tas d’ateliers sportifs et préventifs animés par… la police nationale (et leur association Raid Aventure) ! Au programme, il y a la possibilité de se déguiser en CRS, d’apprendre à utiliser menottes et tonfas, et se taper 30 minutes de « dialogue » avec des policières et des policiers. Voudraient-ils convaincre que la mort de Nahel et les tabassages dans les quartiers, rien n’est plus normal ? Mais ça ne sert à rien d’essayer de berner les jeunes, l’image qu’ils ont déjà de la police colle parfaitement à la réalité : une journée de jeu ne suffira pas à leur faire croire que la police n’est ni raciste ni sexiste.

Face au succès de la pétition contre le projet de loi Yadan, qui a recueilli plus de 700 000 signatures vérifiées en un très bref délai et aux nombreuses manifestations de protestation, le gouvernement a provisoirement renoncé à la faire adopter immédiatement. Toutefois, il a annoncé qu’un texte équivalent serait examiné au mois de juin, à la satisfaction de Caroline Yadan, autrice du texte qui criminalise la solidarité avec les Palestiniens et la dénonciation du généocide de Gaza en les assimilant à une forme d’antisémitisme. Cette manœuvre a sans doute pour but de démobiliser les opposants à cette loi en espérant qu’elle passera plus facilement à l’approche des vacances d’été. Donc, restons vigilants. Non à la loi Yadan !

Selon son avocat, Ben Marmarelli, le prisonnier palestinien Marwan Barghouti est victime depuis quelque temps d’une escalade d’abus dans les différentes prisons où il est détenu à l’isolement. En moins d’un mois, cette figure de la résistance palestinienne a été tabassée à trois reprises et agressée par un chien lâché par ses geôliers israéliens, sévices auxquels s’ajoute la privation de soins médicaux, d’eau et de nourriture. Incarcéré par Israël depuis 24 ans, l’ex-secrétaire général du Fatah en Cisjordanie avait été arrêté en avril 2002 et condamné en 2004 à cinq peines de prison à perpétuité. Barghouti reste une figure très populaire auprès de l’ensemble de la population palestinienne et c’est pourquoi son élargissement a toujours été refusé par l’occupant sioniste. Plus que jamais il faut demander sa libération.

La loi contre les polluants éternels (PFAS), promulguée en février 2025, prévoyait la mise en place d’une redevance dont devaient s’acquitter les industriels dont les usines rejettent dans l’eau ces polluants. Or, selon la cellule d’investigation de Radio France, l’entrée en vigueur de la redevance « a été repoussée par Matignon à la rentrée 2026 ». Conséquence : les recettes fiscales attendues de l’industrie chimique pour financer la dépollution des eaux vont se réduire d’au moins 15 millions d’euros. Ce report retarde d’autant la mise en œuvre de la dépollution mais fait plaisir aux industriels pollueurs. Et c’est bien le but de l’opération.

Selon un sondage Ifop pour l’association Dons solidaires, 42 % des personnes interrogées doivent parfois choisir entre l’achat de nourriture ou de produits d’hygiène. Gel douche, dentifrice, déodorant, protections hygiéniques : ces indispensables du quotidien sont devenus pour beaucoup des produits de luxe. Près de 4 millions de personnes renoncent à les acheter faute de moyens. 60 % des familles monoparentales sont dans ce cas contre 43 % pour le reste de la population. Pour les parents de jeunes enfants, les couches et les produits d’hygiène bébé deviennent une variable d’ajustement. 19 % d’entre eux déclarent avoir déjà renoncé à l’achat de couches et 18 % avoir utilisé une protection « bricolée ». 2,3 millions de femmes manquent régulièrement de protections menstruelles (soit 13 % du total) et nombre de personnes âgées renoncent aux couches pour adultes. Quand l’accès à ces produits manque, les conséquences se font également sentir sur la vie sociale. 46 % des personnes concernées disent perdre confiance en elles et un tiers (33 %) se terre chez elles. 28 % déclarent également avoir déjà renoncé à un rendez-vous amical ou amoureux, 27 % avoir déjà évité certaines personnes de leur entourage et 25 % avoir renoncé à une activité sportive. Là encore la pauvreté conduit à l’isolement des familles les plus précaires.

Vincent Bolloré, le milliardaire breton catholique traditionaliste, s’est fait une spécialité ces dernières années d’étendre son influence dans les médias en mettant notamment la main sur CNews, le JDD, Europe 1, Télé-Loisirs, Femme actuelle ou Paris Match… Il a aussi pris le contrôle de plusieurs maisons d’édition via le groupe Hachette notamment Armand Colin, Calmann-Lévy, Fayard, Larousse, Stock, Le Livre de poche… et Grasset. Comme dans ses autres médias, il impose ses quatre volontés. C’est qu’il vient de faire en limogeant le PDG de Grasset, Olivier Nora. En signe de protestation et de solidarité, 130 de ses auteurs ont fait savoir qu’ils quittaient l’éditeur. Dans une lettre ouverte ils dénoncent le « licenciement » du PDG et attaquent les pratiques de Bolloré. La gauche fait de même en l’accusant de transformer ses titres en « outils de propagande ». Ce qui est vrai. Mais dans cette affaire l’arbre Bolloré ne doit pas cacher la forêt. Car dans la société capitaliste une poignée de magnats détient la majorité des titres de presse et d’édition et n’hésite jamais à les mettre au pas. Dans ces conditions « l’indépendance éditoriale » est une illusion.