Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

C’est au Casino de Paris que vient de se tenir le bien-mal nommé « Sommet des libertés » à l’initiative de deux milliardaires : Pierre-Édouard Stérin, patron du fond d’investissements Otium (1,6 milliard d’euros d’actifs) et Vincent Bolloré qui a mis tous les médias qu’il contrôle au service de l’évènement. Cette réunion a rassemblé des élus comme Jordan Bardella, Éric Ciotti et Marion Maréchal mais a été boudée par les ténors de la droite. Le but avoué : unir tout ce joli monde dans la perspective de remporter les prochaines élections. Ce n’est pas gagné. Car si tous les participants se sont accordés sur leur haine des migrants, de la laïcité ou de l’homosexualité, la lutte est rude entre les différents candidats potentiels à la Présidentielle. Le Sommet s’est donc terminé sans photo de famille. Mais tous espèrent malgré tout que Stérin et Bolloré seront là à l’avenir pour leur donner un coup de pouce financier en cas de besoin.

En même temps qu’il se flattait d’avoir imposé un cessez-le-feu entre Israël et l’Iran, Trump a pris la défense de Netanyahou qu’il considère comme « un grand guerrier » et réclamé qu’on annule les procès et poursuites judiciaires engagés contre lui pour corruption. Poursuivi lui-même, et d’ailleurs condamné aux États-Unis, Trump considère probablement qu’un chef d’État est au-dessus des lois et devrait tout pouvoir se permettre sans être inquiété par des juges. Peut-être a-t-il aussi voulu remercier le génocidaire pour avoir arrêté à contre-cœur la guerre qu’il avait lancée contre l’Iran quand son parrain l’a décidé, en renonçant provisoirement à faire subir aux habitants de Téhéran le sort de ceux de Gaza. Un cynisme qui en dit long sur la mentalité d’un personnage qui se prétend le maître de la paix et de la guerre.

Le 24 octobre dernier, une fondation privée faisait ériger une statue haute de plus de deux mètres du général Marcel Bigeard dans le centre-ville, sous prétexte qu’il s’agissait « d’un enfant du pays ». La mairie avait laissé faire. Ce qui, depuis lors, a suscité la colère de nombre de Toulois excédés que l’on rende hommage à un homme dont le nom restera à jamais associé à la torture pratiquée par l’armée française pendant la guerre d’Algérie. Une association de riverains vient de saisir le tribunal administratif pour faire disparaître ce monument qu’ils considèrent comme « un crachat à la figure » des victimes algériennes. On n’a plus qu’à souhaiter qu’ils obtiennent satisfaction.

Le groupe de la grande distribution Colruyt, qui possède 104 magasins en France, principalement dans le nord-est du pays, employant au total 2 300 salariés, a annoncé qu’il allait céder 81 de ses établissements au groupe Intermarché, pour environ 215 millions d’euros, et qu’il fermerait les autres, ce qui va entraîner la suppression de 950 postes dont 899 licenciements économiques d’ici au premier semestre 2026. En cause : le manque de rentabilité de ses magasins. Les élus du Comité social et économique ont dénoncé une décision « incompréhensible et socialement destructrice ». Pourtant tout est clair : encore une fois les salariés sont la variable ajustable pour garantir la rentabilité du Capital.

On marche sur la tête. Une étude cofinancée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) et la région Hauts-de-France, montre que les boissons dans des bouteilles en verre contiennent plus de microplastiques que celles dans des bouteilles en plastique. Il ressort de ce rapport une présence d’une centaine de particules de microplastiques par litre en moyenne, dans les bouteilles en verre de colas, limonades, thés glacés ou bières, et des niveaux de contamination cinq à cinquante fois supérieurs à ceux des bouteilles en plastique ou des canettes. Cette contamination est probablement due à la peinture à base de plastique qui recouvre les capsules en métal. La peinture des capsules comporte en effet des mini-éraflures, invisibles à l’œil nu, probablement dues aux frottements entre les capsules lorsqu’elles sont stockées avant leur utilisation, et qui infectent les liquides. Mais l’Anses se veut rassurante : en l’absence de données toxicologiques de référence, il n’est pas possible de dire si les quantités de microplastiques trouvées présentent ou non un risque pour la santé. On n’a plus qu’à croiser les doigts.

Le ministre britannique de l’Intérieur a annoncé son intention d’interdire le 30 juin prochain Palestine Action, une organisation de soutien aux Palestiniens, qu’il qualifie à cette occasion de « terroriste ». Le gouvernement n’a pas digéré que, la semaine dernière, des militants de ce groupe aient réussi à s’introduire sur la base aérienne de Brize Noron, dans l’Oxfordshire, et aient aspergé de peinture rouge des avions militaires britanniques pour protester contre la complicité du Royaume-Uni dans le génocide israélien de Gaza. Dans une déclaration faite après cette intrusion l’organisation a affirmé : « Malgré sa condamnation publique d’Israël, la Grande-Bretagne continue de soutenir ses opérations militaires. Lorsque le gouvernement faillit moralement et légalement, les citoyens doivent agir. » Plusieurs manifestations ont eu lieu à Londres, notamment à Trafalgar Square, pour protester contre cette menace d’interdiction.

Lors d’une audience devant la cour d’appel d’Alger, le parquet a requis dix ans de réclusion contre l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, le double de la peine à laquelle il avait été condamné en première instance y a trois mois. Il est toujours accusé « d’atteinte à l’unité nationale, outrage à corps constitué, pratiques de nature à nuire à l’économie nationale et détention de vidéos et de publications menaçant la sécurité et la stabilité du pays », alors qu’en fait son seul tort est de s’être montré critique à l’égard du régime. Aujourd’hui âgé de 80 ans et atteint d’un cancer de la prostate, il risque de mourir en prison. Nous sommes loin de partager les idées de Sansal qui s’exprime, souvent, dans des publications marquées très à droite. Mais ce procès est une mascarade comme la plupart de ceux intentés aux opposants du président Tebboune. Sansal doit être libéré.

La famille de Souheil El Khalfaoui vient de recevoir un courrier de la juge d’instruction pour les informer que neuf scellés ont été égarés par la justice. Des pièces à conviction avaient « disparu », notamment des images de vidéo surveillance, des enregistrements d’appels aux pompiers et à la police, mais aussi l’audition filmée du policier auteur du tir mortel. En août 2021, Souheil a été abattu d’une balle dans le cœur lors d’un contrôle de police dans le quartier marseillais de la Belle-de-Mai. Cette perte est loin d’être le premier « dysfonctionnement » de l’enquête, entre fichiers illisibles, fausses déclarations des policiers… Alors oui, la police tue ! Et la justice ne semble pas pressée de le reconnaître.

Comme ou pouvait s’y attendre « le conclave sur les retraites » voulu par François Bayrou et qui réunissait organisations patronales et quelques confédérations syndicales ultra-réformistes n’a rien donné après quatre mois de palabres. Et pour cause. Dès le départ, le Premier ministre avait expliqué qu’il n’était pas question de revenir sur la retraite à 64 ans mais que les fameux « partenaires sociaux » pouvaient toujours négocier sur des bricoles. Un os à ronger. Mais même là-dessus ils n’ont pas réussi à vraiment s’entendre. Quant à engager une véritable lutte pour les retraites, cela ne semble pas à l’ordre du jour ni de la gauche syndicale, ni de gauche politique.