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Rafle du Vél d’Hiv : il y a trente ans, la reconnaissance tardive de Chirac

En juillet 1995 le Président Chirac reconnaissait officiellement, 53 ans après les faits, la responsabilité de l’État français dans la Rafle du Vel d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942, lorsque la police française, sur ordre des autorités allemandes, arrêta plus de 13 000 Juifs, principalement à Paris, avant de les déporter vers Auschwitz. Il s’agissait de la plus grande arrestation massive de Juifs en France de la Seconde Guerre mondiale. Jusqu’à là prévalait la thèse avancée par De Gaulle et reprise par ses successeurs (dont Mitterrand) selon laquelle la population de l’Hexagone était quasi-unanimement toute résistante à l’exception d’une poignée de collabos autour de Pétain. La réalité était un peu différente. Dès le début de l’Occupation une grande partie des membres de l’appareil d’État (policiers, gendarmes, hauts fonctionnaires, anciens parlementaires…) mais aussi l’ensemble du monde économique collaborèrent étroitement avec l’occupant sans état d’âme. C’est dans ce cadre que Pétain participa à la déportation de plus de 80 000 Juifs, Tziganes et homosexuels vers les camps de la mort et envoya plusieurs centaines de milliers de jeunes travailler en Allemagne nazie dans le cadre du Service du travail obligatoire. Et à la Libération, à l’exception de quelques dizaines de responsables trop zélés qui furent condamnés, tout ce beau monde fut absous. Redevenues comme par enchantement « républicaines », la police, la gendarmerie et l’armée participèrent alors activement aux guerres coloniales qui se déclenchèrent bientôt en Indochine, en Algérie ou ailleurs. Sous son étiquette « pétainiste » ou « gaulliste », l’État bourgeois était resté égal à lui-même.