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CHU Nantes : de canicule en canicule… la colère monte !

Au CHU de Nantes, des chambres d’hospitalisation atteignent 40 degrés. Chaque nouvelle vague de canicule met au jour l’état de délabrement de l’hôpital public.

Pannes et système D

Patients et travailleurs du CHU de Nantes souffrent de la chaleur depuis fin mai. Seules les salles de soin sont climatisées pour garantir la conservation des médicaments. Mais beaucoup de clims ont la fâcheuse tendance à tomber en panne, comme beaucoup d’autres équipements du CHU, notamment les machines de la blanchisserie. Une pénurie de linge dans tout l’hôpital alors que tout le monde transpire !

Les équipes se démènent tant bien que mal pour rafraîchir les patients à l’aide de brumisateurs, en aérant dès que c’est possible tout en composant avec les sécurités aux fenêtres, en disposant des couvertures de survie sur les vitres. Très souvent, il n’y a qu’un ventilateur pour deux patients, ce qui suscite parfois des tensions. L’accès à l’eau fraîche est compliqué dans certains secteurs : les frigos ne supportent pas les 40 degrés et tombent, eux aussi, en panne…

La morgue est pleine à craquer

À Nantes comme dans d’autres hôpitaux, on constate un afflux important de patients déshydratés, fragiles, isolés, avec des comorbidités, des décompensations psychotiques. Des décès liés à des insuffisances respiratoires aiguës ou à des décompensations cardiaques ont sans doute été provoqués par la chaleur. À l’échelle nationale, l’Insee compte, pour la canicule de fin juin, 2 025 décès supplémentaires par rapport à la semaine précédente, soit 29,1 % d’augmentation. À Nantes, selon la CGT du CHU, il y a eu 231 décès en juin 2026, alors que la moyenne mensuelle est de 190. Ce n’est qu’une estimation : la surmortalité due à la canicule sera sans doute massive. Et s’il fallait un indice supplémentaire : la morgue est pleine à craquer.

Des Plans blancs pour colmater les brèches

Alors que l’hôpital fonctionne en mode dégradé depuis des années, deux Plans blancs ont été déclenchés par la direction depuis le 26 juin : les salariés sont rappelés chez eux et doivent répondre présents sur la base du volontariat pour faire des heures supplémentaires. Mais on peine souvent à voir la différence. À la morgue, par exemple, l’équipe est en grève depuis le 8 juillet car aucun renfort n’est arrivé pour s’occuper des défunts, tandis que la charge de travail ne cesse d’augmenter. Le constat est le même dans les services d’hospitalisation de médecine où le nombre d’entrées a explosé sans que l’effectif soit renforcé.

Ces deux derniers mois montrent l’ignorance et l’incompétence de la direction du CHU face aux épisodes caniculaires, tant pour garantir la dignité et la qualité des soins pour les patients, que pour protéger les salariés de conditions de travail fortement dégradées. Pour faire face aux afflux, les règles de confinement des malades atteints de maladies infectieuses ont été assouplies. Faute de tenues légères adaptées en nombre suffisant, de très nombreux soignants doivent travailler avec les tenues habituelles en coton épais. À la hâte, certains services ont été équipés de clims, pour les « patients les plus précaires »… mais cela ne représente qu’une chambre sur vingt environ.

Le nouveau CHU : un mirage

Et pour cause : un nouvel hôpital est en cours de construction, à très grands frais. Hors de question, donc, d’investir dans les équipements vieillissants de l’hôpital actuel. Le déménagement étant prévu dans un à deux ans, tant pis pour les prochaines canicules ! La com de la direction vante les mérites du futur bâtiment, qui serait climatisé à 50 % et construit selon les normes « bioclimatiques » les plus strictes. On attend de voir… Un autre bâtiment flambant neuf, jouxtant le nouveau CHU qui abrite notamment des « start-up » de la santé a été inauguré en grande pompe, il y a quelques mois, par la maire de Nantes et tout plein de pontes du CHU. Présenté comme le symbole de l’innovation en recherche médicale, il est déjà inhabitable en périodes de fortes chaleurs : les salariés y bossent dans des bureaux à 37 degrés et 55 % d’humidité ! De quoi faire relativiser les belles promesses…

L’exaspération et la colère grandissent

Certains collègues craquent, épuisés. D’autres parlent ouvertement de grève. Le syndicat Force ouvrière du CHU l’a d’ailleurs bien senti, en appelant à une grève illimitée à partir du 19 juillet. Les revendications portent sur le remplacement de tous les arrêts, le fonctionnement des services avec des effectifs humains suffisants, et la mise en place de mesures pour protéger les patients et les travailleurs de la chaleur : des tenues légères, une prime canicule de 200 euros, des travaux d’isolation dans l’attente du nouveau CHU, etc.

Pour le moment, la grève est davantage dans les têtes que dans les faits. Mais il est de plus en plus clair pour bien des collègues que seul un mouvement d’ensemble sur l’hôpital permettrait d’obtenir ces premières mesures… et de mettre un premier coup d’arrêt aux politiques d’austérités !

Correspondante