
Une histoire révélatrice des conditions de travail
En 2025 une salariée de l’Ehpad de Pontrieux (Côtes-d’Armor) est condamnée au pénal à huit mois de prison avec sursis, 2 500 euros d’amende et trois ans d’inéligibilité pour « violence aggravée suivie d’incapacité totale de travail supérieure à huit jours » sur la directrice de l’établissement. Fin de l’histoire ? Pas sûr.
La version de la salariée est bien différente. Poussée à bout par la direction, elle aurait tenté de s’auto-mutiler. Le certificat médical du médecin présent sur place atteste en effet de scarifications sur le poignet de la soignante.
Les faits dont elle est accusée se sont produits avant une réunion d’équipe, en mars 2025. Faits qu’elle conteste. Elle a donc fait appel de la décision du tribunal.
Une justice patronale, ou le mythe de l’indépendance du système judiciaire ?
Lors du procès en première instance, seuls ont été retenus les éléments à charge. La magistrate en préambule déclarant et indiquant d’emblée que nous n’étions pas aux prud’hommes, et que l’on ne ferait pas le procès de l’Ehpad. Les témoignages décrivant un contexte de travail difficile ont été balayés d’un revers de manche, les éléments explicatifs du passage à l’acte mis au rebut dans la précipitation.
Une injustice flagrante aurait-elle été commise ?
Depuis quelques semaines, d’autres salariés témoignent des conditions de travail dégradées au sein de l’Ehpad.
Dans un texte commun, les syndicats tenus à un devoir d’alerte évoquent, comme ils l’avaient déjà fait l’année dernière en septembre, « un climat anxiogène » avec « des violences verbales, des dénigrements et pressions entraînant des démissions et une multiplication des arrêts maladie pour dépression ».
Lors d’une conférence de presse, les trois syndicats engagés auprès des salariés attendent des gages de la part de la justice et de l’autorité de tutelle, l’agglomération de Guingamp Paimpol.
Ils annoncent que « si rien ne change », ils sont en mesure de « construire un dossier en justice » pour dénoncer un harcèlement moral institutionnel. L’intersyndicale de Guingamp appelle le président de l’agglomération à « assumer ses responsabilités et protéger comme la loi l’y oblige, les salarié.es placé.es sous son autorité ».
Un travail syndical unitaire efficace mené avec les personnels concernés
Ce travail d’accompagnement des salariés en souffrance au travail dans le secteur médico-social n’est malheureusement pas un cas isolé.
Il est indispensable de construire ou de reconstruire de la solidarité collective pour contrer la mise à mal des collectifs de travail décidée par les patrons dans un contexte de contrainte budgétaire drastique.
Il faut s’organiser pour élire des représentants syndicaux combatifs et déterminés qui puissent défendre et dire leurs droits aux salarié.es et jouer le rôle de lanceur d’alerte. En clair, s’autoorganiser pour se défendre et au-delà être des travailleurs qui protègent aussi les plus démunis et fragiles, souvent nos parents ou grands-parents en maison de retraite.
Changer d’appellation en dénommant les Ehpad « Maisons France autonomie » ne coûte pas un centime : c’est de la com’ gouvernementale…
Dans une petite ville comme Pontrieux, qui se proclame petite cité de caractère pour touristes, les travailleurs et travailleuses ne doivent rien lâcher !
Correspondante