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Brèves

L’actualité en bref

Un adolescent a été tué et quatre autres blessés dans un affrontement, sans doute sur fond de trafic de drogue devant un restaurant de Poitiers. Aussitôt le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, s’était précipité sur le plateau de BFM-TV pour affirmer qu’il s’agissait d’une rixe « impliquant entre 400 et 600 personnes avec toutes sortes d’armes ». Or, c’est une version démentie par le procureur de la République qui a parlé d’une soixantaine de personnes, dont de nombreux curieux, à l’arrivée des forces de l’ordre et n’a pas mentionné « de rixe », ni de dégradations. Mais grossir l’affaire permet au ministre de l’Intérieur de décrire un pays à feu et à sang qui justifie sa politique sécuritaire ultra-répressive. Plus le mensonge est gros…

Depuis l’abrogation de l’arrêt Roe versus Wade en juin 2022, par la Cour suprême des États-Unis, le Texas, bastion républicain, est l’un des 22 États américains à interdire l’avortement, y compris en cas d’inceste ou de viol. Les médecins qui pratiquent l’IVG y sont passibles d’une amende de 100 000 dollars (92 000 euros), d’une interdiction d’exercer et d’un emprisonnement à vie. Les Texanes en sont réduites à avorter chez elles illégalement ou à se rendre dans d’autres États, conduisant à une hausse de la mortalité maternelle de 56 %. En deux ans, faute de patientes, plus de 23 cliniques d’avortement ont fermé. Celles qui restent se sont transformées en agence de voyage pour aider les patientes à se faire avorter dans un autre État. Mais les conservateurs « pro-vie » veulent aller plus loin encore dans la lutte contre l’IVG et cherchent à confiner les femmes enceintes à l’intérieur de l’État, de façon à les empêcher de partir avorter là où c’est encore permis. Cela dit, l’interdiction de l’IVG, si elle met la vie des femmes en danger, n’a pas fait diminuer le nombre d’avortements. Au contraire il a augmenté. De janvier à juillet 2023, 511 000 IVG ont été pratiquées dans les 36 États qui autorisent encore l’avortement. Sur la même période en 2020, 465 000 avortements avaient été pratiqués dans l’ensemble des cinquante États américains où l’avortement était légal.

Plus de 200 victimes sont à déplorer dans les inondations qui ont touché le sud-est du pays, particulièrement la région de Valence, et plusieurs centaines d’autres toujours portées disparues.

Dans l’agglomération de Valence, le bétonnage des sols et des champs a fait disparaître les zones humides susceptibles d’absorber l’eau ; en 55 ans, 9 000 hectares de vergers (quasiment la superficie de Paris intra-muros) ont été détruits sous l’action de l’urbanisation. De plus, le fleuve qui traverse la ville, le Turia, avait été détourné après une autre inondation catastrophique en 1957. Construire un canal au sud de la ville, « c’était sans doute une bonne idée à l’époque où il n’y avait dans cette partie de Valence que des vergers qui faisaient l’interface entre la zone inondable à risque et le reste de la ville. Sauf qu’aujourd’hui, cette partie de la ville a été totalement urbanisée », souligne Clément Gaillard, urbaniste spécialiste des projets bioclimatiques. Résultat, le quartier de Pinedo, situé juste à côté de l’embouchure du nouveau lit du fleuve, a été complètement inondé et compte un grand nombre de victimes.

Si le réchauffement climatique est sans doute en partie responsable de la catastrophe, et le sera encore davantage dans l’avenir, la cause principale de l’ampleur du désastre reste l’urbanisation réalisée de façon irresponsable en fonction du profit sous la pression des promoteurs immobiliers.

À l’occasion du 70e anniversaire de l’insurrection du 1er novembre 1954, qui débuta la guerre d’indépendance de l’Algérie, Emmanuel Macron a reconnu que le dirigeant du Front de libération nationale Larbi Ben M’hidi, un des six leaders de la lutte, avait été « assassiné par des militaires français » en 1957 et ne s’était pas suicidé, comme les autorités françaises l’avaient affirmé à l’époque. Une révélation qui n’en est pas une. En effet, la version officielle avait été contestée dès le départ et, dans les années 2000, le général Paul Aussaresses s’était vanté de l’avoir fait exécuter par ses hommes alors qu’il était prisonnier. L’Élysée a présenté la déclaration de Macron comme faisant partie de la recherche de « la vérité historique » initiée, parait-il, par le président. Mais son mandat sera un peu court pour lister tous les crimes que le colonialisme français a commis contre le peuple algérien.

À peine Macron avait-il décollé de l’aéroport de Rabat pour revenir à Paris que les autorités locales arrêtaient Fouad Abdelmoumni, figure bien connue de la lutte contre la corruption et les emprisonnements politiques dans le royaume. Il a été remis en liberté et sera poursuivi. Son crime : le fait, pourtant bien connu et documenté, d’avoir dénoncé la surveillance d’officiels français par le Maroc via le logiciel espion israélien Pegasus. Une occasion pour les défenseurs des droits humains de souligner que, pendant sa visite, Macron s’est bien gardé d’évoquer ce scandale, dans lequel sont mouillés les services de sécurité marocains, mais aussi la question plus large des libertés démocratiques dans un pays qui étouffe sous la férule de Mohamed VI.

Dans le cadre de sa « niche parlementaire » le Rassemblement national a présenté une proposition de loi visant « à assouplir les conditions d’expulsion des étrangers constituant une menace grave pour l’ordre public ». Le débat a donné lieu à une passe d’armes entre Marine Le Pen et le député insoumis, Antoine Léaument. Après avoir déclaré « Madame Le Pen, vous dites vouloir expulser ceux qui sont une menace pour la République. […] Mais c’est vous qui menacez la République en oubliant que 20 millions de nos compatriotes ont au moins un parent, un grand-parent, un arrière-grand-parent qui était immigré », il a invité ensuite les descendants et descendantes d’immigrés de l’hémicycle de lever la main. Prise au dépourvu Marine Le Pen a déclaré « nous aussi notre président s’appelle Jordan Bardella », rappelant les origines italiennes de ce dernier comme gage de son ouverture d’esprit. Ce qui ne l’avait pas empêché, juste avant l’échange, de huer avec ses amis la députée communiste Soumya Bourouaha qui avait déclaré vouloir s’exprimer « en tant que fille d’immigrés ». Chassez le naturel…

La trêve hivernale, qui interdit les expulsions de locataires, a débuté ce 1er novembre et s’achèvera le 31 mars 2025. À cette occasionn la fondation Abbé-Pierre a publié une étude qui montre que l’an dernier près de 20 000 ménages ont été victimes de telles expulsions, le plus souvent parce qu’ils ne pouvaient plus payer leur loyer. Il existe bien des aides, versées par la Caisse d’allocations familiales (CAF), au maintien à domicile en cas d’impayés. Mais l’étude révèle que, selon 81 % des associations interrogées, les ménages accompagnés rencontrent souvent ou très souvent des difficultés pour entrer en contact avec la CAF et pour comprendre ses instructions. Nombre de familles, surtout parmi les plus modestes, ont beaucoup de mal à suivre alors qu’un nombre croissant de démarches se fait par Internet, une technique qu’elles ne maîtrisent pas toujours. Enfin 59 % des ménages habitant en HLM déclarent rencontrer « régulièrement des difficultés à boucler les fins de mois », 70 % des familles monoparentales étant dans ce cas. Dans ces conditions les expulsions ne risquent pas de baisser.

L’Humanité fait état d’une enquête publiée par L’Autre Cercle, une association qui lutte pour l’inclusion des LGBT dans tous les domaines de la vie sociale. Elle indique que si, dans la société comme au travail, l’homophobie tend à se réduire, se montrer au grand jour dans le milieu professionnel reste encore difficile pour les salariés LGBT+, particulièrement pour les femmes lesbiennes. En 2022, 38 % des femmes lesbiennes interrogées n’avaient pas mis leur conjointe sur leur mutuelle et 41 % avaient renoncé à participer à des événements où les conjoints des salariés étaient invités. Et presque un salarié LGBT+ sur deux (49 %) n’est toujours pas visible auprès de sa hiérarchie. Enfin, 20 % des personnes lesbiennes, gay ou bi n’ont pas activé leurs droits liés à la parentalité ou à la conjugalité. Les préjugés ont la vie dure.

Il a fallu plus d’un an pour que les éditions Dupuis retirent de la vente une BD de Yann et Dany intitulée Spirou et la Gorgone bleue. L’album, publié en septembre 2023, comportait des représentations assimilant des personnages noirs à des singes. Pourtant, dès sa parution, des internautes avaient tiré la sonnette d’alarme. Une vidéo intitulée La BD la plus RACISTE de 2024, et accompagnée de planches explicites de l’album, avait cumulé plus de deux millions de vues. Finalement l’éditeur a jeté l’éponge plaidant « une erreur d’appréciation » et soulignant que « cet album s’inscrit dans un style de représentation caricatural hérité d’une autre époque ». Ce n’est pas une excuse. Car, comme Tintin au Congo, parue en 1930 et qui se déroule dans l’ancienne colonie africaine belge, on ne compte plus les BD qui ont charrié les stéréotypes colonialistes et racistes.