Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

La chaîne BFM TV avait décidé de consacrer un publireportage à l’entreprise Duralex, bien connue pour sa production de vaisselle et qui vient de se relancer. Le clou de l’émission était un direct depuis le site de production de la société pour faire la démonstration que les verres de la marque étaient incassables. Mais tout ne s’est pas déroulé comme prévu. Au premier essai le verre lancé sur le sol se brise en mille morceaux. Et les deux tentatives suivantes ont abouti au même résultat. Finalement, un quatrième essai a été réalisé peu après dans les bureaux de la société… mais pas en direct. Posté sur le compte X du journaliste de BFM TV Cédric Faiche, on peut (enfin) voir le fameux verre résister à l’impact d’un lancer sur le sol. Miracle ! Il est courant, dans les publireportages et les publicités, de bidonner un résultat pour vanter l’excellence d’un produit après des consommateurs que l’on prend pour des gogos. Mais cela se fait rarement en direct. Et pour cause…

Au moins 37 personnes ont perdu la vie dans la Manche cette année en tentant de rejoindre les côtes britanniques. Un tragique record qui s’explique selon les associations de défense des migrants par la pression des patrouilles de police. « Comme il y a davantage de surveillance sur les plages aujourd’hui, les départs sont moins fréquents, mais les bateaux sont surchargés pour maximiser les chances d’arrivée. On voit des bateaux partir avec jusqu’à 100 personnes à bord, c’est extrêmement dangereux », souligne la rédactrice en chef d’Infomigrants, Amara Makhoul, alors même que les passeurs embarquaient de 30 à 40 passagers il y a quelques années. Les embarcations, elles, restent très précaires et inadaptées pour supporter autant de personnes. De plus, en partant de toujours plus loin, de Boulogne-sur-Mer et parfois de la baie de Somme, ils multiplient ainsi les risques pour les migrants de se trouver en difficulté en pleine mer, avec des trajets beaucoup plus longs, jusqu’à 130 kilomètres pour atteindre des côtes britanniques qui ne sont distantes, à Calais, que de 30 kilomètres. Et si les passeurs sont des vautours et des assassins qui exploitent la misère des migrants, ils se voient mâcher le travail par les policiers français et britanniques. C’est pourquoi l’association Utopia 56, acteur clé de l’aide aux migrants à Calais, a dénoncé une politique de répression policière sur le littoral français « qui conduit à des incidents et à des drames […] à répétition ».

Une nouvelle série de témoignages de victimes d’agressions sexuelles par l’abbé Pierre, dont des mineurs, vient d’être rendue publique. Du coup, les patrons de la chaîne Emmaüs et la fondation Abbé-Pierre ont déclaré vouloir « prendre leurs distances » avec leur fondateur et se débarrasser de cette image gênante pour leur business. Pourtant, s’ils ne sont pas eux-mêmes des prédateurs sexuels, ils ont couvert les agissements de l’abbé pendant des dizaines d’années, car la mythologie construite autour de ce personnage douteux les servait. Derrière son image de prêtre défenseur des pauvres s’est mise en place toute une chaîne de centres d’hébergement et de boutiques dont les pratiques sont bien peu charitables. Les « compagnons », souvent SDF, y sont durement exploités sans le moindre respect pour les lois sociales, grâce à tout un réseau de complicités. Plusieurs grèves ont d’ailleurs eu lieu dans des centres Emmaüs et des magasins contre ces patrons cyniques. Leur changement de marque n’en fera pas des bienfaiteurs…

Un adolescent de 14 ans a ouvert le feu à l’aide d’un fusil d’assaut dans son lycée d’Apalachee faisant quatre morts – deux élèves et de deux professeurs – et une dizaine de blessés. Cette fusillade est au moins la 45e à se produire dans une école du pays depuis le début de cette année. Mais également la plus meurtrière. Le jeune « sera poursuivi pour meurtre et jugé en tant qu’adulte », a précisé Chris Hosey, le directeur du bureau des enquêtes de l’État de Géorgie, promettant une comparution devant le tribunal « dans un délai raisonnable ». Mais pas question d’interdire les armes. Car le fléau des fusillades dans les établissements scolaires n’est que la face apparente de l’iceberg dans un pays où il y a plus d’armes en circulation que d’habitants et où aucun gouvernement n’a pu, ou voulu, limiter leur utilisation, capitulant devant le puissant lobby des armes, la Nation Rifle Association, qui a dans sa manche des dizaines de politiciens, au Sénat comme à la Chambre des représentants, aussi bien républicains que démocrates.

Aux Antilles, les prix des denrées alimentaires sont, en moyenne, 40 % plus chers que dans l’Hexagone alors que ce n’est pas le cas ni des salaires, ni des allocations diverses. C’est pourquoi le Rassemblement pour la protection des peuples et des ressources afro-caribéennes (RPPRAC) avait envoyé le 1er juillet une lettre d’injonction aux cinq principaux acteurs du secteur de la grande distribution ainsi qu’au préfet de Martinique réclamant l’alignement des prix sur ceux de la Métropole. La lettre étant restée sans réponse, des centaines de personnes ont manifesté à Fort-de-France, bloquant avec des palettes et des pneus le port par lequel transite l’essentiel des importations de l’île. Elles ont été violemment dispersées par la police. Le matin même la police avait interpellé Rodrigue Petitot, le président du Rassemblement.

L’association Anticor vient de gagner une nouvelle manche contre le gouvernement qui lui avait retiré, sans explication, son agrément qui permettait à l’association de se porter partie civile dans les affaires de corruption. Le 9 août dernier, le tribunal administratif, saisi par l’association, avait « enjoint au Premier ministre de réexaminer la demande d’agrément » de l’association de lutte contre la corruption « dans un délai de quinze jours ». Ce qu’il n’a toujours pas fait. Le même tribunal l’a donc condamné à payer une astreinte de 1 000 euros par jour de retard tant qu’il n’aurait pas réexaminé la demande d’Anticor. Pour Vincent Brengarth, avocat de l’association, « c’est une véritable gifle infligée au gouvernement dont la résistance illégale est durement sanctionnée ». Sauf qu’en dernière analyse l’astreinte sera payée… par les contribuables.

C’est Thomas Portes, député LFI de Seine-Saint-Denis, qui avait lancé l’alerte. Imane Maarifi, une infirmière française de 37 ans qui s’était rendue l’hiver dernier dans la bande de Gaza, dans le cadre d’une mission de la fondation Palmed, une association médicale spécialisée dans les soins à apporter aux Palestiniens, a été interpellée par la police. Elle avait travaillé à l’hôpital européen de Khan Younès et, depuis son retour, elle avait multiplié les témoignages pour faire comprendre, au travers d’interviews et de conférences, ce qu’endurait chaque jour la population de Gaza. Elle avait également été entendue par une commission parlementaire. Le 5 septembre, à l’aube, les forces de police ont fait irruption à son domicile et elle a été interpellée devant sa famille et conduite au commissariat du 8e arrondissement de Paris. Il lui était reproché d’avoir proféré des insultes et des menaces de mort dans le cadre d’une campagne visant à contester la tenue d’un événement controversé : le salon israélien de l’investissement et de l’immobilier, prévu à le 8 septembre à Paris. Cet événement, qui promeut l’acquisition de biens immobiliers en Israël, mais aussi dans les territoires palestiniens occupés, est une véritable provocation. Ce sont les organisateurs de ce salon qui avaient porté plainte contre elle. Elle a finalement été relâchée sans être poursuivie.

Le nouveau Premier ministre commence fort. Lors de la passation des pouvoirs sur le perron de Matignon, il a notamment déclaré : « J’ai appris dans ma longue vie publique que les bonnes idées venaient de partout, d’ailleurs, souvent des gens les plus modestes, les plus simples, quand on prend le temps de les écouter. » Et de poursuivre : « J’ai bien des exemples en tête de progrès, petits ou grands, qui ont été accomplis grâce à des idées, de bonnes idées, de bonnes solutions apportées par les gens d’en bas… qu’il faut respecter. » Ce ton de dame patronnesse ne fait que traduire un profond mépris de classe venant de quelqu’un qui, à l’évidence, se considère comme faisant partie « des gens d’en haut ». Aux « gens d’en bas » de lui faire ravaler son attitude condescendante…

Finalement, c’est Michel Barnier (Les Républicains), 73 ans, que Macron a sorti de son chapeau pour devenir Premier ministre, le plus vieux de la Ve République. La qualité principale de Michel Barnier, technocrate assez terne, est sa souplesse d’échine. Il s’adapte à tout et tourne avec le vent. Ministre dans plusieurs gouvernements de droite puis commissaire européen, en charge notamment du Brexit, il s’est distingué pour défendre des positions proches de l’extrême droite – notamment sur l’immigration, le voile, la double peine pour les délinquants étrangers, etc. – et, de plus, pour être peu ou prou homophobe puisqu’en son temps il s’était opposé à la dépénalisation de l’homosexualité. Il souhaite le recul de l’âge de la retraite à 65 ans, l’augmentation de la durée hebdomadaire du temps de travail et la création d’une aide sociale unique remplaçant les aides sociales et conditionnée à une disponibilité du bénéficiaire, notamment pour « effectuer des activités utiles à la collectivité ou en entreprise ».

De quoi, sinon séduire le Rassemblement national, du moins obtenir de lui une neutralité bienveillante à l’Assemblée nationale. D’ailleurs aussitôt que son nom a été rendu public, le président du RN, Jordan Bardella, a fait savoir qu’il ne s’opposerait pas par principe à Barnier mais que lui et ses députés « jugeront sur pièces ». Dans ces conditions, il est possible que Barnier obtienne une majorité à la Chambre. Mais ce sera un court répit dans la crise politique que traverse le pays et qui n’est pas près de se résoudre. Aux travailleurs de s’organiser pour ne pas en faire les frais.