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Brèves

L’actualité en bref

Le New York Times, quotidien peu suspect de sympathie à l’égard des Palestiniens, et encore moins du Hamas, vient de publier une enquête qui indique que les violences sexuelles israéliennes sur les détenus palestiniens sont généralisées. Ces violences contre des hommes, des femmes et même des enfants sont commises par des soldats, des colons, des interrogateurs de l’agence de sécurité intérieure Shin Bet et, surtout, par des gardiens de prison. Israël a bien sûr démenti en parlant d’une « campagne anti-israélienne mensongère et soigneusement orchestrée ». Sauf que les dénonciations du quotidien américain ne sont pas isolées. Déjà, en février, le Comité pour la protection des journalistes avait dénoncé des violences systémiques, notamment sexuelles, sur les journalistes palestiniens dans des prisons israéliennes entre octobre 2023 et janvier 2026. Pour faire contrepoids une commission d’enquête israélienne a publié un rapport affirmant que le Hamas et d’autres groupes palestiniens s’étaient rendus coupables de « violences sexuelles systématiques, à grande échelle » lors de l’attaque du 7 octobre. Cette publication est de toute évidence un contre-feu à la dégradation de l’image d’Israël dans presque tous les pays du monde face au génocide des Palestiniens. Quelle que soit la part de vérité qu’il puisse contenir, le comportement criminel des uns ne peut ni justifier, ni cautionner celui des autres.

Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne se sont réunis pour discuter de possibles sanctions à prendre contre les colons israéliens coupables de violences en Cisjordanie et, éventuellement, contre les ministres d’extrême droite qui les soutiennent. Le problème est on ne peut plus d’actualité. Selon des rapports palestiniens, des colons auraient mené plus de vingt attaques à travers la Cisjordanie au cours du week-end dernier, blessant plusieurs personnes et incendiant des maisons. Mais la question des sanctions est un feuilleton à épisodes qui n’aboutit jamais du fait des désaccords entre les pays membres mais aussi, et surtout pourrait-on dire, par manque de volonté politique de sanctionner l’État sioniste. Car si les colons peuvent se montrer violents, c’est qu’ils sont assurés du soutien de l’armée et de tout l’appareil d’État. Mais sanctionner certains d’entre eux, voire imposer des taxes aux produits agricoles produits dans les colonies « illégales », sera un coup d’épée dans l’eau. Comme il n’est toujours pas question de suspendre l’accord de coopération Union européenne-Israël, le reste est du bla-bla pour amuser la galerie.

Tous les ans la commune avait l’habitude de célébrer le 10 mai la Journée nationale de commémoration de l’abolition de l’esclavage instituée depuis 2006, le jour anniversaire de l’adoption de la loi portée par Christine Taubira. Mais la nouvelle municipalité d’extrême droite, dirigée par une coalition du Rassemblement national et de l’Union des droites d’Éric Ciotti, a décidé de zapper la date en question en mettant en avant deux « arguments ». D’abord, la commémoration coûtait trop cher (1 500 euros, ce qui n’est pas la mer à boire) et, de plus, l’esclavage n’existe plus. Outre le fait qu’il n’est jamais inutile de se remémorer une page sombre de l’Histoire (la France fut en son temps une des premières puissances esclavagistes), dire qu’aujourd’hui l’esclavage a disparu est aller un peu vite en besogne. L’ONU chiffre à 50 millions le nombre de personnes qui vivent une forme d’esclavage actuellement dans le monde et la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains établit quant à elle à plus de 7 000 le nombre de victimes d’esclavage aujourd’hui dans ce pays. Mais pour l’extrême droite, dans la mesure où la plupart des victimes sont des migrants, tout cela compte pour du beurre.

Lors des célébrations de la journée du 8 mai organisées par la mairie, les participants ont été un peu étonnés d’entendre le vieil hymne pétainiste Maréchal, nous voilà ! diffusé à fond par les haut-parleurs de la place. Il faut dire que, depuis les dernières élections municipales de mars dernier, c’est le Rassemblement national qui a pris les rênes de la municipalité. Cette initiative a suscité des remous et a conduit le parquet à ouvrir une enquête. Finalement la mairie s’est excusée pour cette « erreur », rejetant la faute sur le prestataire chargé de la programmation musicale. Nouvel accroc dans les efforts faits par le RN pour se « respectabiliser ». Mais chassez le naturel, il revient au galop…

Selon un sondage YouGov pour le HuffPost, face à la hausse des carburants, 66 % des personnes interrogées souhaitent taxer les bénéfices exceptionnels que réalisent les entreprises pétrolières. Sans surprise, cette mesure est très populaire à gauche (85 % des sympathisants et électeurs du Parti socialiste y sont favorables) mais aussi dans le camp présidentiel (67 % de pour) et même chez les Républicains (59 %). Ce qui n’empêche pas le gouvernement, non seulement de refuser de prendre une telle mesure mais, de plus… de voler au secours de TotalEnergies. « On a la chance d’avoir une major, Total, qui produit du pétrole, le raffine, bloque les prix sur les ponts de mai », et, plutôt que l’attaquer « il faut le saluer » a déclaré le ministre du Commerce, Serge Papin, sur Franceinfo. Quant à la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, elle a tenu à affirmer : « C’est facile de tomber dans le Total bashing, c’est l’entreprise française que l’on adore détester. Mais avoir un grand pétrolier, c’est un outil de souveraineté et d’indépendance important. » En résumé, pas touche aux superprofits des pétroliers. Les automobilistes continueront de payer l’addition.

« Je hais les bougnoules », « Faudrait tous les brûler au lance-flamme ». Ces propos racistes, dénoncés par une femme auprès du journal Le Monde et du média d’investigation Lighthouse Reports ont été tenus par des matelots qui faisaient partie de l’équipage du Ridens, un navire affrété par l’État depuis 2023 dans le Pas-de-Calais pour venir aux migrants qui tentent la traversée vers le Royaume-Uni dans des embarcations de fortune. D’autres marins les ont traités « d’animaux » et ont volontairement restreint leurs rations d’eau. Suite à plusieurs plaintes une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Dunkerque pour « injures publiques en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion » et de « mise en danger de la vie d’autrui par violation manifestement délibérée d’une obligation de prudence ou de sécurité ». Avec de tels « sauveteurs » les migrants n’ont vraiment pas lieu d’être rassurés.

Cinq salariés noirs ont été licenciés de l’entreprise de sécurité Watch Over qui officie à l’aéroport de Roissy. Leur tort ? Avoir été mis à l’écart lors d’un tournage d’un reportage pour TF1 en août dernier et l’avoir dénoncé auprès de leur hiérarchie. L’encadrement ne souhaitait visiblement pas qu’ils apparaissent à l’écran et les a remplacés par des salariés blancs !

1er mai 2026, 4 heures : les premiers salariés de la boulangerie Le Pétrin dauphinois à Domarin (Isère) commencent leur journée. Ce n’est ni le paternalisme ambiant dans les magasins, ni les salaires mangés par l’inflation, ni encore la peur des représailles qui les ont poussés à sacrifier un jour de repos payé. La preuve ? Leur patron, M. Amieux, leur a fait signer un papier qui le dit !

8 h 30 : des inspecteurs du travail font savoir à M. Amieux qu’il est dans l’illégalité et qu’il risque une amende. Il ne l’ignorait pas, mais il s’en fiche un peu. Depuis des années qu’il exploite ses salariés le 1er mai, ce n’est pas en 2026 que ça va changer…

12 h 10 : M. Amieux, par ailleurs président de la fédération des boulangers locale, intervient par téléphone sur RMC, radio officieuse du petit patronat pleurnicheur. M. Amieux a 14 salariés, ce n’est pas vraiment un « petit », mais qu’importe, il déroule : « Ça ne me fait pas peur […] le Premier ministre a été clair que s’il y aurait des amendes, on ne les paierait pas ».

Juste après son passage radio, le Premier ministre l’appelle et lui confirme qu’il n’aura aucune sanction. Ce petit numéro est à la fois un coup de com’ et un coup monté qui fait passer un gros boulanger pour la petite victime d’une vilaine tradition ouvrière. Il n’avait qu’un seul but : faire accepter un recul sur un jour qui doit rester celui des travailleurs !

« Il était une fois un jeune homme, qui avait grandi dans un HLM dans le 93, élevé par une mère Atsem et célibataire. Il s’appelait Jordan Bardella et voulait être président pour sauver la France, et aider les pauvres, comme lui. » Le RN va avoir un peu plus de mal à vendre ce conte sur Jordan Bardella maintenant qu’il vient d’officialiser sa liaison avec la princesse Maria-Carolina de Bourbon des Deux-Siciles. Une démonstration, s’il en fallait encore (après notamment les repas de Bardella avec des grands patrons), que le RN est au service des nantis et est lui-même composé de pas mal de millionnaires aux comptes bien remplis. La véritable histoire serait donc plutôt : « Il était une fois un jeune raciste aux dents longues nommé Bardella, en couple avec une princesse, et qui voulait devenir président pour servir les riches et les puissants. »