Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Le PDG d’EDF, Luc Rémont, a présenté les résultats du groupe, marqués pour l’année 2023 par un bénéfice record de 10 milliards d’euros. Bénéfice dont l’entreprise publique n’a pas fait bénéficier les consommateurs dont les factures énergétiques ont augmenté de 10 % début février. Par contre il envisage un (petit) geste à l’égard des PME en difficulté. Mais rien pour les ménages modestes.

Plusieurs pays, dont la France, ont bloqué l’adoption d’une législation européenne censée renforcer les droits des travailleurs des plateformes numériques comme Uber ou Deliveroo. La directive, discutée de longue date, visait à requalifier comme salariés de nombreuses personnes, livreurs de repas ou chauffeurs de VTC indépendants, afin de renforcer leur protection sociale. Elle devait aussi harmoniser les critères de cette requalification à l’échelle européenne. Paris s’y est opposé, la jugeant « trop floue ». Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, a parlé à propos de cet abandon de « beau cadeau pour Uber et son modèle de travail sans droit. » De son côté la Fédération européenne des travailleurs des transports n’a pas non plus mâché ses mots en déclarant : « C’est un coup dur pour des millions de personnes luttant avec des salaires ridicules. » À noter que ce n’est pas la première fois que Macron, chaud partisan du statut de pseudo « auto-entrepreneur », fait une fleur à Uber.

Le groupe de BTP Vinci vient d’afficher des résultats record. Son chiffre d’affaires s’établit à 68,8 milliards d’euros en 2023, soit une hausse de 12 % par rapport à 2022. Quant au résultat net, il a progressé de 10 % sur la même période pour atteindre 4,7 milliards d’euros. Ce qui ne l’empêche pas de menacer de trainer l’État en justice pour ne pas payer la nouvelle taxe sur les infrastructures de transport de longue distance d’un montant de 272 millions d’euros dont il devra s’acquitter en 2024. Ce qui écornera à peine ses fabuleux bénéfices.

Les directeurs, doyens et médecins chefs de 32 centres hospitaliers universitaires ont écrit au ministre de la Santé pour lui faire part de la situation dramatique dans laquelle se trouvent leurs établissements. En 2023, leur déficit cumulé a triplé en un an et a atteint 1,2 milliard. Ils évoquent dans leur lettre les difficultés « les plus graves depuis la création des CHU en 1958 ». Ils poursuivent qu’au cours de l’année dernière « la capacité d’autofinancement des CHU, et par conséquent d’investissements, a chuté de 86 % ». Faute d’investissements conséquents de la part de l’État, l’hôpital public continue sa descente aux enfers. Le pouvoir considère en effet l’hôpital comme une entreprise capitaliste dont les comptes devraient être équilibrés et qui devrait par conséquent s’autofinancer. Mais la santé est un service public et n’a pas à être rentable. La santé de la population doit passer avant le profit !

L’ancien numéro un du tennis mondial, Rafael Nadal, est au cœur d’une polémique après des propos sexistes qu’il a tenus dans l’émission El Objectivo de la chaîne de télévision espagnole La Sexta. Le tennisman de 37 ans a en effet déclaré en direct au sujet de l’égalité salariale entre les femmes et les hommes : « Les mêmes salaires ? Non, pour quoi faire ? » Se rendant compte de sa bourde, il a tenté de se rattraper : « Si vous me dites que le féminisme, c’est penser qu’un homme et une femme méritent exactement les mêmes opportunités, je suis féministe. » Avant de marteler, 14 fois pendant l’émission : « J’ai une mère et une sœur. » Cette dernière phrase a été largement reprise et moquée sur les réseaux sociaux. Le quotidien El País y a même consacré un article, signé d’Angeles Caballero. « Ce moment est magnifique quand [Nadal] dit qu’il a une sœur et une mère. Espérons qu’il a un ami gay, un voisin noir et nous aurions le forfait tout compris du gentleman pas encore déconstruit. »

Malgré l’opposition farouche de son aile la plus droitière, soutenue à fond par l’Église orthodoxe, le Premier ministre conservateur Kyriakos Mitsotakis a porté devant le Parlement une loi autorisant le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels. Devant le bâtiment, au cœur d’Athènes, la nouvelle a été accueillie dans la liesse par des manifestants aux couleurs du drapeau arc-en-ciel. La Grèce devient ainsi le premier pays à majorité orthodoxe à légaliser le mariage civil entre personnes de même sexe. C’est une façon pour Mitsotakis de tenter de redorer un peu son blason à l’échelle européenne où il est régulièrement accusé de bafouer les libertés. Le Parlement européen avait récemment dénoncé « des menaces très graves qui pèsent sur la démocratie, l’État de droit et les droits fondamentaux en Grèce ». Mitsotakis n’a pas manqué, dans ses déclarations, de présenter cette loi comme un démenti apporté à ces accusations, vantant « un tournant pour les droits de l’homme » dans un « pays progressiste et démocratique, passionnément attaché aux valeurs européennes ». Les journalistes continuent pourtant à faire l’objet de menaces physiques ou verbales, y compris de la part de responsables politiques de haut rang, de surveillance par des logiciels espions et de poursuites abusives parfois menées par l’entourage du chef du gouvernement. Tout cela place le pays au 107e rang mondial en termes de liberté de la presse.

L’Égypte construit un camp fermé et sécurisé dans le Sinaï pour accueillir les Palestiniens de Gaza fuyant la guerre, en cas d’offensive israélienne sur Rafah, soutient une ONG égyptienne, la Fondation du Sinaï pour les droits humains. Selon elle, et le quotidien américain le Wall Street Journal, ce camp se présenterait sous la forme d’un enclos fermé de 13 km2. Il pourrait contenir jusqu’à 100 000 personnes en cas d’exode massif. Le gouverneur du Nord-Sinaï, Mohamed Abdel Fadil Choucha, a démenti toute construction de ce type, mais l’ONG égyptienne a souligné que deux chefs d’entreprise locaux lui avaient confirmé avoir obtenu des contrats pour bâtir une zone fermée « entourée de murs de sept mètres de hauteur ». En outre, des images satellites montrent des engins de chantier construisant un mur après que le terrain ait été nivelé. Une façon comme une autre de rappeler que les Gazaouis qui échapperont au massacre ne seront pas les bienvenus en Égypte.

Jeudi 16 février, 200 personnes ont manifesté devant le siège de la Compagnie des pêches de Saint-Malo pour dénoncer la mise en service du chalutier Annelies. Ce bateau usine, un des plus grands du monde, mesure 145 mètres, au point de ne pas pouvoir entrer dans le port de Saint-Malo, et pêche à de très grandes profondeurs. Sa cargaison de merlan bleu sera donc débarquée et traitée en Hollande, pour revenir ensuite en partie en Bretagne dans les ateliers malouins qui fabriquent des bâtonnets de Surimi.

Ce bateau bat pavillon polonais, ce qui permet de ne pas respecter la législation française du travail, selon une méthode classique des armateurs…

On comprend que les pêcheurs locaux, dont les conditions de vie sont de plus en plus difficiles et dont le nombre diminue régulièrement, soient en colère. Ils se plaignent notamment des réglementations qui limitent leur pêche face à cette concurrence. Ils subissent, comme les petits paysans, les effets de la concurrence capitaliste qui concentre de plus en plus la production. Le problème fondamental n’est pas en effet la taille des bateaux, mais le système dans lequel nous vivons où le profit passe avant tout. Même si les artisans pêcheurs sont attachés à leur mode de vie, celui-ci a aussi beaucoup d’inconvénients, à commencer par les risques de naufrage, l’incertitude des revenus et des conditions de travail particulièrement dures. Dans une société socialiste, il serait certainement possible à la fois de planifier la pêche pour préserver les espèces et d’offrir de meilleures conditions de travail à tous les pêcheurs.

L’opposant russe Alexeï Navalny vient de mourir dans sa prison. L’information a été donnée par les autorités pénitentiaires. On peut supposer que ses conditions de détention ne sont pas étrangères à sa mort, car il n’avait que quarante-sept ans. Navalny avait déjà été victime d’une tentative d’empoisonnement alors qu’il séjournait en Angleterre. Néanmoins, il était rentré en Russie en janvier 2021 et avait été immédiatement emprisonné puis condamné à une peine de 19 ans de prison pour son opposition au régime de Poutine, qualifiée de trahison.

Navalny était sans nul doute un homme courageux. Sur son blog, qui était suivi par des millions de personnes, il avait dénoncé de nombreux scandales de corruption. Pourtant, il n’avait rien d’un progressiste, même s’il s’opposait à la guerre d’Ukraine, il était tout aussi nationaliste que Poutine et il avait, entre autres, exprimé son opposition aux migrants.

À l’approche de la Présidentielle, qui sera probablement une mascarade, faute de concurrents disposant des moyens de s’exprimer, peut-être Poutine a-t-il voulu donner un avertissement à ceux qui seraient tentés de s’opposer à lui. Après Prigojine, voilà le tour de Navalny. Décidément, il ne fait pas bon s’opposer au dictateur en Russie.