Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé avoir saisi la justice après des accusations de violences sur des membres français de la flottille pour Gaza lors de leur détention en Israël. Il appuie son signalement sur un « rapport que j’ai demandé à notre consul général en Turquie, qui m’a fait état de violences sexuelles, d’exposition au froid, de coups, mais aussi d’humiliations répétées à l’encontre de ressortissants français ». Peu avant cette annonce, les avocates des membres français de la flottille avaient dénoncé de leur côté le « simulacre de condamnation » de ces actes par Paris et annoncé leur refus de rencontrer le ministre des Affaires étrangères pour évoquer la question. Depuis des années les autorités israéliennes torturent les prisonniers – palestiniens ou autres – dans leurs prisons, mais ni le gouvernement, ni la présidence de la République n’ont jamais pris aucune sanction à l’égard de l’État sioniste. Bien mieux, lorsqu’en 2024 la Cour pénale internationale a lancé un mandat d’arrêt contre Netanyahou, Matignon avait aussitôt fait savoir qu’il ne serait pas appliqué si le Premier ministre israélien mettait le pied sur le territoire français. Alors aujourd’hui l’indignation de Barrot est aussi tardive qu’hypocrite.

Alexandra Palt, la présidente de l’ONG Fonds mondial pour la nature-France (WWF France) a été contrainte de démissionner de son poste suite de sa participation à un rassemblement anti-raciste organisé le 4 avril dernier par le maire LFI de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Bally Bagayoko. Cette présence lui avait été reprochée par la présidente d’honneur du WWF France, Isabelle Autissier, et un membre du conseil d’administration. Ces derniers avaient défendu l’« apolitisme » du WWF. L’intéressée leur a répondu : « Je considère que la lutte contre le racisme et l’antisémitisme touche aux fondements mêmes de notre pacte républicain et ne devrait jamais être réduite à un clivage partisan. » Mais chez WWF, on semble attacher plus d’importance aux petits oiseaux qu’aux humains.

L’assemblée générale de TotalEnergies s’est déroulée au siège de la société dans le quartier parisien des affaires de La Défense. L’occasion pour des militants de gauche et écologistes de manifester non loin de l’immeuble pour réclamer notamment « la taxation des super-profits » et dénoncer « les projets mortifères de TotalEnergies en Afrique ». Face à des actionnaires qu’il a gavés de dividendes, grâce notamment à la crise de l’énergie et à un bénéfice record de près de 5 milliards d’euros au premier trimestre de cette année, Pouyanné n’a eu aucun mal à faire adopter une modification des statuts du groupe qui lui tenait particulièrement à cœur. Celle portant la limite d’âge de la fonction de président de 70 à 75 ans, et celle de directeur général de 67 à 70 ans. Ces deux fonctions (et les indemnités qui vont avec) sont cumulées depuis 2014 par un certain… Patrick Pouyanné. Qui n’oublie jamais de se servir au passage…

Alors que son mandat arrive à expiration cette année, la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Dominique Simonnot, a présenté un dernier rapport annuel particulièrement sombre. Dans les prisons le taux de remplissage est de 171 %, 7 540 détenus dorment sur des matelas au sol contre 4 752 un an plus tôt sans compter la prolifération de rats et de punaises, l’absence d’intimité, et l’explosion des violences et de l’insécurité. En outre, la contrôleuse a recensé environ 250 morts en prison, dont près de la moitié par suicide. Dans les centres de rétention administrative, les nuisibles pullulent, les sanitaires sont hors d’usage, bouchés, humides, mal éclairés et marqués de traces de crasse ou d’humidité, les accès aux soins de santé aléatoires et la protection contre les violences très insuffisante. Dans les hôpitaux psychiatriques, dont la fonction est le soin, la pénurie des soignants réduit directement la capacité préventive des équipes et on a recours de plus en plus systématiquement aux pratiques d’isolement et de contention forcée sans consentement des malades. Un constat catastrophique. Chaque année, les ministères concernés sont informés de l’état des lieux de privation de liberté mais, en général, ils ne font rien pour améliorer les choses.

Jeudi 28 mai, le célèbre astronaute Thomas Pesquet a pris la parole sur le plateau de La Grande Librairie pour parler des violences faites aux femmes. Dans une période où Patrick Bruel peut encore monter sur scène alors qu’il est accusé d’agressions sexuelles par plus d’une dizaine de femmes, ça fait du bien d’entendre un homme prendre position ! La notoriété de Pesquet peut permettre à son discours d’arriver jusqu’aux oreilles de nos frères, collègues, professeurs, conjoints… Il s’adresse à eux pour que les femmes ne soient pas les seules à devoir dénoncer les violences qu’elles subissent. L’astronaute touche du doigt quelque chose de fondamental : la culture du viol. Cet ensemble d’attitudes qui consiste à laisser passer une blague sexiste, à détourner le regard sur une main aux fesses, à mettre en doute la parole des victimes et à protéger ses copains avant tout. Alors bien sûr, Pesquet ne va pas décrocher la lune à lui tout seul, mais on ne va pas refuser un petit coup de pouce pour en finir avec les violences faites aux femmes.

Le Sénat vient de proposer d’accentuer l’effort militaire en faveur des armées en votant en commission une enveloppe de 14 milliards d’euros supplémentaires d’ici 2030, en sus des 36 milliards demandés par le gouvernement dans l’actualisation de la loi de programmation militaire. Le Sénat trouve insuffisant le projet de budget militaire adopté ces derniers jours par l’Assemblée nationale. Quant à donner un coup de pouce aux hôpitaux ou à l’Éducation nationale, les sénateurs ont oublié d’en parler.

Le corps carbonisé d’une jeune femme de 23 ans a été retrouvé par les pompiers dans le coffre d’un véhicule encore fumant sur la commune de Sépeaux-Saint-Romain. La victime effectuait un stage en alternance en entreprise et c’est l’homme qui supervisait ce stage qui l’a assassinée avant de se suicider. Son cadavre a été découvert dans le même véhicule. Le meurtrier devait comparaître prochainement pour « viol conjugal » sur son ex-compagne. Il s’agit du 57e féminicide recensé depuis le début de l’année.

C’est en grande pompe que les dirigeants ukrainiens, Zelensky en tête, ont organisé des funérailles nationales à Andriy Melnyk, décédé il y a soixante ans et dont la dépouille mortelle a été exhumée pour l’occasion. L’homme était un dirigeant de l’Organisation des nationalistes ukrainiens, à tendance fasciste, qui collabora activement pendant la Seconde Guerre mondiale avec l’armée nazie et fut responsable de crimes de guerre et de crime de génocide. On prête maintenant à Zelensky le projet de réserver un sort identique à Stepan Bandera, le créateur de la Légion ukrainienne sous commandement de la Wehrmacht. La collaboration des nationalistes avec les nazis est largement occultée par les autorités, qui préfèrent mettre en avant leur lutte pour l’indépendance du pays. Des « héros » qui étaient en fait des criminels d’extrême droite.

Sébastien Lecornu préside aujourd’hui un comité interministériel consacré à la lutte contre la criminalité organisée, liée notamment au trafic de drogue. Une dizaine de ministres devraient être présents dont ceux de l’Intérieur, Laurent Nuñez, et de la Justice, Gérald Darmanin. Déjà, pas moins de quatre réunions ont été organisées à ce sujet à l’Élysée, autour de Macron, au cours des deux derniers mois. Et malgré les martiales déclarations de Nuñez sur « sa détermination de gagner la guerre contre le narcotrafic », les règlements de compte sanglants se multiplient dans tout le pays et les narcos continuent d’engranger des bénéfices faramineux. Pour l’instant, la seule réponse qu’a trouvée le gouvernement est d’envoyer des flics sur le terrain. C’est notoirement insuffisant. Car lutter contre la drogue c’est aussi, et surtout, lutter contre la misère dans les quartiers populaires, y rétablir des services publics efficients, prendre en charge et donner des espoirs aux jeunes aussi bien dans les établissements scolaires que dans la rue. Autant de choses que la société est bien incapable de leur offrir.