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Brèves

L’actualité en bref

Alors que l’essentiel des abus sexuels et physiques dénoncés dans 250 plaintes différentes par d’anciens élèves du collège-lycée de Notre-Dame de Bétharram, dans les Pyrénées-Atlantiques, est prescrit, le dernier rapport de la commission d’enquête indépendante sur l’établissement d’enseignement catholique estime qu’en fait le nombre de victimes pourrait atteindre… 1 500. Le texte dénonce un « système institutionnel de violences […] bien rodé » qui a perduré durant « des décennies » via des « mécanismes de silenciation » des élèves, « fondés sur la peur, la honte et la domination ». Système qui a largement bénéficié de la complicité de l’Église catholique, de la bienveillance des politiciens locaux, au premier rang desquels François Bayrou, mais aussi du manque dramatique de contrôle des services de l’État. Et Bétharram n’est que la partie visible de l’iceberg d’un système éducatif qui protège plutôt mal les enfants.

« Hellfest » (littéralement Fête de l’enfer), le plus grand festival de musique « metal » de l’Hexagone, se déroule actuellement comme chaque année à Clisson, près de Nantes. À cette occasion, le site web d’investigation Street Press a découvert dans la programmation au moins une dizaine d’artistes affichant sans honte une proximité avec l’idéologie néo-nazie ou bien accusés de violences sexistes et sexuelles. L’an dernier déjà, le festival avait fait parler de lui en invitant un artiste norvégien, Bard Eithun, qui avait été condamné en 1994 à quatorze années de prison pour avoir tué un jeune homosexuel de 37 coups de couteau. « Cette année, aucun nom ne fera polémique », avait assuré son fondateur, Benjamin Barbaud. C’est loupé !

Emmanuel Macron a étrillé en termes fort peu diplomatiques la décision du Parlement européen d’instaurer des « hubs de retour » pour les migrants en situation irrégulière, c’est-à-dire la possibilité de les envoyer dans des centres de détention situés dans des pays hors Union européenne. Il a estimé que cette mesure est contraire « aux principes fondamentaux sur lesquels notre Europe s’est construite ». Et d’ajouter : « Je suis en désaccord à la fois d’un point de vue pragmatique et principiel. » Avant de s’interroger : « Dans quel monde vit-on ? » Une indignation tout à fait légitime mais qui serait plus crédible si pendant ses deux quinquennats les obligations de quitter le territoire français (OQTF) ne s’étaient pas multipliées, des centres de rétention administrative pour étrangers en situation irrégulière n’avaient pas été construits un peu partout et si chaque jour des campements de migrants n’étaient pas vandalisés par la police. Et à la question : « Dans quel monde vit-on ? » on peut répondre un monde basé sur l’exploitation, la misère et les inégalités, avenant pour les riches et dur pour les pauvres, au premier rang desquels les migrants.

Le concert organisé par La France insoumise de LFI pour la Fête de la musique place de la République a finalement été autorisé. Dans un premier temps il avait interdit par Patrice Faure, le préfet de police de la capitale, qui invoquait d’hypothétiques « troubles à l’ordre public ». Finalement, le tribunal administratif, saisi en urgence, a suspendu l’arrêté d’interdiction en indiquant que le préfet n’avait produit aucun élément justifiant sa décision et en notant également « que les pièces versées au dossier ne permettaient pas de justifier… la commission suffisamment certaine et imminente d’infractions pénales ». La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, avait appuyé l’interdiction. La tenue du concert est donc finalement une (petite) gifle au préfet et à ses soutiens.

Le 16 juin 1976, plusieurs dizaines de milliers de lycéens du bidonville (township) de Soweto, situé non loin de Johannesburg, la capitale économique du pays, descendaient dans la rue pour dénoncer l’imposition dans l’enseignement, à égalité avec l’anglais, de l’afrikaans, la langue parlée par une partie de la minorité blanche qui opprimait la majorité noire du pays. La police avait tenté de noyer dans le sang ce soulèvement et fit plusieurs centaines de morts parmi les jeunes qui étaient descendus dans la rue. Les manifestants avaient reçu le soutien de mouvements comme la Conscience noire, de Steve Biko (assassiné par la suite en prison) et du Congrès national africain de Nelson Mandela. Les émeutes se propagèrent rapidement à plusieurs autres townships du pays et même certaines villes blanches furent touchées par des manifestations. À Johannesburg par exemple, 300 étudiants blancs défilèrent dans le centre-ville pour protester contre la répression meurtrière à l’encontre des écoliers de Soweto. De nombreux travailleurs noirs se mirent également en grève. Et s’il faudra encore 15 ans de lutte avant de voir la fin de l’apartheid, les émeutes de Soweto changèrent l’état d’esprit d’une grande partie de la population noire qui vit sa jeunesse entrer de plain-pied dans ce combat.

L’agence sanitaire de l’Union africaine vient de donner les derniers chiffres de l’épidémie Ebola (une fièvre hémorragique très contagieuse) qui touche la population congolaise. Depuis le 15 mai, 875 personnes ont été contaminées et 202 tuées (soit un taux de mortalité de 23 %) alors que 19 cas dont deux mortels ont été confirmés en Ouganda voisin. Mais ces chiffres sont sans doute largement sous-estimés. Car le mauvais état des routes et le fait que des groupes armés rebelles contrôlent une partie du pays rendent l’arrivée des secours médicaux difficiles. De plus le système sanitaire du pays est rudimentaire alors même que ses richesses, notamment minières, sont largement pillées par les puissances impérialistes occidentales. Certains Pays, États-Unis en tête, ont drastiquement réduit leur contribution à l’OMS et aux autres agences spécialisées dans la santé. En fait, tant que l’épidémie ne les touchera pas directement, les grandes puissances s’en laveront les mains.

Il ne se passe pas pratiquement une seule journée sans que la Coupe du monde de football apporte son lot de comportements racistes, sexistes et discriminatoires. Cette fois, c’est Rafael van der Vaart, un chroniqueur de la télévision néerlandaise, qui s’est distingué. Ancien joueur de l’Ajax Amsterdam et du Real Madrid, il commentait sur la chaine néerlandaise NOS la rencontre entre les Pays-Bas et le Japon qui s’est terminé par un match nul (2-2). Il a regretté que les joueurs nippons « se ressemblent tous », ce qui rendait difficile de les distinguer. Ce dérapage n’a pas manqué de faire le tour des réseaux sociaux et de provoquer une vague de colère. À tel point que Van der Vaart a publié un communiqué pour s’excuser. Quant à sa chaine de télévision elle a annoncé qu’il ne serait pas sanctionné et resterait à l’antenne pour la suite de la compétition au sein de laquelle il ne détone d’ailleurs pas trop.

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a voulu interdire à Maxime Sirvins, un journaliste d’investigation de l’hebdomadaire Politis, de couvrir pour son journal le salon Eurosatory, qui se déroulait à Villepinte, en Seine-Saint-Denis, et se présentait « comme une référence mondiale pour la défense et la sécurité ». Il s’était vu confisquer son badge d’entrée et le ministère avait indiqué que cet avis défavorable avait été pris « non pas parce que Maxime Sirvins est identifié comme un journaliste dans un journal de gauche, mais parce qu’il est considéré comme un militant ayant participé à des événements d’extrême gauche ». De ce fait, sa présence pouvait être « de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes, à la sécurité publique ou à la sûreté de l’État ». Rien de moins. Finalement Sirvins, soutenu par le Syndicat national des journalistes, avait saisi le tribunal administratif de Paris dans le cadre d’un référé liberté, et les juges lui ont donné raison en dénonçant « une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d’expression et à la liberté de travailler ». Ce qui, venant de la part de Nuñez, ne peut pas vraiment étonner.

Nouveau rebondissement dans l’affaire Nahel Mezbrouk, ce jeune de 17 ans tué à Nanterre (Hauts-de-Seine) le 27 juin 2023 lors d’un contrôle routier de la police. L’affaire avait provoqué des émeutes durant plusieurs nuits. Trois ans après le drame, la Défenseure des droits Claire Hédon a rendu publiques les conclusions de son enquête qui pointe la responsabilité du policier auteur du coup de feu et la complicité de ses collèges. Depuis le drame, aucun policier n’a été sanctionné ni par la justice, ni par l’administration. « Une nouvelle fois, c’est la démonstration d’une protection assez scandaleuse de certains fonctionnaires de police qui pourtant ont commis de graves manquements et fautes », a commenté un des avocats de la famille Mezbrouk. L’autorité administrative indépendante demande donc au ministère de l’Intérieur d’engager une procédure disciplinaire à l’encontre des policiers impliqués. Pas sûr qu’elle soit entendue, bien que la Cour de cassation, la semaine dernière, ait jugé incorrecte la qualification des faits en « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner », ce qui rouvre la voie à un possible procès pour meurtre. Mais il ne faut pas rêver. En règle générale la justice se montre plus que clémente lorsqu’un policier est impliqué dans le mort d’un jeune de banlieue.