Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

À l’initiative de Médecins du monde, un collectif de plus de 60 associations a interpellé le « comité d’organisation, son président Tony Estanguet, les athlètes et les Fédérations, sponsors et partenaires des Jeux ». Ces associations ont lancé une campagne de sensibilisation, car elles craignent un « nettoyage social » des rues de Paris avec des « délogements de sans-abri, des réductions des places d’hébergement d’urgence, des fermetures des points d’accueil, de distribution de l’aide alimentaire, etc. ». Et de souligner : « Il faut garantir une continuité de la prise en charge des personnes en situation de précarité et d’exclusion, avant, pendant et après les Jeux. » Leurs craintes sont d’autant plus fondées que ce nettoyage social a déjà commencé. Il y a quelques jours, le gouvernement a créé la polémique en proposant 100 euros de dédommagement aux étudiants qui seront exclus de leurs logements Crous pendant les compétitions alors que le préfet de police interdisait les distributions de nourriture dans plusieurs quartiers de la capitale.

Dans le cadre de la grève historique des travailleurs des trois grands constructeurs automobiles américains – première grève commune depuis la fondation du syndicat UAW – Ford, puis Stellantis ont en partie cédé. Les deux constructeurs ont accepté des augmentations de 25 % en moyenne – jusqu’à 150 % pour les plus bas salaires –, ainsi que la titularisation d’un grand nombre d’intérimaires et la promesse de l’ouverture d’une usine de batteries pour Ford.
Une victoire en deçà des revendications – 40 % – et étalée sur quatre ans et demi, 5,5 % par an en pleine inflation. Mais une victoire arrachée par la force et la détermination de la grève, même si seulement un tiers des syndiqués de l’UAW était appelé par la direction du syndicat à y participer. Et la grève n’est pas finie : elle a été élargie à un nouveau site chez General Motors, qui refuse toujours la titularisation des intérimaires. Les travailleurs ont déjà montré qu’ils sont capables d’arracher cette victoire, et bien d’autres par la suite, par l’exemple de leur force collective.

Le groupe Carrefour a annoncé le passage de 37 nouveaux magasins (dont 16 hypermarchés) en « location-gérance ». Une politique qui porte à 305 le nombre de magasins (et 23 000 salariés !) ainsi sortis du giron direct de l’entreprise depuis 2018. Dans la lutte acharnée que se mènent les géants de la grande distribution, c’est un moyen déguisé pour favoriser la dégradation des conditions de travail des salariés. Car Carrefour reste propriétaire des locaux, des fonds de commerce, et fournit en exclusivité ses produits aux magasins franchisés. Les employés, en revanche, y perdent directement sur leur salaire, et voient leurs conditions de travail renégociées magasin par magasin.
De Douai à Marseille, ils ne s’y sont pas trompés et ont dénoncé cette nouvelle attaque en se mettant en grève dans plusieurs magasins.

Selon Rémy Buisine, journaliste de Brut, lors de la manifestation en soutien au peuple palestinien samedi 28 octobre à Paris, les forces de l’ordre ont verbalisé 1 437 personnes pour « participation à une manifestation interdite », un délit créé en 2019 pour contrer les manifestations des Gilets jaunes. À raison de 135 euros par personne, cela fait un gain de 200 000 euros pour l’État français.
Dans le capitalisme, même la privation de liberté est source de profits.

La semaine dernière, Élisabeth Borne a présenté son plan pour la mixité sociale. L’une des mesures est que les préfets doivent refuser l’accession au logement dans les « quartiers pauvres » aux plus déshérités. Cela restreindra surtout leur possibilité de se loger dignement au moindre coût, alors que plus de 93 000 ménages sont déjà en attente. Une idée qui ne changera rien pour la majorité des salariés, des sans-emplois ou des étudiants qui galèrent à se payer un logement décent proche de leur activité. Seules la réquisition des logements privés et leur mise en location à loyers modérés pourraient améliorer la situation. Mais ce gouvernement et les précédents ne font que brasser du vent.

Le président Kassym-Jomart Tokaïev a menacé de « mettre fin à la coopération » avec ArcelorMittal après un nouvel accident dans la mine de Kostenko du géant mondial de l’acier ayant coûté la vie à au moins 32 mineurs alors que 14 autres sont portés disparus. Il s’agit du pire accident minier dans le pays depuis 2006, où 41 mineurs avaient perdu la vie sur un autre site d’ArcelorMittal et le deuxième accident mortel en deux mois après la mort de cinq mineurs mi-août dans la même région. ArcelorMittal opère une quinzaine d’usines et de mines dans la zone industrielle extrêmement polluée de cette immense ex-république soviétique riche en ressources naturelles. Le Kazakhstan, première économie d’Asie centrale, regorge en effet de pétrole, de gaz, mais aussi d’uranium, de manganèse, de fer, de chrome et de charbon. Mais les installations sont souvent vétustes et mal entretenus. Quant aux syndicats ouvriers ils sont inexistants. Une situation idéale pour les multinationales qui opèrent dans le pays et soutiennent la dictature policière qui le dirige et réprime férocement tout mouvement de contestation.

Une commission indépendante espagnole a révélé que plus de 200 000 personnes auraient été victimes d’agressions sexuelles de la part de religieux alors qu’elles étaient mineures. Les cas concernaient principalement la période allant « de 1970 à nos jours ». Ces estimations sont consignées dans un rapport remis au Congrès des députés espagnols par le Défenseur du peuple (équivalent du Défenseur des droits en France), Ángel Gabilondo, au terme dune étude d’une commission indépendante, la première établie dans ce pays pour évaluer l’ampleur de la pédocriminalité dans l’Église catholique. Le rapport se montre critique envers l’attitude de l’Église catholique, déplorant que sa réaction aux cas de pédocriminalité en son sein ait été « insuffisante », voire inexistante. Les curés pédophiles ont généralement été changés de paroisse mais pas poursuivis en justice. Une façon hypocrite de les absoudre. Amen…

Dans son dernier rapport le collectif « Les morts dans la rue » décompte au moins 624 sans-abris décédés en 2022. Les personnes sans domicile fixe meurent très jeunes : 46 ans en moyenne pour les femmes et 50 ans pour les hommes, soit un écart d’espérance de vie de plus de 30 ans avec la population générale. Les agressions, les suicides, les noyades et les maladies sont les causes de décès les plus fréquentes. « Que des personnes décèdent dans les rues de Paris et des autres villes de France à un âge extrêmement bas… parce qu’ils n’ont pas d’habitat, c’est purement scandaleux », a déclaré Bérangère Grisoni, la présidente du collectif. En 2022, selon la Fondation Abbé-Pierre, plus de 330 000 personnes étaient sans domicile fixe. C’est deux fois plus qu’il y a dix ans. La situation ne cesse d’empirer et le gouvernement regarde ailleurs…

C’est l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine qui l’affirme, « près de 4 000 médicaments » sont en rupture ou en risque de rupture. Si la triple épidémie de Covid-19, de grippe et de bronchiolite de l’hiver dernier a certes fragilisé un marché déjà tendu, la raison principale de cette pénurie est ailleurs. C’est ce qu’a d’ailleurs expliqué lors de son audition au Sénat Christelle Ratignier-Caebonneil, directrice générale de l’Agence nationale de sécurité du médicament, en soulignant que ces pénuries « ne concernent que très rarement les médicaments “innovants” », qui sont les plus rentables, mais que « la très grande majorité des pénuries concerne les médicaments dits matures », c’est-à-dire ceux dont les brevets sont libres, ce qui les rend moins chers, donc moins intéressants pour les profits de l’industrie pharmaceutique.