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Brèves

L’actualité en bref

Au dernier jour de son déplacement dans l’archipel du Pacifique sud, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a annoncé la tenue d’une « consultation citoyenne anticipée » en Kanaky visant à approuver le projet d’accord de Bougival, un mois après son adoption par des partis politiques représentant essentiellement la population caldoche, d’origine européenne et farouchement opposée à l’indépendance, et ses alliés locaux. Le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), la principale composante du mouvement indépendantiste, a réaffirmé dans un communiqué que le « projet dit “de Bougival” ne saurait constituer une base de travail, car il est contraire au processus de décolonisation » et d’ajouter : « Toute tentative de passage en force sans le FLNKS risque d’entraîner le pays dans une situation d’instabilité durable. » Mais Paris est prêt à prendre le risque pour maintenir, coûte que coûte, la Kanaky dans le giron du colonialisme tricolore.

Le mandat de Benoît Vallet, directeur général de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), qui arrive à échéance le 15 novembre prochain, n’a pas été renouvelé. Vallet, médecin, chercheur et professeur des universités, fait pourtant autorité dans son domaine et nul ne conteste ses compétences. Mais le gouvernement ne lui a pas pardonné son opposition, l’été dernier, à la loi Duplomb, soutenue par la droite et le gouvernement, et qui, outre la réintroduction de certains pesticides, prévoyait également la mise sous tutelle de l’Anses accusée de faire du tort aux industriels par son application trop stricte de la règlementation, notamment en matière d’alimentation et de protection de l’environnement. Finalement le Premier ministre a eu sa tête… à la grande satisfaction de l’agrobusiness.

Selon le rapport annuel du Global Carbon Project, les émissions de CO2 issues des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz fossile) seront supérieures en 2025 de 1,1 % à celles de l’année précédente, pour atteindre 38,1 milliards de tonnes. « C’est plus que la moyenne de progression annuelle de ces dix dernières années, qui était de 0,8 % », note l’étude, indiquant que ces émissions sont maintenant 10 % plus élevées qu’elles ne l’étaient en 2015, année de l’accord de Paris, qui ambitionnait de limiter le réchauffement à 2 °C, voire 1,5 °C par rapport à la période préindustrielle. Autant dire que cet objectif ne sera pas atteint et que la situation ne cessera d’empirer. Ce qui n’empêche pas les parlottes de continuer à Belém, dans le cadre de la COP30, parlottes qui ne se traduiront, comme d’habitude, par aucun objectif concret. Les pollueurs peuvent dormir tranquilles.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a demandé à deux membres du gouvernement, les ministres de l’Énergie et de la Justice, et à un de ses proches de démissionner, après qu’un gigantesque système de corruption a été épinglé par la justice. Timour Minditch, un ami de longue date et conseilleur du président, est accusé par la justice ukrainienne d’avoir orchestré un vaste système de corruption, portant sur pas moins de 100 millions de dollars (96 millions d’euros). « M. Minditch exerçait un contrôle sur l’accumulation, la distribution et la légalisation de fonds d’origine criminelle dans le secteur énergétique ukrainien », a déclaré un procureur du parquet spécialisé anti-corruption. Quant aux deux ministres mis en cause, ils couvraient ces agissements et en profitaient au passage. En Ukraine la population subit la guerre et les spéculateurs, affairistes et capitalistes en profitent.

On n’arrête pas le progrès en matière de répression. Le gouvernement grec vient d’annoncer l’entrée en vigueur de tests osseux pour déterminer si des migrants mineurs ne sont pas en réalité adultes. Selon Thanos Plevris, le ministre grec des Migrations, qui a fait de l’immigration illégale sa priorité, ces tests seront réalisés à la suite d’une décision ministérielle prise en août, qui introduit des examens médicaux supplémentaires pour vérifier l’âge. Mais ces tests ne sont pas fiables. En 2019 des associations françaises d’aide aux migrants avaient souligné qu’ils étaient « aussi fiables qu’une boule de cristal », la marge d’erreur étant estimée entre dix-huit mois et trois ans. Ainsi, avait pointé une avocate, « un adolescent de 14 ans peut présenter la maturation osseuse d’un adulte ». Mais qu’importe. Pour le gouvernement grec, il ne s’agit que d’une mesure parmi bien d’autres de sa politique anti-migrants. Déclarer majeurs le plus grand nombre d’adolescents possible permet de faciliter leur expulsion du pays. En effet, dans toute l’Union européenne, le statut de mineur confère un statut juridique particulier notamment en matière de logement, de liberté de circulation et d’accès aux services. De plus, les mineurs ne sont pas expulsables. Autres mesures adoptées : le séjour irrégulier n’est plus une infraction administrative mais… un délit pénal. Les étrangers restés sur le territoire grec après le rejet de leur demande d’asile risquent une peine de deux à cinq ans et une amende de 10 000 euros. La loi supprime également la possibilité d’obtenir un titre de séjour après sept ans de présence sur le territoire grec et porte la durée maximale de rétention de 18 à 24 mois. La chasse aux migrants se poursuit, en Grèce comme ailleurs…

Que le chômage augmente, qu’il soit de plus en plus difficile à la majorité de la population de joindre les deux bouts, que l’on taille à la hache dans les dépenses sociales n’empêchent
par la Bourse de Paris d’afficher une santé insolente. Son indice vedette, le CAC40 a dépassé les 8 300 points, battant ainsi son précédent record « historique » qui datait du mois d’octobre. Paris n’est pas une exception. Les places de Madrid, Londres et Milan ont aussi atteint des niveaux historiques, portées par les performances des banques, des entreprises d’armement et celles du luxe. Pas de crise pour les banquiers, les marchands de canon et les ultra-riches.

Le procès de la plateforme de livraison de repas et de produits frais Frichti, et de ses deux anciens dirigeants, Julia Bijaoui et Quentin Vacher, vient de s’ouvrir devant le tribunal correctionnel de Paris. Ils sont poursuivis pour avoir fait travailler des centaines de livreurs sans papiers, la plupart du temps des migrants ; et devront donc répondre de travail dissimulé et d’emploi illégal d’étrangers. Les faits se sont produits entre 2015 et 2021. L’entreprise profitait de la situation précaire de ces salariés pour leur imposer des conditions de travail et de rémunération indignes. Alors que d’autres plateformes (Uber, Deliveroo, Take Eat Easy…) ont également utilisé des méthodes douteuses, Frichti est la première entreprise « d’ubérisation » à se retrouver devant les tribunaux. À noter que ce type de surexploitation ne serait pas possible si beaucoup de travailleurs migrants n’étaient pas mis sur la touche par l’administration et se voyaient reconnaître le droit de travailler.

Mohamed Tadjadit, figure du mouvement de protestation du « Hirak » qui a secoué le pays en février 2019, a été condamné à cinq ans de prison pour « apologie du terrorisme », « soutien à des organisations terroristes » et « propagation d’idées extrémistes ». En déclamant ses vers lors des manifestations de rue, il était devenu une figure de proue de la contestation du pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika qui avait été amené à démissionner deux mois plus tard. Son successeur, Abdelmadjid Tebboune, a interdit par la suite tout rassemblement et poursuivi nombre de celles et de ceux qui avaient pris part au « Hirak ». Dans ce cadre, les autorités ont emprisonné Mohamed Tadjadit au moins six fois entre 2019 et 2025. Dans une déclaration conjointe une vingtaine d’ONG – parmi lesquelles Amnesty International et l’organisation de défense de la liberté d’expression PEN America – ont jugé les accusations visant Mohamed Tadjadit « sans fondement » et appelé à sa libération. À l’heure actuelle, près de 300 prisonniers politiques croupissent dans les prisons algériennes.

La Knesset, le Parlement israélien, a adopté en première lecture, une proposition de loi visant à instaurer « la peine de mort pour les terroristes ». Attention, pas pour tous. La députée d’extrême droite Limor Son Har Melech, qui a présenté cette proposition de loi, a précisé que les « terroristes » en question seraient ceux qui cherchent à « nuire à l’État d’Israël et à la renaissance nationale du peuple juif sur sa terre ». Les terroristes juifs qui tuent, blessent et mutilent chaque jour, notamment en Cisjordanie, ne seront donc pas concernés. Bref, la loi ne concernerait que les Arabes qui, de plus, seraient privés du droit d’appel. Un nouvel exemple du racisme systémique qui gangrène l’État sioniste.