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Brèves

L’actualité en bref

Cette phrase lapidaire est tirée d’un article intitulé « Nous sommes tous Itamar Ben-Gvir », écrit dans le quotidien Haaretz par Gideon Levy, un des journalistes les plus connus du journal, qui n’a jamais caché sa solidarité avec les Palestiniens. Il prend comme point de référence Ben-Gvir, l’actuel ministre d’extrême droite de la Sécurité nationale, connu pour ses positions ouvertement fascisantes, racistes, suprémacistes et en faveur de l’expulsion des Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie. Et il insiste sur le fait que les dirigeants de la grande majorité de l’opposition parlementaire à Netanyahou (Naftali Bennett, Yaïr Lapid et Avigdor Lieberman…) et qui souhaitent son départ, partagent sur le fond les mêmes valeurs que les siennes, basées sur un nationalisme à tout crin, un soutien indéfectible à l’armée et le maintien des Palestiniens dans une forme d’oppression. Et d’écrire : « Entre le gouvernement le plus d’extrême droite de l’histoire d’Israël et ceux qui aspirent au pouvoir, il n’y a que cinquante nuances de droite. » Sa conclusion est limpide : « La ressemblance fasciste entre la coalition et l’opposition n’est pas fortuite. On appelle cela le sionisme. En 2025, il est impossible de défendre cette idéologie nationale sans être fasciste ou militariste. C’est désormais l’essence même du sionisme. »

(On peut retrouver l’intégralité de l’article de Gideon Levy en français sur le site europalestine.com).

C’est aujourd’hui que s’ouvre la réunion préparatoire de la « grande » conférence sociale sur le travail et les retraites voulue par le Premier ministre et présidée par le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou. Les partenaires sociaux – syndicats patronaux et ouvriers – vont donc à nouveau se retrouver et blablater avec, selon le ministre, « l’objectif partagé de construire un espace de dialogue ouvert et apaisé sur des enjeux structurels pour l’avenir des Français ». Bonjour la langue de bois ! La plupart des confédérations syndicales – CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC – s’y sont précipitées. La CGT, elle, a refusé, non par principe mais parce qu’elle voudrait que « le calendrier, le contenu, les modalités, l’animation de cette fameuse conférence travail dont on ne sait rien soit décidé et travaillé avec l’ensemble des organisations syndicales ». Autant dire qu’il ne faudra pas compter sur lesdites organisations pour impulser des luttes susceptibles d’améliorer les conditions de travail et d’abolir la scélérate réforme des retraites.

Édouard Geffray, le nouveau ministre de l’Éducation nationale, a justifié sur TF1 la baisse du nombre d’enseignants dans le budget 2026 : 4 000 postes vont être supprimés dans le premier degré. Raison avancée : la réduction du nombre d’élèves due à la baisse de la démographie. On aurait pu profiter de l’occasion pour abaisser le nombre d’élèves par classe et faire en sorte de remplacer systématiquement les enseignants en congé maladie ou maternité. Mais ce ne sera pas le cas. Le ministre affirme qu’il créera de nouveaux postes ailleurs, sans convaincre les syndicats et les parents d’élèves. Selon le FSU-Snuiip, syndicat majoritaire des enseignants du premier degré, le projet de budget « confirme la poursuite d’une politique d’austérité », déplorant une hausse des postes « en trompe-l’œil » qui « cache en réalité des suppressions ».

Depuis ce lundi, au Centre hospitalier universitaire (CHU), le service des urgences n’accueille plus d’internes faute de médecins en nombre suffisant pour les encadrer. « Dans le service, il devrait y avoir six médecins, mais il n’y en avait que trois. » explique Mélanie Debarreix, présidente de l’intersyndicale nationale des internes. Cela avait une répercussion sur la sécurité des patients mais aussi sur la santé des internes eux-mêmes, obligés d’accepter des horaires à rallonge. Mais ces manques ne sont pas propres à l’établissement caennais. C’est une nouvelle illustration de la crise endémique de l’hôpital public qui souffre tout à la fois d’un manque d’effectifs, de crédits rognés à l’os et d’un afflux de patients, surtout âgés.

Le député Renaissance d’Eure-et-Loir, Guillaume Kasbarian, ancien ministre délégué au Logement, s’est félicité sur le réseau social X que grâce à la loi « anti-squat » sur l’accès au logement, qu’il avait proposée avec Aurore Bergé puis fait adopter par le Parlement en 2023, près de 25 000 ménages avaient été expulsés de leur foyer l’an dernier. Il répondait à Christophe Robert, président de la Fondation pour le logement des défavorisés, qui sur France Info affirmait que ce texte « plus sécuritaire que préventif » avait encore accentué le nombre d’expulsions et les drames sociaux qui les accompagnent. « Ce qui n’est pas acceptable […]. Il y a des personnes de plus de 60 ans, des femmes seules avec enfant qui se retrouvent sans rien ! » Aujourd’hui, 350 000 personnes sont sans domicile fixe (deux fois plus qu’en 2012), 912 sont mortes dans la rue l’an dernier et 2 500 enfants dorment dehors chaque nuit. Une situation qui semble réjouir Kasbarian. C’est à ça qu’on reconnait un véritable salopard !

Jeudi 23 octobre, plus de 250 personnes migrantes sans logement, dont près de 80 enfants, étaient expulsées d’un campement établi dans le parc de Maurepas, à Rennes. Le soir de l’expulsion, ordonnée par la préfecture d’Ille-et-Vilaine et la mairie de Rennes, une trentaine de personnes se retrouvaient directement à la rue. Parmi celles qui ont été relogées, beaucoup n’ont obtenu que des solutions (très) temporaires, parfois éloignées de la ville. Aujourd’hui, la solidarité s’exprime au travers de collectifs et de mobilisations qui exigent le droit à un toit pour tous et organisent l’occupation d’un centre social de la ville en guise d’hébergement temporaire ; mais ce sont des dizaines de personnes, dont une partie de mineurs isolés, qui restent sans aucune solution pérenne, alors même que la période hivernale approche à grands pas et que les logements vacants ne manquent pas. La mairie de gauche, qui tente de déguiser la brutalité de son opération en la qualifiant de « mise à l’abri », n’a rien à envier aux politiques anti-immigration réactionnaires portées par la droite et l’extrême droite.

100 000 emplois directs et 300 000 emplois indirects ont été supprimés ou menacés depuis septembre 2023. C’est le chiffre que la CGT a avancé alors qu’une délégation était reçue, à Bercy, par le ministre délégué à l’industrie, Sébastien Martin. La secrétaire générale de la centrale, Sophie Binet, a tenu à souligner que ces chiffres étaient partiels et sans doute minorés. 40 % des postes menacés ou supprimés sont des emplois industriels. Face à cette saignée la CGT va-t-elle appeler à interdire les licenciements et mobiliser les travailleuses et les travailleurs dans ce but ? Vous n’y êtes pas du tout. Lors de cette entrevue  la CGT a réclamé l’organisation d’« assises de l’industrie afin de définir une stratégie ambitieuse de réindustrialisation », la réorientation des aides publiques aux entreprises, l’intervention renforcée de l’État et l’utilisation de la commande publique pour favoriser la production locale et nationale. Bref plus d’aides pour les patrons dans l’espoir qu’ils licencient moins. Une stratégie 100 % perdante pour les salarié-es.

Un collectif d’avocats a porté plainte auprès de la Cour de justice de la République (CJR) contre le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, pour son soutien implicite au délinquant récidiviste Nicolas Sarkozy auquel il a rendu visite en prison. À la veille son incarcération à La Santé, Darmanin avait déclaré : « J’ai beaucoup de tristesse pour le président Sarkozy. L’homme que je suis, j’ai été son collaborateur, ne peut pas être insensible à la détresse d’un homme ». Il a nettement moins de compassion pour les jeunes des banlieues sous les verrous. Ces déclarations compromettent « l’impartialité et l’objectivité de Gérald Darmanin qui, en tant que ministre de la Justice, ne peut prendre position de cette manière dans une affaire pendante », argumentent les avocats. Les propos de Gerald Darmanin sur France Inter avaient déjà ému le procureur général près la Cour de cassation, Rémy Heitz, qui y avait vu un « risque d’obstacle à la sérénité » et donc « d’atteinte à l’indépendance des magistrats ». Mais de tout cela Darmanin s’en moque, tout comme Macron qui avait tenu lui aussi à téléphoner à Sarkozy. Car pour ces gens-là la solidarité de classe passe avant tout et ce n’est pas une éventuelle condamnation de la CJR qui les empêchera de dormir, surtout que ses magistrats sont réputés pour leur clémence.

Pascal Demurger est directeur général depuis 2009 de la Mutuelle assurance des instituteurs de France, la MAIF. Et, c’est Le Canard Enchaîné qui nous l’apprend, son salaire n’a pas pas grand chose à voir avec les valeurs mutualistes de solidarité et de partage qu’il est censé défendre. En 2022, il avait encaissé un salaire annuel brut de 710 088 euros, montant qui grimpait à 803 881 euros l’année suivante, grâce à une prime exceptionnelle de 71 391 euros, pour retomber, si l’on peut dire, à 787 448 euros l’an dernier. Pas sûr que les 4,2 millions de sociétaires et d’adhérents de la MAIF, en général des enseignants en activité ou en retraite et qui vont voir leurs cotisations augmenter de 8 à 10 % l’an prochain, soient d’accord avec ce que l’on fait de leur argent. Mais ce n’est pas grave vu que l’on ne leur demande pas leur avis.