La ritournelle revient, dans tout ce que le monde politique compte de réacs, et aussi dans la bouche de nombreux travailleurs : les immigrés viennent « voler le travail des Français », ils font « baisser les salaires »… quand ils ne viennent pas directement « profiter des aides sociales » (sans travailler) ! Les discours xénophobes n’ont pas peur des contradictions…
C’est vrai que les immigrés travaillent, ce sont même des travailleurs essentiels ! Livreurs, coursiers à vélo, travailleurs du bâtiment, cuisiniers… La liste est longue des secteurs où les travailleurs étrangers sont durement exploités, payés au lance-pierre pour des conditions de vie et de travail infâmes.
Est-ce que pour autant ils « prennent les emplois des Français » ? C’est pire que ça. En fait ils assurent bien souvent des emplois… qui ne trouvent pas preneurs, tant les conditions de travail, les horaires et les payes y sont déplorables. Ces métiers « en tension » pour lesquels la loi Darmanin introduit un nouveau titre de séjour, un outil de contrôle de plus dans la mise en concurrence des travailleurs.
Cette mise en concurrence est un des piliers du capitalisme. Mais ce ne sont pas les immigrés qui « font baisser » les salaires, ce sont les patrons qui les baissent ! Et l’on peut être poussé à accepter les pires conditions de travail sans être étranger : on disait aussi des femmes, à une époque, qu’elles « faisaient baisser » les salaires. De plus, les politiques anti-immigrés ne luttent pas contre cette concurrence : elles en sont au contraire l’expression. En obligeant les migrants à vivre et travailler dans la clandestinité, elles leur retirent encore plus de marge de manœuvre face au patron.
Encore une fois, ce sont les patrons qui fixent les salaires, toujours au plus bas niveau qu’ils peuvent. La seule chose qui les arrête, c’est la résistance collective qu’on leur oppose. Alors en France comme ailleurs, c’est toutes et tous ensemble qu’il faut lutter, car nous avons les mêmes exploiteurs.
20 juin 2023, Gaspard Janine