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La progression tellement prévisible de l’extrême droite aux municipales

En 2014, le Rassemblement national avait remporté 10 communes à l’échelle nationale, 17 en 2020… 24 sont déjà tombées dans son escarcelle dès le premier tour de 2026. Quasiment tous les maires sortants du RN ont été réélus au premier tour, les autres sont en bonne position pour l’être au second. Louis Aliot, vice-président du RN a été réélu à Perpignan, une ville de plus 100 000 habitants, avec 50,61 % des voix. Dans les deux communes du Pas-de-Calais, Hénin-Beaumont et Bruay-la-Bussière, emblématiques de la « stratégie de la cravate » et de « l’ancrage municipal » du parti d’extrême droite, les deux proches de Marine Le Pen, Steeve Briois et Ludovic Pajot, sont quasi plébiscités avec respectivement 81,4 % et 77,7 % des voix. Le RN a fait de nouvelles conquêtes comme la commune de Nomexy, dans les Vosges, emportée à cinq voix près. Tout comme Cagnes-sur-Mer, quatrième ville la plus peuplée des Alpes-Maritimes, remportée par le député Bryan Masson. À Harfleur, commune ouvrière de la banlieue havraise et bastion du PCF depuis des décennies, c’est un adepte des Patriotes de Philippot (dissident du RN), qui emporte la mairie avec dix voix d’avance. Quant à David Rachline, privé du soutien officiel du RN en raison de ses poursuites judiciaires et de la publication d’une photo le montrant avec des militants du GUD, il a été réélu dès le premier tour à Fréjus (Var).

Dans 60 autres villes, le RN, avec le renfort de son principal allié, l’UDR de Ciotti, comme à Nice, mais aussi à Toulon et à Nîmes par exemple, est arrivé en tête du premier tour. À Marseille, le candidat du RN, Franck Allisio, obtient un peu plus de 35 % des voix et talonne le maire sortant PS. Le RN espère remporter au deuxième tour Carcassonne, où son candidat Christophe Barthès arrive légèrement en tête (34,52 %).

Certes, cette progression n’a rien d’une « vague brune ». Les listes officiellement labellisées par le RN et son allié Ciotti étaient au nombre de 482, soit environ 18 500 candidats. C’est mieux qu’en 2020 (325 listes pour 14 200 candidats), mais encore très loin des 650 listes annoncées en fanfare il y a quelques mois, et obtenu à la faveur du rapprochement avec les troupes d’Éric Ciotti.

Il n’y a pas d’accélération inattendue de son implantation mais le RN poursuit son enracinement local. Pour prendre un point de comparaison, le Parti socialiste, qui a pourtant beaucoup maigri depuis une dizaine d’années, compte encore, avec les listes d’union de la gauche, plus de 540 listes dans le pays et en 2014, il en présentait plus de 1 400. Alors que l’extrême droite dans son ensemble regroupe 618 listes, la gauche (hors extrême gauche) et la droite en présentent environ 2500 chacune… Cinq départements qui abritent 13 % de la population nationale concentrent près d’un tiers des listes RN et apparentées : le Pas-de-Calais, les Bouches-du-Rhône, le Nord, le Var et la Gironde.

Sans être une « vague brune » donc, cette progression va permettre au RN de faire grossir le nombre de ses conseillers municipaux et d’apparaître comme le fer de lance de l’union des droites à l’approche des présidentielles de 2027. Bardella a appelé ouvertement les candidats de droite à la fusion dimanche pour faire « barrage à l’extrême gauche ».

Après la publication par Mediapart de ses centaines de tweets antisémites, racistes et négationnistes, plus personne ne peut douter désormais que Quentin Deranque était un nazillon. Et personne ne devrait douter que le RN, qui le considère comme « l’un des siens, l’un de sa tribu », est bien un parti qui se prépare à gouverner pour les intérêts du patronat, aux côtés de bien d’autres politiciens bourgeois pas gênés aux entournures.

Marie Darouen