Nos vies valent plus que leurs profits

Mali : une crise dont l’impérialisme français est le premier responsable

Dimanche 26 avril, la ville de Kidal, au Nord Mali, est tombée aux mains des rebelles nationalistes Touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA), alliés de groupes djihadistes qui depuis des années sillonnent le pays et vivent sur le dos de la population. Le groupe paramilitaire russe Africa Corps, embauché par le régime pour épauler son armée, a dû négocier les conditions de son retrait de la ville. La veille, dans la banlieue de la capitale Bamako, le ministre de la Défense était tué, lors d’une attaque de sa résidence par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda. Les militaires au pouvoir depuis le renversement en 2020 d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK, l’homme de main de l’impérialisme français), n’ont pas été davantage capables, malgré l’aide de mercenaires russes, d’enrayer les ambitions de contrôle territorial des chefs indépendantistes du Nord, ou le développement de bandes armées.

Le développent de ces bandes armées est le fruit d’une misère dont l’impérialisme français, ancienne puissance coloniale, est en premier lieu responsable. Les Bouygues et Bolloré sont parmi les principaux pilleurs du pays. C’est sur cette base que des chefs de guerre, se réclamant de l’islam pour se donner une raison d’être et des alliances, ont recruté des jeunes.

La crise que connaît le Mali s’est aggravée depuis 2011 dans le nord du pays, après l’intervention militaire en Libye. Dix ans d’opérations militaires de la France de 2013 à 2022 (Serval puis Barkhane), pour prétendument lutter contre le terrorisme, ont surtout été marqués par les bavures de l’armée française, dont ont été victimes les populations. D’où l’impopularité croissante du pouvoir que la France soutenait. C’est sur la misère qu’avaient aussi surfé, en 2020, les officiers qui, derrière le colonel Goïta, s’étaient arrogé le pouvoir par deux coups d’État successifs. Le mécontentement était surtout social et le gouvernement français avait collaboré avec ce nouveau régime, lui prodiguant son aide militaire jusqu’en 2022, en espérant qu’il enraye la colère. Les dernières années du règne d’IBK avaient connu une grève dans les mines d’or du pays pour l’embauche des jeunes (en 2018), suivie d’une grève des cheminots contre les salaires impayés et les licenciements (en 2019), puis des manifestations massives dans les rues de Bamako en 2020, après des élections législatives grossièrement truquées au profit des candidats du régime. En août, Goïta et ses militaires putschistes se faisaient acclamer en renversant un régime de plus en plus détesté.

Les illusions qu’ils ont semées alors, et qui avaient pris quelques couleurs à l’occasion de la rupture avec la France deux ans plus tard, sont tombées. Mais les cliques qui se succèdent au pouvoir sont surtout semblables à celles qu’elles renversent. La crise que traverse le Mali (comme d’autres pays d’Afrique) est avant tout le résultat du pillage de ses richesses… par des compagnies impérialistes occidentales ou russes et aussi, pour ce qui de l’impérialisme français, de l’exploitation forcenée de sa main-d’œuvre immigrée en France, sur les chantiers de bâtiment, dans la restauration et le nettoyage.

28 avril 2026. Oliver Belin