
Depuis janvier 2026, des journalistes de CNN ou de Radio France ont témoigné sur un système de recrutement de ressortissants africains dans les forces russes. Le bilan estimé : entre 1 400 et 3 000 travailleurs enrôlés de force, piégés par des contrats civils frauduleux leur promettant un emploi, un meilleur salaire, ou une poursuite d’études avec embauche à la clé. Une fois en Russie, ils signent – sans le comprendre – un contrat militaire, et se retrouvent expédiés sur le front ukrainien avec une formation minimale.
Les témoignages sont glaçants. Ces hommes servent de chair à canon, envoyés en première ligne pour percer les défenses ennemies. S’ils tentent de fuir, ils sont torturés ou tués. Leur seul espoir : se faire capturer par l’armée ukrainienne et attendre que leur ambassade organise un rapatriement – sans trop froisser Moscou. Cyril Ramaphosa, président d’Afrique du Sud, avait ainsi exprimé sa « profonde gratitude » envers Poutine pour le retour de 17 soldats… alors que des centaines d’autres sont probablement encore sur le front.
La Russie cible un continent ravagé par le chômage – jusqu’à 40 % au Cameroun – où le salaire moyen dépasse rarement 200 euros par mois. En face, les 900 à 2 500 euros promis par la Russie ressemblent à un Eldorado… qui mène directement aux tranchées. Des agences de recrutement offrent le visa et le billet d’avion. Le Kenya, le Togo, le Cameroun, l’Égypte : plus d’une trentaine de pays seraient concernés.
Ces méthodes disent beaucoup sur l’état de la Russie de Poutine. Depuis le début de la guerre, les pertes sont colossales, et la conscription interne montre ses limites. Ce sont d’abord les plus pauvres et les minorités ethniques qui payent – Daghestanais, Bouriates, Iakoutes, Kirghizs, Ouzbeks parfois menacés de ne pas voir leurs papiers renouvelés s’ils refusent de s’engager. Des prisonniers russes ont aussi été recrutés. Moscou est désormais obligée de ratisser bien au-delà de ses frontières.
Rien à voir, évidemment, avec les puissances impérialistes occidentales qui ont mobilisé des millions d’hommes dans leurs colonies pour les fronts de leurs guerres mondiales. Mais cela dit quelque chose de l’influence réelle de la Russie en Afrique, même si elle passe par des réseaux informels et illégaux. Une influence construite sur la dépendance alimentaire (61 % des besoins en blé de l’Égypte sont assurés par Moscou, des cadeaux de blé sont « offerts » au Mali et en Centrafrique), des collaborations militaires avec des juntes militaires et une propagande anti-occidentale qui table sur un ressentiment légitime pour mieux s’y substituer. Le résultat : des centaines de jeunes Africains meurent dans une guerre qui n’est pas la leur, comme des centaines d’Asiatiques, de Russes ou d’Ukrainiens.
Izia Tvarskaia