Nos vies valent plus que leurs profits

« La fraude des pauvres est une pauvre fraude » (ATD Quart monde)

La Défenseure des droits, Claire Hédon, a remis un rapport le 24 avril dénonçant les dérives de la lutte contre la « fraude sociale ». À l’heure où les organismes ont de plus en plus recours aux algorithmes, la complexité des démarches et la dématérialisation mal accompagnée constituent désormais des obstacles souvent insurmontables. Résultat : de nombreux allocataires de prestations sociales se retrouvent accusés d’être des fraudeurs par suite d’une simple erreur. Le rapport dénonce de plus le « sur ciblage » des plus précaires par les contrôles, ainsi que « des modalités de recouvrements frauduleux », ne préservant pas les moyens d’existence pour les usagers et leurs familles.

Mais les médias et les politiciens réactionnaires font mine de s’étrangler d’indignation. Retailleau, président des LR, a qualifié ce rapport d’« injustifiable », en déclarant que « le Défenseur des droits n’a pas été créé pour défendre les fraudeurs ». On nous dit que cela représenterait une perte de 14 milliards d’euros, en oubliant que sous le terme « fraude fiscale », on désigne à la fois la fraude aux prestations et la fraude aux cotisations sociales, commise par des employeurs, qui représente plus de la moitié du montant total. Et, surtout, on évite de parler de la fraude fiscale, évaluée, elle, entre 80 et 120 milliards, et encore moins des capitalistes qui, en toute légalité et avec l’aide de leurs banquiers, échappent à l’impôt. Dans ce cas, on ne parle pas de fraude, mais d’« optimisation »… À ceux-là, personne n’ira chercher noise.

La vraie fraude sociale c’est l’argent détourné sur le travail par des riches de plus en plus riches, quand d’autres ont de plus en plus de mal à vivre de leur salaire ou à survivre d’allocations.

Thierry Flamand