Nos vies valent plus que leurs profits

En gros, les « gros rouleurs » se font rouler

Cinquante euros pour couvrir le surcoût des pleins d’essence, ça vous suffit ? En tout cas, c’est tout ce que le gouvernement a prévu de verser aux travailleurs qui roulent beaucoup dans le cadre de leur activité professionnelle. Ce n’est pas seulement une aide insuffisante pour une fraction restreinte des classes populaires. C’est aussi une subvention déguisée aux vrais profiteurs de la flambée des prix du carburant, à savoir les grands groupes de l’énergie, Total en tête.

Les responsables politiques prétendent sauver les indépendants en galère, en l’occurrence les infirmières libérales et les artisans itinérants qui n’arrivent plus à remplir leur réservoir. Cinquante euros ne suffiront sans doute pas à maintenir leur petite entreprise à flots, mais ils détourneront peut-être leur regard du milliard de profits fait par Total rien qu’au mois de mars ?

Fait notable, certains salariés pourront profiter du dispositif, à condition d’habiter à plus de 15 kilomètres de leur travail ou d’utiliser leur voiture personnelle pour exercer leur métier plus de 8 000 kilomètres par an. Dans ce dernier cas, qui est celui de certaines aides à domicile par exemple, les employeurs doivent d’ores et déjà rembourser les frais de déplacements. Et on les imagine bien arguer de la nouvelle aide publique pour ne pas augmenter leurs versements, même si le barème kilométrique fixé pour l’année est devenu complètement caduc…

En parallèle, le dispositif « leasing social » va faire son retour et concerner 100 000 véhicules. Autre subvention déguisée pour le grand patronat, de l’automobile cette fois, qui trouve un débouché pour ses produits, puisque les voitures éligibles doivent être de fabrication française. Toute cette politique se fait au nom de la « souveraineté » et de l’indépendance de la France par rapport aux hydrocarbures du Golfe. Ces arguments, dans l’ambiance nationaliste et militariste actuelle, pèsent plus dans le sens de la transition énergétique que la pourtant nécessaire et incontournable défense de l’environnement. Tout un symbole !

Bastien Thomas