Nos vies valent plus que leurs profits

Le retour de la valse des primes

Avec la bien relative (en train de repartir à la hausse depuis le blocage du détroit d’Ormuz !) baisse de l’inflation, on voit le retour de la tactique patronale des primes, pour tenter d’apaiser la colère des travailleurs à l’issue des NAO. Les patrons disposent d’un arsenal législatif pour les « distribuer » – prime de partage de la valeur, d’intéressement, de participation – auquel s’ajoutent des primes moins encadrées par les textes. Avec toutes le même objectif : ne pas réellement augmenter les salaires.

Prime de misère

Car, si elles peuvent représenter plusieurs mois de salaire, les primes ne restent qu’une fraction de ce que patrons et actionnaires ont extirpé aux salariés. L’intérêt pour le patron, c’est donc de ne pas la pérenniser sous forme de salaire, et d’extirper aussi l’accord des syndicats qui se laissent convaincre. Autre intérêt garanti, ces primes sont exonérées de cotisations sociales. Elles sont donc très conformes à la propagande de l’extrême droite sur la différence entre le brut et le net, qu’elle voudrait réduire : une attaque directe contre la fraction du salaire « différé » qui remplit des caisses dont on nous fera payer ensuite le déficit…

Misère des primes

Ce que les patrons appellent « intéressement », c’est une prime qui est supposée associer les travailleurs aux bénéfices de l’entreprise, obtenus par des « gains de productivité » : « absentéisme », « accidentologie », « pénalité », toute une novlangue de DRH. Mais, d’une part, ces gains ne sont donc pas nécessairement le résultat de l’introduction de techniques nouvelles, mais de l’intensification du travail. Et, d’autre part… seul le patron est juge ! Un prétendu partage de ces gains, en réalité dus à une plus grande exploitation et qui devraient, soit ne pas exister pour la santé des travailleurs, soit leur revenir, sous forme de salaire ou de diminution du temps de travail. Même si ces primes sont contraintes par des textes de lois, c’est vraiment l’arbitraire patronal qui décide in fine qui perçoit quel montant. Les salariés n’ont donc aucun intérêt à promouvoir ces primes, qui varient en fonction de critères aléatoires et d’une année sur l’autre. Quand leurs baisses provoquent la colère des travailleurs, il faut alors revendiquer l’intégration de toutes les primes aux salaires, en plus de l’augmentation de ceux-ci.

Philippe Cavéglia