
Clap de fin sur la croisette, pour un festival de Cannes traversé de polémiques. Après le monde de l’édition et la tempête chez Grasset, c’est maintenant dans le milieu du cinéma que de nouvelles tensions se cristallisent autour de Bolloré.
Tribune anti-Bolloré : courage des uns…
Le 11 mai, à la veille du festival de Cannes, une tribune est parue dans le journal Libération. Signée par 600 professionnels du monde du cinéma, elle dénonce la concentration d’une partie importante de la chaîne de production dans les mains du milliardaire d’extrême droite, notamment propriétaire du groupe Canal+, qui finance un film français sur deux.
Les signataires sont loin d’être uniquement des acteurs ou des réalisateurs de premier plan. On y trouve aussi des techniciens, des régisseurs, des costumières, des coiffeuses… mais aussi toutes celles et ceux qui font tourner cette industrie jusque dans les salles ou les festivals de cinéma !
En réaction, Maxime Saada, le PDG du groupe Canal+, a menacé de ne plus produire de films sur lesquels travailleraient les signataires de la tribune. Le message est clair : si tu veux bosser chez Canal, tu la boucles !
Cette intimidation aura finalement eu l’effet inverse de celui escompté, puisque la liste des signataires a doublé depuis. Signer la tribune devient l’expression d’une solidarité avec tout un ensemble de collègues plus ou moins lointains… et une marque de courage politique.
… et lâcheté des autres
Une prise de position qui tranche avec le silence ou la langue de bois de certains « grands noms » du cinéma. Mathieu Kassovitz a carrément pris la défense du groupe Canal ! Gilles Lellouche – ou Gilles Lelâche – a rembarré un journaliste qui lui demandait de se prononcer sur la montée de l’extrême droite. Tous ceux-là passent sans doute trop de temps à partager des déjeuners et des coupes de champagne avec leurs financeurs…
Un cinéma à visage humain ?
Suite à la tribune, la CGT Spectacle appelle à un rassemblement devant l’Olympia – autre propriété de Bolloré – le 30 mai prochain. L’inquiétude et la colère semblent s’amplifier dans le secteur. Des réactions légitimes et justes. Cependant, c’est une bataille qui ne peut pas se résumer au fait de combattre l’empire de Bolloré.
Certes, celui-ci ajoute une coloration politique à son OPA sur les médias, en les mettant au service de l’extrême droite. Mais que font à côté les Netflix, Disney, Amazon, Apple… ? Tous ces mastodontes se mènent la guerre pour savoir qui remportera un maximum de marchés… et ce, toujours au détriment des travailleurs du secteur concerné. On ne peut donc se contenter de s’opposer à la seule personne de Bolloré. C’est en réalité au système qu’il défend et qu’il représente qu’il faudra se confronter.
Pour lutter contre la mainmise de grands groupes capitalistes dans le domaine artistique, pas besoin de fantasmer un cinéma « français » contre un autre. Ce qu’il faut, c’est d’abord des moyens pour permettre à tous les travailleurs du secteur de vivre décemment. Collectivement, ces travailleurs-là incarnent une force, et c’est par leurs luttes qu’ils pourront la sentir… et un jour se passer des capitalistes au-dessus d’eux !
Claire Lafleur et Stanislas Erren