Le suspens reste entier pour savoir s’il y aurait une avancée des négociations entre la Maison-Blanche et l’Iran. Il est hasardeux de penser à une fin prochaine de l’intervention américaine. Les déclarations officielles sont mitigées. Du côté américain, il serait question d’un accord de paix « largement négocié, sous réserve de finalisation » mais selon le porte-parole iranien, c’est un accord « en cours d’élaboration comme un cadre préliminaire qui n’aborde pas en détail les questions les plus épineuses »… Et malgré l’officielle trêve, les USA ont frappé des sites supposés être des bases de missiles au sud de l’Iran.
La surenchère d’Israël
Quant à Israël, la simple idée de l’avancée de ces négociations et d’un possible accord suscite des réactions les plus extrémistes. L’État d’Israël ne décide pas de la politique américaine en Iran. Mais dans ce qu’il considère comme son domaine, Netanyahou continue son escalade. Lundi 25 mai, il a multiplié ses frappes sur le sud-Liban, dans cette région où déjà 45 % des zones urbanisées ont été rasées, avec l’assentiment des USA. Trump a annoncé qu’il aimerait compléter un accord avec l’Iran par la signature d’« accords d’Abraham », c’est-à-dire d’alliance entre Israël et les pays arabes du Golfe qui n’avaient pas, jusque-là, osé le faire par crainte de l’impopularité.
À la recherche d’un nouvel ordre régional et pétrolier
L’objectif des États-Unis n’est pas en soi de renverser le régime iranien. Lorsque ce dernier s’est trouvé en butte à des manifestations massives en janvier dernier, Trump l’a laissé mener sa sanglante répression. Les USA ne cherchent qu’à renforcer leur mainmise sur le Moyen-Orient, qui lui avait en partie échappé avec la chute du régime du chah en Iran en 1979. Avec, pour en contrôler les richesses, le besoin de contrôler les peuples. Par dictatures interposées.
Trump a-t-il eu l’illusion qu’en éliminant physiquement les principaux leaders du régime iranien, dont l’ayatollah Khamenei, il trouverait parmi ses seconds couteaux des dirigeants de rechange plus prêts à passer sous sa houlette, comme il a trouvé carte de remplacement au Venezuela après l’enlèvement de Maduro ? Ça n’a pas été le cas. C’est donc avec la dictature des Pasdaran qu’il cherche aujourd’hui un accord, au prix d’une offensive dont la population est victime.
Mais celle-ci, dont une classe ouvrière massive, qui a mené de nombreuses luttes et grèves malgré la dictature, pourrait bien demander des comptes. Un site animé par des militants iraniens en exil en Angleterre fait état de la manifestation, dimanche 17 mai, de travailleurs d’une entreprise de produits pétrochimiques, Petronad, en lutte depuis près d’un mois contre le licenciement de 200 d’entre eux. Ils se sont rassemblés devant le bureau du gouverneur de la ville de Mahshahr dans le Khouzistan, région pétrolière du sud-ouest du pays. Un communiqué du 20 mai du syndicat des travailleurs de la compagnie des autobus de Téhéran dénonce « cette guerre dévastatrice [qui] a bouleversé la vie et la lutte des travailleur à tous les niveaux » et qui, après déjà la sanglante répression des manifestations du mois de janvier, « a servi de prétexte à la République islamique pour exécuter de nombreux prisonniers politiques ». « Non à la guerre […] Non à la répression et à la tyrannie. […] La solution pour les travailleurs et travailleuses réside dans l’unité et l’organisation », conclut leur communiqué.
Olivier Belin