
Un taylorisme augmenté : critique de l’intelligence artificielle, de Juan Sebastián Carbonell
Éditions Amsterdam, 2025, 192 p., 13 €
La plupart des critiques sur l’intégration de l’IA dans les entreprises insistent très légitimement sur les risques de délocalisation ou déqualification des emplois. Juan Sebastián Carbonell développe avec clarté ces critiques, et présente aussi une autre facette moins médiatisée : l’impact de l’IA sur la qualité des emplois et l’organisation au travail, qu’il décrit comme un taylorisme numérique augmenté. L’automatisation de certaines tâches intellectuelles ou artistiques, comme la rédaction d’articles ou le dessin graphique, dépossède le travailleur de son métier et le transforme alors en employé au service de l’IA. Une accentuation de l’aliénation au travail dont personne ne veut, sauf le patronat pour augmenter ses profits ! Dans le même temps, l’amélioration par des méthodes IA des outils de contrôle permet un suivi et une analyse systématique du travail, celui des routiers ou livreurs par exemple. Ils risquent alors de se voir attribuer automatiquement des sanctions pour une déviation à la norme, parfois nécessaire, mais reconnue comme une faute par un algorithme dont seule la direction a le secret.
La critique de l’IA offerte par l’auteur est la bienvenue, alors que le discours médiatique dominant cherche avant tout à vendre l’IA comme un outil miracle qui nous délivrera des tâches répétitives et rébarbatives du travail. Les perspectives de l’auteur sont plutôt restrictives, il invite les travailleurs à lutter contre l’utilisation de l’IA, non pas par rejet du progrès technologique, mais parce qu’elle est utilisée par et pour le patronat, pour répondre à ses intérêts, contre ceux des travailleurs. Pour autant, seule une lutte plus globale, qui viserait la prise du pouvoir par les travailleurs, permettrait à la majorité de la population de décider quand et comment une technologie aussi coûteuse écologiquement et socialement vaudrait la peine d’être utilisée.
Charles Vasseur