La demande de Mounjaro et de Wegovy, traitements phares du laboratoire danois Novo Nordisk, ne cesse d’augmenter. À la base traitements contre le diabète de type 2, leur effet amaigrissant a poussé de nombreuses personnes à s’en faire prescrire. Malgré les risques de ces traitements, plusieurs États voudraient y voir un moyen de booster la productivité des travailleurs.
Maigrir c’est produire ?
Le gouvernement danois a annoncé vouloir étudier les effets de ces traitements sur le chômage et la productivité. Manière déjà d’individualiser les causes du chômage et de rendre les personnes en surpoids chômeuses responsables de leur situation. Manière aussi de dire que d’éventuels gains de productivité valent bien d’encourager la prise d’un traitement à l’efficacité d’ailleurs discutable et aux effets à long terme potentiellement dangereux. C’est encore la directrice santé de Dansk Erhverv, importante organisation patronale, qui en parle le mieux : « Si nous commençons à considérer la santé comme un investissement, les bénéfices se feront sentir bien au-delà du système de santé, sous la forme d’un plus grand nombre de personnes au travail, d’une productivité accrue et d’une meilleure qualité de vie. »
Pour le Danemark, cette étude est d’autant plus importante que Novo Nordisk pèse lourd dans l’économie du pays. Le laboratoire compte pour 10 % du PIB du pays. Si les résultats étaient concluants, ce serait un sacré coup de com’ pour le champion national. Mais le Danemark ne sort pas cette idée de nulle part. Fin 2024, le Royaume-Uni a lancé avec le groupe pharmaceutique Eli Lilly, qui développe le Mounjaro, une étude sur l’effet de ces traitements amaigrissants sur le retour à l’emploi et les économies pour le système de santé. L’an dernier, une étude estimait à 4,3 milliards de livres sterling de gain de productivité en généralisant ce genre de traitements.
Notre santé, pas la propriété
Pourtant, l’effet miracle de ces traitements est à relativiser. L’arrêt du traitement entraînerait une reprise de poids, et en lui-même, les effets secondaires sont parfois graves, potentiellement même mortels. La perte d’appétit liée à ces traitements peut entraîner des carences qui peuvent devenir graves, et même si aujourd’hui les décès, notamment par pancréatite, ne sont pas clairement attribués à leur prise, l’Agence nationale de sécurité du médicament est en alerte, avec peut-être en mémoire le scandale du Mediator. Pas de quoi décourager les labos et les États qui les protègent dans la généralisation de ces médicaments.
Marinette Wren
