Dimanche 31 mai, le candidat d’extrême droite, Abelardo de la Espriella, est arrivé en tête, contrairement à toutes les prévisions, du premier tour de l’élection présidentielle avec 43,7 % des voix. Cet homme d’affaires millionnaire, avocat défenseur des paramilitaires et des narcotrafiquants, est un admirateur de Milei, le président d’extrême droite de l’Argentine, et du dictateur Bukele au Salvador. Comme eux, il prétend vouloir couper drastiquement les dépenses de l’État, renforcer l’arsenal sécuritaire et construire de nouvelles prisons ; il affiche son opposition à l’avortement et promet « d’étriper la gauche ». La droite traditionnelle ne s’est toujours pas remise de sa gestion profondément corrompue et désastreuse pour les classes populaires du pays sous la présidence d’Uribe (2002-2010), puis de Santos (2010-2018) et Duque (2018-2022). Sa candidate n’a recueilli que 6,7 %. La droite s’est d’ailleurs empressée d’apporter son soutien à De la Espriella pour le deuxième tour.
Arrivé deuxième avec 40,9 % des voix, le candidat de la gauche, Iván Cepeda, se réclame du bilan de l’actuel président Gustavo Petro. Celui-ci avait remporté l’élection en 2022 à la suite d’une vaste et profonde mobilisation populaire entre 2019 et 2022, marquée par des grèves et des manifestations gigantesques. Mais la gauche arrivée au pouvoir en 2022 s’est contentée de mesures cosmétiques, sur le droit du travail, les retraites, l’égalité femmes-hommes, la réforme agraire ou l’écologie, sans jamais s’attaquer au pouvoir et aux richesses de la bourgeoisie, et sans vraiment améliorer la condition d’ensemble des classes populaires, dans ce pays où 42 % de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté et où le Smic s’établit à 250 euros mensuels. Les grandes familles bourgeoises, y compris les propriétaires fonciers, ont, elles, continué de prospérer.
Le candidat de la gauche, Cepeda, a déjà pris soin de déclarer « vouloir dialoguer avec tout le patronat, grand, moyen et petit » et a réaffirmé ne pas « être contre les patrons, mais vouloir construire une croissance économique qui profite à tous ». Alors, le 21 juin, que le vainqueur du deuxième tour soit un ennemi déclaré d’extrême droite des travailleurs ou un ami de gauche des patrons, la classe ouvrière, les paysans sans terre et la population pauvre de manière générale n’auront d’autre choix que de s’organiser et de se battre. Ils ont déjà montré qu’ils en étaient capables.
Michel Grandry