Nos vies valent plus que leurs profits

Courrier d’un lecteur : la catastrophe des déserts médicaux

La surcharge des urgences et la pénurie de médecins ont des conséquences très concrètes qui mettent en danger les personnes.

Le 11 juillet dernier, j’ai moi-même été victime d’un grave accident de la route avec cinq autres personnes. Pris en charge par les secours, nous sommes transférés aux urgences de l’hôpital de Semur-en-Auxois. Nous comprenons rapidement que la situation est chaotique dans ces urgences. Nous attendons plus de quatre heures sur des brancards. En même temps que nous, un arrêt cardiaque, et plusieurs autres urgences vitales. Alors que je suis moi-même conducteur d’un des véhicules impliqué dans un accident à 90 kilomètres à l’heure, le médecin des urgences m’ausculte seulement les cervicales, sans même m’ausculter le reste du corps, et sans imagerie médicale. Deux des personnes se trouvant avec moi passent quand même des scanners, la troisième est hospitalisée dans un autre service. Quant aux deux autres personnes se trouvant dans l’autre véhicule, elles sortent elles aussi des urgences au bout de quatre heures, avec un simple bandage au genou, et sans avoir passé non plus d’examens supplémentaires.

Une des infirmières résume brièvement la situation : « Avec le monde qu’il y a, notre politique c’est de faire sortir les gens le plus vite possible. »

Le lendemain, alors que j’ai été rapatrié chez mon père au Creusot, je me rends compte que j’ai encore des douleurs et que d’autres sont apparues dans la nuit. Je cherche alors un médecin pour reconsulter. Mais sur Doctolib, aucun rendez-vous n’est disponible, et il est spécifié de toute façon pour tous les médecins sur la ville qu’ils ne prennent en charge que leurs patients. Nous essayons de nous rendre chez un médecin qui reçoit sans rendez-vous, mais il nous indique que lui aussi ne prend en charge que ses patients. Nous tentons ensuite d’appeler le centre départemental de santé, où la réponse est la même. On nous invite carrément à appeler le 15 !

Au final, la seule solution pour nous est de nous rendre aux urgences de l’hôpital du Creusot… et donc d’encombrer ce service alors qu’il nous aurait suffi de consulter un médecin.

A.