
De Bordeaux à Madrid, des feux extrêmes obligent des centaines de milliers de personnes à fuir les brasiers qui avalent forêts et habitations. En Gironde et dans les Landes, 1 700 pompiers sont mobilisés et 220 000 personnes ont déjà dû être évacuées dimanche. Au-delà des moyens réquisitionnés par l’État pour lutter contre l’incendie et accueillir ceux qui ont dû fuir – dans des conditions parfois très précaires –, partout, la solidarité se manifeste, ici spontanément, là organisée par les collectivités. Alors, aujourd’hui, l’heure est sans doute à la mobilisation générale pour lutter contre les flammes. Mais, demain, ce sera l’heure des comptes car, si la forme de l’incendie actuel était peut-être imprévisible, comme le répètent à l’envi préfets et ministres, les incendies, c’est surtout l’été, et l’été, c’est chaque année ! Quant aux conséquences du réchauffement climatique, elles sont documentées depuis plusieurs décennies. Alors, quand les experts disent que la situation était prévisible, quel est le mot que les gouvernants ne comprennent pas ?
Les moyens manquent
Après l’incendie de Die, fixé mais pas encore éteint, 42 000 hectares de forêts ont déjà brûlé dans les Landes et en Gironde, département qui avait déjà subi l’épreuve des flammes en 2022. Les renforts sont venus de nombreux départements, du matériel a été loué. Mais, seuls 7 des 12 Canadair étaient en état de voler ce samedi : avec 30 ans de moyenne d’âge, pannes et casses se multiplient. 12 Canadair… c’est une blague cruelle : Airbus produit davantage de A350 en deux mois et Dassault le double de Rafale en un an !
Question de priorités
Il ne faudrait pas qu’il y ait « trop » de bombardiers à eau qui risqueraient de ne pas être utilisés en permanence ? Ce n’est pourtant pas ce genre de logique qui retient nos gouvernants quand il s’agit d’acheter des avions de guerre ou des tanks ! Des Rafale et des chars qui attendent dans les hangars de l’armée, juste pour rendre crédible la capacité de l’impérialisme français à s’assurer la soumission d’autres pays, c’est ça la bonne prévention ? Par contre, quelque 40 ou 50 Canadair au cas où des dizaines de milliers d’hectares s’embraseraient, où des maisons brûleraient et où des gens risqueraient la mort, ce serait jeter l’argent par les fenêtres ? Là, il faudrait s’en tenir aux rustines de dernières minutes ? Le gouvernement a reconverti en bombardier à eau un avion de transport de l’armée : toute aide supplémentaire est certes bienvenue, mais il lui faut 2 h 30 pour pouvoir repartir, quand les Canadair tournent en continu !
C’est aussi en amont qu’il aurait fallu agir. De nombreux travaux pour empêcher ou ralentir la propagation des incendies sont réalisés dans l’urgence, divisant les forces sur le terrain, alors qu’ils auraient pu être réalisés plus tôt. Comme le dit le chercheur Éric Rigolot au Monde : « C’est en plein hiver, lors des saisons des pluies, quand nous n’avons plus le feu à l’esprit, que l’on peut agir. »
Tous les experts le disent : les canicules, les sécheresses sont hélas devenues récurrentes avec la crise climatique. On ne peut plus accepter des politiciens qui jouent les étonnés à l’arrivée de l’été et des fortes chaleurs. Macron adore se poser en chef de guerre, chaussé de ses lunettes fumées. Mais comprendre que les risques d’incendie, c’est l’été, c’est trop compliqué pour lui et les siens ? Leur aveuglement est structurel, car le système qu’ils défendent, le capitalisme, non seulement détruit la planète mais la logique du profit à court terme est la raison même qui nous prive des moyens de lutter contre la crise climatique et ses conséquences destructrices. Ils sont le poison et ils nous privent du remède.
Éditorial du NPA-Révolutionnaires du 27 juillet 2026
