
Alors que les épreuves du brevet ont commencé vendredi 26 juin, les témoignages de situations ubuesques et chaotiques affluent. À Paris, à Aubervilliers, en Normandie… Partout les situations sont les mêmes : des salles à 33, 34 voire 35 °C dès 8 heures du matin. Dans certains établissements, le conseil départemental a livré des ventilateurs, mais pas suffisamment pour toutes les salles où composent les élèves. Dans d’autres, il y a des ventilateurs, mais pas assez de prises dans les salles pour les brancher… Les deux jours précédents, les oraux du baccalauréat (français et grand oral) avaient également commencé dans des conditions désastreuses : ainsi, une collègue témoigne à Paris qu’elle a fait un malaise parce qu’il faisait 37 °C dans sa salle. Un autre poste une photo d’un pot à eau posé sur une table, seul aménagement concédé sur son centre d’examens. Les maigrelettes annonces d’Édouard Geffray sur le fait qu’aucune épreuve ne se tiendrait l’après-midi n’ont aucune réalité sur le terrain. Les examinateurs et examinatrices de français font ainsi toujours passer 11 à 15 candidats par jour, sans pause sauf une heure pour manger en quatrième vitesse, entre 9 et 17 heures.
Le gouvernement préfère financer l’armée que rénover les bâtiments
Alors bien sûr, cette catastrophe était largement anticipable. Depuis des années, les collègues alertent sur l’état des locaux laissés à l’abandon par l’État et les collectivités territoriales. En 2024, une puissante grève dans le 93 avait mis en lumière l’état de délabrement des établissements. Les syndicats estiment qu’il faudrait investir 4 à 5 milliards d’euros chaque année sur dix ans pour rénover l’ensemble du bâti. Mais voilà, le gouvernement préfère financer l’armée et lui accorde une rallonge de 36 milliards d’euros. Dans le même temps, le Fond vert pour la rénovation des bâtiments publics a fondu de 2 milliards d’euros à 838 millions prévus dans le budget 2026.
Mais bien évidemment, il ne faudrait surtout pas que les écoles arrêtent de tourner, car il faut que les gamins soient gardés pendant que les parents vont se faire exploiter !
Les collègues abandonnés par l’intersyndicale refusent de se laisser faire
On se demande bien du coup ce qu’est allé faire l’intersyndicale dans les bureaux de Geffray, qui se paye en plus le luxe de nous cracher à la figure en expliquant qu’il n’a pas la clim ni le ventilo dans son bureau. Depuis des jours, les collègues dressent par dizaines, par centaines, des fiches SST (santé et sécurité au travail : des fiches censées alerter l’employeur sur les risques encourus par le personnel). Mais il aura fallu attendre le 25 après-midi pour que l’intersyndicale daigne enfin sortir un appel… qui n’appelle même pas vraiment à la grève !
Les collègues qui font passer les épreuves du bac de français à Nantes ont entamé le 26 juin une grève reconductible. Ils disent avec raison : « Nous avons conscience du stress que cela peut ajouter aux candidats, mais nous le faisons aussi pour les cohortes à venir. » C’est bien la voie à suivre. Il n’y a rien à attendre du gouvernement, aux ordres du patronat. Dès maintenant, organisons les conditions de la lutte à la rentrée, car on sait que dès septembre c’est le même cirque qui va reprendre.
Aurélien Perrena