
Le protocole d’accord de paix annoncé par Trump signé mercredi 17 juin ne garantit pas qu’il n’y ait encore quelques rebonds, surtout que l’armada américaine pour l’instant reste sur place et que s’ouvre une phase de soixante jours pour la mise au point d’un accord définitif qui pourrait être marquée de coups de pression, de menaces… ou de bombes comme on l’a vu lors des semaines de « cessez-le-feu » qui ont précédé la signature de l’accord actuel.
Mais il est clair que Trump veut se sortir du guêpier où il s’est mis avec sa guerre en Iran. Fort de son succès au Venezuela, Trump a dû escompter qu’avec l’assassinat du guide suprême iranien et d’un certain nombre d’autres dirigeants (dont le chef des gardiens de la révolution, le ministre de la Défense) et l’arrivée de la flotte américaine, il allait trouver au sein de la dictature iranienne un gouvernement iranien de rechange prêt à se rapprocher des États-Unis et servir ses intérêts.
Le coup est loupé. Quatre mille morts plus tard, maintes installations industrielles détruites, quartiers bombardés (le bilan complet est loin d’être connu à ce jour), on retire ses billes et on se proclame faiseur de paix. Et le petit Macron, en maitre de cérémonie, accueille chaleureusement Donald Trump au sommet du G7, sous le regard dédaigneux de celui-ci, lui offre les services de sa marine nationale pour surveiller le détroit d’Ormuz (vive le pétrole !) et l’invite à un gueuleton au château de Versailles (hommage diplomatique parait-il inédit). Échange de politesse, entre volaille et fromage, le président américain appose avec deux jours d’avance sa signature sur l’accord.
L’amnistie pour crimes de guerre c’est le privilège des assassins qui dirigent le monde. Tapis de bombes pour contrôler le marché pétrolier du Moyen-Orient, plus modestement corps expéditionnaire français en Afrique pour en contrôler quelques richesses minières notamment, chacun y est allé des siens.
De l’accord États-Unis-Iran en voie de signature lui-même, on ne connait pas encore tous les détails, mais, à ce qu’en a révélé la presse, il semble que sur le chapitre du nucléaire, officielle raison de la guerre, et dont les marchandages vont encore durer 60 jours, il semble qu’on s’oriente grosso-modo vers le retour à l’accord passé en 2015, que Trump avait décidé d’annuler. Mais ce n’était que détail. C’est le pétrole qui est roi. Pour Trump et l’« America Great Again », c’est un retour vers le contrôle que les États-Unis avaient du Moyen-Orient et de son marché pétrolier, en partie perdu avec la chute du chah en Iran qui était en jeu. Et c’est en grande partie le blocage du détroit d’Ormuz provoqué par la guerre, et les perturbations engendrées sur le marché qui lui font retirer ses billes, faute d’avoir pu faire céder le pouvoir iranien.
Au grand dam de Netanyahou et des faucons israéliens qui renchérissent sur lui en lui reprochant trop de suivisme vis-à-vis de États-Unis. Mais la récente gronderie de Trump pour les derniers bombardements de Beyrouth par l’aviation israélienne qui perturbaient ses négociations avec l’Iran ne va par pour autant arrêter la guerre menée par Israël au Liban : gendarme du Moyen-Orient, surarmé avec l’aide des grandes puissances occidentales, Israël a peu de chance d’être complètement désavoué par ses protecteurs et garde les mains libres pour ses propres guerres, qui, au Liban, gênent un peu le jeu diplomatique de Trump, mais que celui-ci avait pleinement applaudies pour les massacres à Gaza et les opérations de colonisation en Cisjordanie.
Comme toujours, c’est la population qui a payé le prix de l’aventure lancée par Trump avec son allié Netanyahou. Après les morts, les destructions industrielles qui ont déjà provoqué des vagues de licenciements, est-ce que l’aggravation de la situation sociale va provoquer des mouvements sociaux dans cet Iran qui a connu ces dernières années un bon nombre de grèves ? Peut-être. Mais, dans un premier temps au moins, la dictature iranienne pourrait bien se retrouver encore renforcée par le cuisant échec de la guerre lancée par Trump, exiger maintenant encore plus de sacrifices, de bas salaires au nom de la reconstruction tout en accusant tous ses opposants de trahison.
Olivier Belin