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Guerre en Iran : un bras de fer très inégal

Alors que se poursuit un ballet diplomatique incertain entre les États-Unis et l’Iran, le cessez-le-feu sine die décidé par Trump en Iran a tourné au bras de fer : blocus maritime de l’Iran contre contrôle par ce dernier du détroit d’Ormuz.

Les bombardements américains et israéliens sur l’Iran n’ont pas abouti au résultat escompté par Trump d’obtenir, sinon une chute du régime, du moins, comme au Venezuela, le ralliement d’une partie de l’appareil d’État. Pari perdu, donc : malgré un écart abyssal des moyens militaires, l’appareil d’État iranien ne s’est pas effondré.

Mais le bras de fer actuel est tout aussi asymétrique que l’était le conflit armé. Côté iranien, le blocus américain commence à produire des effets, et le rationnement semble s’installer dans le pays. Difficile de savoir combien de temps le régime peut tenir, ni quelles sont ses capacités d’adaptation. Mais, du côté des États-Unis, la situation est évidemment bien moins urgente.

Les conséquences de la guerre ne sont pas les mêmes pour tous les pays

Partout, la population ressent déjà les effets de cette guerre par une hausse importante des prix, en particulier des carburants. Même si un accord était trouvé rapidement, non seulement des millions de personnes dans le monde basculeront dans la pauvreté, mais des milliers d’entreprises, petites ou non, risquent de se trouver en cessation de paiement, pour peu que leur trésorerie soit en équilibre précaire. C’est une véritable crise qui se profile à l’horizon.

Cela dit, tous les pays ne sont pas touchés de la même manière : « Les difficultés économiques se feraient sentir de manière inégale, l’Asie étant la plus exposée, tandis que l’Europe ferait face à des vents contraires. Parmi les mieux positionnés figurent les États-Unis, le Canada et les exportateurs de pétrole situés hors du Moyen-Orient », affirme une note du groupe financier américain, Citigroup, citée par Le Monde le 10 avril. Les États-Unis sont, par exemple, devenus le premier producteur mondial d’hydrocarbures, et leurs ventes ont augmenté de 33 % depuis le début de la guerre en Iran, en particulier en direction des pays d’Asie.

La guerre en Iran s’inscrit dans le repartage du monde voulu par les États-Unis et auquel Trump a donné un coup d’accélérateur brutal dans tous les sens du mot. Aujourd’hui, l’administration Trump a du mal à trouver une issue acceptable pour elle à la guerre qu’elle a déclenchée. Mais si, partout, l’économie est mise à mal, les mois qui viennent permettront de voir plus clairement comment les différents pays auront encaissé le choc. En tout cas, pour l’instant, ce sont surtout les concurrents des États-Unis qui connaissent des problèmes d’approvisionnement, en particulier les pays d’Asie. Et, malgré les embarras actuels, il n’est pas dit que les États-Unis ne sortent pas renforcés par rapport à leurs concurrents.

Ce qui pourrait vraiment inquiéter la bourgeoisie américaine

Bien sûr, l’administration Trump doit faire face à une impopularité croissante. Mais c’est le lot de tous les dirigeants de la bourgeoisie, ce qu’ils appellent « l’usure du pouvoir ». Si cela aboutit au retour des Démocrates, cela n’a rien de préoccupant pour les classes dirigeantes américaines.

Une seule chose pourrait tout de même les inquiéter : que la colère des classes populaires se traduise autrement que par cette alternance habituelle. Que la petite vague de grèves que connaissent les États-Unis s’amplifie ; que les travailleurs s’organisent eux-mêmes, contre l’appareil d’État, comme ils l’ont fait à Minneapolis contre les sbires de l’ICE. Et que les travailleurs tournent le dos aux partis institutionnels pour défendre une politique propre aux classes populaires. Leur inquiétude, notre objectif !

Jean-Jacques Franquier