Nos vies valent plus que leurs profits

Guerre pour le pétrole et guerre de classe

L’énervement de Trump aujourd’hui par rapport aux surenchères de Netanyahou montre un peu le guêpier dans lequel il s’est lui même plongé avec cette guerre, et dont il aimerait semble-t-il bien se sortir aujourd’hui. Mais pas sans en tirer quelques profits : on ne déploie pas une telle armada, la plus puissante du monde, pour repartir la queue entre les jambes.

Mais dans cette guerre au rapport de force si asymétrique, où Trump avait menacé de « ramener [l’Iran] à l’âge de pierre », clamé plusieurs fois avoir quasiment pulvérisé les capacités militaires de l’Iran, on peut se demander pourquoi ce champion de l’America great again déclare aujourd’hui qu’il espère rencontrer prochainement le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, fils de celui qu’il a fait assassiné au moment du déclenchement de la guerre.

Car ce n’est pas tant le nombre de missiles restant à l’Iran qui pousse Trump à chercher à négocier avec le régime iranien une porte de sortie : c’est leurs intérêts forts compatibles. L’embourbement des USA en Irak, incapables de gérer le pays après en avoir vaincu en le régime de Saddam Hussein, le fiasco de 20 ans de guerre en Afghanistan pour y redonner le pouvoir aux Talibans leur ont servi de leçon. Il ne suffit pas de prendre le contrôle d’un pays pour en contrôler les richesses, s’il faut ensuite en gérer aussi la misère, affronter les révoltes qu’elle suscite. Il faut pour cela avoir une dictature de rechange. Et pourquoi pas le fils d’Ali Khamenei lui-même.

Car si on l’amenait à se réconcilier avec les USA (l’objet des négociations actuelles menées en alternance de rencontres entre les dirigeants et de bombardement sur les peuples), face au peuple iranien et à sa classe ouvrière si nombreuse et surexploitée, la dictature actuelle pourrait bien être, pour les USA eux-mêmes le meilleur atout.

La guerre renforce en partie le régime face à sa population, lui permettant d’arrêter, en accusant de traitrise, non seulement ses opposants politiques mais même les simples militants ouvriers qui ont l’imprudence, et surtout le courage d’exprimer au grand jour les revendications de leur camarade de travail. Ainsi la vague d’arrestation ces derniers jours parmi les militants soupçonnés d’être d’extrême gauche. Ainsi ce militant syndical d’une entreprise de forage pétrolier déjà licencié il y a 3 ans pour avoir dénoncé les conditions de travail déplorable et les salaires de misère dans son entreprise et qui vient d’être condamné à 33 mois de prison.

Olivier Belin