
C’est sur le continent nord-américain que se déroulera la 23e édition de la compétition sportive la plus suivie au monde. Organisée récemment par certaines forces économiques montantes (Corée du Sud, Afrique du Sud, Brésil, Russie ou Qatar), la Coupe du monde retourne dans le cœur de la bête capitaliste. Car c’est aux États-Unis que se dérouleront une proportion écrasante des matchs, dont les plus décisifs à partir des quarts de finale. Ce qui a provoqué quelques réactions au Canada, pour lequel la balance commerciale sera déficitaire, du fait du faible nombre de matchs organisés sur son sol et des gros investissements.
Les meilleures sélections nationales seront donc aux prises, de Vancouver à Mexico, de Boston à Los Angeles. Une compétition XXL avec des déplacements continentaux, tout à fait irresponsable écologiquement, voir sportivement… la récupération des joueurs (entre trajets et décalages horaires) sera en effet bien compliquée.
Autre démesure, le nombre d’équipes engagées, 48 au lieu de 32 jusque-là. Alors bien sûr, l’universalisme du football est remarquable, et il est réjouissant de voir des nations comme la Jordanie, l’Ouzbékistan, Curaçao ou le Cap Vert disputer leur premier Mondial. Mais, comme souvent dans le football, c’est aussi affaire de gros sous. Déjà, le président de la Fifa, Gianni Infantino, champion du monde des courbettes à Trump, s’assure une réélection facile avec cette décision populaire, mais surtout, la compétition comporte 40 matchs supplémentaires, un véritable jackpot ! L’avidité n’est jamais loin de l’universalisme à la Fifa…
Les nations, voir les nationalismes semblent à l’honneur dans ce genre de compétition, même si l’écrasante majorité se déroule dans une ambiance festive et bon enfant. Mais en fait, le caractère historiquement dépassé des frontières et des nations apparait également : c’est ainsi qu’on décompte par exemple 99 joueurs nés en France parmi les sélectionnés, produit du passé colonial. Dans l’autre sens, les joueurs marocains sont nés dans cinq pays différents. Cette « coupe du monde de la diaspora » comme l’a appelé un journaliste colombien est bien éloignée des saillies racistes et anti immigration de Trump et de son administration (le meilleur arbitre africain, sélectionné, a d’ailleurs été refoulé à la frontière parce que somalien).
En tout cas, la politique sera bien présente pendant la coupe du monde. Le capitaine de l’équipe de France, Kilian M’Bappé, s’est déjà fendu de plusieurs déclarations anti-RN (qui ne rachètent pas complètement sa connivence avec Macron) et est à l’origine d’une contestation de l’utilisation de l’image des joueurs pour faire de la pub aux paris sportifs.
Évènement d’une toute autre ampleur, au Mexique, ce sont des dizaines de cortèges de travailleurs qui, les soirs de matchs, convergeront vers le magnifique stade Azteca de la capitale, pour revendiquer une amélioration des conditions de vie, sans renier leur passion du football ! Une confrontation à suivre avec au moins autant d’attention que le Mondial lui-même !
Philippe Cavéglia