Il y a un an, Renault assumait à peine son partenariat avec la direction générale de l’Armement. Il a fallu attendre des mois pour que la direction révèle les détails de « Chorus », une coentreprise avec le groupe militaire français Turgis-Gaillard, pour produire un gros drone à longue portée doté d’une lourde charge explosive. Son moteur diesel est fabriqué à l’usine de Cléon (76) et il sera assemblé dans un atelier spécial de l’usine du Mans (72) dès cet été. Fin 2025, les salariés apprenaient l’existence d’un autre prototype de drone terrestre, cette fois-ci en partenariat avec le groupe belge John Coquerill.
Désormais fini les complexes : Renault assume le virage vers l’armement au salon Eurosatory, la grande foire de l’industrie militaire, en annonçant deux nouveaux partenariats avec le groupe Thales : le « 4 Troop » , un véhicule militaire tactique ; et un petit drone kamikaze de courte portée baptisé « Toutatis ». Alors que l’industrie d’armement est réputée lente et coûteuse, Renault promet au ministère de la Défense d’utiliser les méthodes du secteur automobile pour massifier la production et accélérer la cadence. Il ne s’agit pas (pour l’instant) de remplacer les Scenic par des missiles balistiques, mais plutôt de capter une petite partie des dizaines de milliards d’euros d’argent public qui pleuvent sur les groupes d’armement.
Produire des armes pour sauver les emplois ?
La direction et le gouvernement répètent que produire des armes permettrait de sauver les emplois dans un contexte économique soi-disant difficile. Mais ces emplois, personne n’en a vu la couleur. Au contraire, la casse sociale se poursuit dans les usines et les centres techniques. Présenter ce virage vers l’armement comme une fatalité sert à pousser les salariés à travailler « volontairement » sur des projets militaires. Ce chantage à l’emploi s’exerce aussi sur les syndicats : les organisations pro-patronales comme FO, la CFE-CGC et la CFDT suivent le mouvement. La CGT et SUD Renault dénoncent globalement la militarisation, avec des nuances selon les sites (à l’usine du Mans, la CGT n’a pas voté contre la fabrication des drones). Les réticences des salariés sont bien réelles et doivent s’exprimer haut et fort. D’autant que l’actualité récente en Palestine, en Ukraine ou en Iran rappelle chaque jour à quoi servent ces engins de mort.
Hugo Weil