Après que l’Assemblée nationale, du RN au PS, a voté une rallonge pour la loi de programmation militaire, 36 milliards de plus pour engraisser les marchands d’armes en bonne servante des intérêts de la bourgeoisie française et ses groupes capitalistes, voilà que le gouvernement nous ressort le coup du « trou de la sécu ». Dégât collatéral du détroit d’Ormuz, le déficit de la Sécurité sociale serait cette année de 24 milliards au lieu des 19 milliards attendus… Mis à part le caractère risible de ce rapport de cause à effet, c’est encore une manière grossière de faire porter aux classes populaires la responsabilité des déficits et surtout de leur faire payer la note. Il serait question de prélever directement sur les comptes bancaires des malades, notamment ceux en affection de longue durée, les sommes dues en franchises médicales. Résultat attendu : 500 millions d’euros. Entre autres mesquineries du même gabarit.
Parallèlement aux largesses pour le patronat et au budget de guerre, il y a une campagne sournoise et systématique qui sévit depuis des mois contre les travailleurs et travailleuses, les chômeurs, les allocataires du RSA, notamment à travers le débat sur ladite « fraude sociale » qui coûterait cher, le 5 mai une loi anti-pauvre a été votée à l’Assemblée nationale par les macronistes, la droite et le RN. Un matraquage qui a plusieurs objectifs : faire oublier les centaines de milliards de cadeaux aux entreprises, notamment celles du CAC 40 dont les profits caracolent (+7 % au premier trimestre 2026), cadeaux mis en lumière par une commission parlementaire il y a un an ; faire oublier que l’argent magique qui va grossir le budget militaire dans un contexte d’accentuation des rivalités inter-impérialistes est ponctionné dans tous les budgets sociaux ; faire oublier lesdits « superprofits » de groupes comme TotalEnergies qui actuellement rackettent directement la population ; faire oublier l’arrogance des Bernard Arnault, Pouyanné, Bolloré qui rechignent à la moindre annonce de taxe sur des profits colossaux. À l’annonce d’un gel des ristournes sur les cotisations sociales à l’occasion de l’augmentation du Smic, ils crient à la « double peine » et vont peut-être se faire entendre de Lecornu, comme d’habitude en se cachant derrière le petit patron qu’on égorge. Il faut donc faire oublier qui sont les vrais profiteurs ou plutôt les véritables maîtres des anneaux et donneurs d’ordres au gouvernement, les groupes capitalistes et leurs actionnaires.
Il y a consensus dans le bloc des politiciens bourgeois pour faire payer les appétits de ces groupes aux classes populaires en menant une méticuleuse propagande de culpabilisation et de division qui n’est bien sûr pas nouvelle. C’est d’autant plus nécessaire pour eux que les réactions sont nombreuses quoique dispersées et isolées : grèves pour des augmentations de salaire (voire pour le maintien de primes comme à Airbus), grèves ou mouvements contre les nombreux plans de licenciements et fermetures d’entreprises, les derniers en date étant les équipementiers automobiles Durisotti et Klégé ou les magasins pour enfant Okaïbi en redressement judiciaire, la liste est très longue. La CGT en dénombrait 483 fin 2025, 550 actuellement. Le taux de chômage officiel a dépassé les 8 %. Dans la course effrénée que se mènent les capitalistes dans un contexte de concurrence, de crise de surproduction et de restructuration du capital, ce sont les travailleurs qui subissent la violence sociale : plans de licenciements, inflation et appauvrissement causés par la guerre au Moyen-Orient, suspension du RSA par France Travail pour ceux qui ne répondraient pas aux nouvelles injonctions à trouver un boulot coûte que coûte alors que le chômage augmente. Le patronat préfère à présent parler de « départs volontaires » plutôt que de PSE qui coûtent trop cher à son goût : Michelin vient d’annoncer un plan de 1500 départs sur trois ans dont les deux tiers d’emplois tertiaires. Des travailleurs dits en « col blanc » vivent aussi sous la menace de « dégraissages » attribués à tort ou à raison au développement de l’IA.
La violence sociale est aussi subie sur un autre plan par les travailleurs et usagers des services publics : effectifs à l’os, enfants étouffant dans des établissements scolaires où les mesures pour pallier les épisodes caniculaires sont quasi inexistantes, médecins sommés de ne plus signaler l’origine professionnelle des maladies sur les arrêts de travail car celles-ci sont en nette augmentation. Un jeune couvreur de 19 ans, envoyé sur un chantier en pleine canicule en est mort ce 29 mai. Et bien sûr une politique raciste envers les travailleurs immigrés qui subissent notamment le non-renouvellement délibéré de leur titre de séjour, particulièrement depuis la circulaire Retailleau. Les tracasseries redoublent, le nombre de jours d’enfermement dans les centres de rétention administrative (CRA), ces prisons qui ne disent pas leur nom, est en augmentation. L’Union européenne vient d’ailleurs d’annoncer des mesures pour expulser les migrants dignes de l’extrême droite.
C’est bien de notre camp social, celui des exploités, que vient le plus grand danger pour la bourgeoisie. Les annonces de Lecornu sur les aides aux « grands rouleurs », aides à domicile, AESH, routiers, taxis, patrons pêcheurs sont destinées à désamorcer un mécontentement qui pourrait déboucher, qui sait, sur un nouveau mouvement du genre Gilets jaunes ? Ce sont largement des effets d’annonce puisque ces mesures existaient déjà pour les agriculteurs ou patrons pêcheurs, pour les autres c’est du saupoudrage qui remplit tout au plus un plein d’essence pour les très petits revenus mais pas le panier de courses.
La crainte d’une explosion sociale n’est certes pas très vive parmi le patronat et d’autant moins que les directions syndicales sont dans l’accompagnement du baratin gouvernemental qui parle de plans d’industrialisation alors que les plans de licenciements pleuvent, prétexte à arroser les grands groupes de la chimie, de l’automobile et bien d’autres, ceux de l’armement par centaines de milliards. Lorsque les dirigeants syndicaux dénoncent les bas salaires, comme Sophie Binet l’a fait au sujet de l’augmentation du seul Smic de 2,4 % – qui n’a d’ailleurs rien d’automatique – ce n’est pas pour parler de grève et encore moins d’une lutte d’ampleur qui mettrait le rapport de force du côté des travailleurs mais pour réclamer l’ouverture des négociations. D’ailleurs le 54e congrès de la CGT qui s’est tenu cette semaine ne s’est pas fait l’écho d’un mécontentement qui existe dans sa base militante amoindrie et désarmée par la politique de la direction, mécontentement sur l’enterrement rapide de l’appel à la mobilisation le 10 septembre 2025 et le fait que, depuis, aucun appel à la lutte n’a été lancé. Pourtant les attaques redoublent, dans la plupart des secteurs il y a un vrai rouleau compresseur, beaucoup de travailleurs ont du mal à supporter la dégradation des conditions de travail, à la SNCF par exemple. Mais les « responsables » syndicaux s’érigent en partenaires et candidats à conseillers du gouvernement et du patronat incité à faire du « made in France », une démagogie nationaliste absurde, illusoire et mensongère qui contribue à pousser les classes populaires dans les bras du RN. Pour l’instant, le terme d’union sacrée dans la guerre sociale et militaire tout court n’est pas utilisé mais c’est bien de cela qu’il s’agit dans les faits.
Les pompiers du mécontentement ouvrier sont tous à l’œuvre. Lecornu main dans la main avec les dirigeants du PS pour faire passer son budget, Macron qui se pavane en chef de guerre faisant des accords de défense bilatéraux avec des gouvernements européens en tant que puissance nucléaire face à la menace russe et à l’hostilité de l’impérialisme américain dont il se fait « en même temps » l’aide de camp pour sauvegarder les intérêts des capitalistes hexagonaux. C’est la peur qui plane, celle du chômage, du lendemain, de la guerre à la porte, la sidération face aux massacres de populations, palestinienne, libanaise, iranienne, ukrainienne, la peur de la concurrence chinoise assénée par les politiciens de tout bord, y compris ceux de la France insoumise ou du PCF.
La seule perspective donnée est celle d’aller voter à la prochaine élection présidentielle pour tenter de canaliser les (faibles) espoirs dans ce sens. Ce n’est pas contradictoire avec l’accélération de la crise de la représentation politique de la bourgeoisie un an avant l’échéance de 2027 : la multiplication des candidatures issues de la sphère macroniste (Philippe, Attal), les bisbilles au sein du PS (Glucksmann crédité d’un maigre 10 % selon un sondage BFM)… Qui sera le « meilleur challenger » face à Bardella dans ce marigot de politiciens qui rivaliseront de toute façon d’idées et de projets réactionnaires pour tenter de surnager ? Avec le thème lancinant du problème de l’immigration qui nous promet une campagne électorale nauséabonde où, de l’extrême droite à la gauche dite radicale, tous vont rivaliser d’élans nationalistes. Cela a déjà des effets sur un Ruffin qui se fend d’une BD douteuse reprenant des préjugés racistes.
Tous ces « sauveurs suprêmes » ont des allures de Rastignac ou de « has-been » à l’image de Dominique de Villepin qui malgré ses casseroles d’affairiste millionnaire ayant fricoté avec nombre de dictateurs, essaie de se présenter comme un anti-guerre. En dénonçant le massacre des Gazaouis, il s’est attiré des sympathies, notamment dans la jeunesse, ce qui est d’autant plus ironique qu’il avait œuvré pour imposer sans succès le contrat première embauche (CPE) en 2006 ! Sa veine d’influenceur va peut-être faire flop.
Quant à Mélenchon et la FI, ils concentrent les espoirs d’une partie, parmi la plus combative probablement, des classes populaires, surtout face à la crainte de voir le ou la candidate du RN l’emporter. Dans ce jeu d’équilibrisme où l’électorat est très polarisé à droite et une grande partie de la classe ouvrière est abstentionniste par dégoût (Mélenchon ne serait crédité que de 15 % des voix au premier tour, Roussel et Tondelier 3 % s’ils se présentaient), il est probable que Jean-Luc Mélenchon droitise son propos, se présente de plus en plus en homme d’État nostalgique de De Gaulle et de Mitterrand avec sa « nouvelle France , voire se présente en véritable chef de guerre si la situation internationale se corse côté affrontements militaires. Le vote contre les 36 milliards supplémentaires de la part de LFI n’est d’ailleurs pas dans l’optique d’affaiblir la bourgeoisie française. Il ne s’est pas fait non plus au nom de la défense de l’internationalisme. Non, cette démarcation, par rapport au PS notamment, se fait au nom de « l’indépendance de la France et sa défense » et c’est Manuel Bompard, l’aide de camp de Mélenchon, qui le dit clairement. Pour cette gauche qui se dit radicale, ce n’est pas le budget militaire le problème, c’est la stratégie de l’impérialisme français que Mélenchon prétend défendre, comme il dit, « sur les cinq continents ».
L’option « Bardella » est une carte que le Medef accepte sans problème d’avoir dans une de ses manches. Un Bardella qui s’oppose aux augmentations de salaire préjudiciables au patronat, en défense duquel il se positionne clairement et qui donne comme fausse solution pour les salariés une augmentation du pouvoir d’achat en touchant le salaire brut. Passant sous silence le fait que les cotisations dans les caisses sociales servent à se soigner ou à toucher une retraite, certes de plus en plus amputée et sur laquelle une bonne partie des jeunes dit faire une croix quand on en discute. En avançant cette mesure, il renforce une conception individualiste, à chacun de se faire sa retraite, de se soigner selon ses moyens, pas question de cotiser pour les prétendus « assistés ». Une conception taillée pour diviser les salariés et plaire au patronat qui a les caisses sociales dans le collimateur ou plutôt lorgne dessus comme sur un trésor de guerre. Un bon clin d’œil au patronat donc et à sa volonté de s’attaquer encore aux retraites. L’extrême droite a déjà tellement de patrons (et des gros) acquise à sa cause, les détenteurs de médias comme Bolloré et compagnie, que la menace de la voir arriver aux manettes se précise. On la voit non seulement à l’œuvre dans les médias, contestée récemment par la pétition « Zapper Bolloré » signée par 2800 professionnels du spectacle, mais aussi dans les municipalités où des militants syndicaux sont licenciés et des bourses du travail menacées, des commémorations contre l’abolition de l’esclavage annulées. On la voit malheureusement progresser au sein de certains staffs syndicaux inféodés à un dialogue social de plus en plus bassement opportuniste.
Toujours est-il que les attaques frontales contre les classes populaires viennent ici et maintenant du patronat et du gouvernement bien en place Les attaques contre le 1er mai, inédites depuis des décennies, ne sont pas le fruit du hasard mais le résultat d’un sentiment de toute puissance de ceux-ci renforcé par la faiblesse affichée dans l’autre camp. Ne donnant comme seule perspective que de bien voter à la présidentielle, les directions syndicales ne proposent rien à part un « syndicalisme rassemblé » aux tables de négociation où elles se targuent d’obtenir des miettes alors que les travailleurs vivent dans leur peau des reculs tous les jours. Elles avaient été surprises par l’ampleur des mobilisations spontanées partout en France le 10 septembre qui avaient montré la colère d’une partie significative de la population, elles ont manœuvré pour reprendre la main sur cet élan et l’étouffer. Alors que le 18 septembre avait réuni plus d’un million de manifestants, l’intersyndicale nationale a mis en pause la mobilisation pour aller rencontrer Lecornu à Matignon le 26, avant d’appeler à une dernière date le 2 octobre (qui a malgré tout comptabilisé 600 000 manifestants). Et ensuite plus rien.
Ce ne sont pas les élections qui changeront la situation
Tout en nous présentant à l’élection présidentielle, avec notre propre candidature suite au refus de Lutte ouvrière de mener une campagne commune, le NPA-Révolutionnaires devra continuer à affirmer qu’aucune solution ne viendra de là mais bien d’une nécessaire reprise de la combativité du monde du travail et de la jeunesse. Nos forces sont certes limitées, mais là où nos camarades sont en situation de mener des luttes contre les fermetures d’usine comme à Poissy, nous tentons de tisser des liens avec les travailleurs d’autres secteurs menacés et en lutte. C’est compliqué, car la convergence des luttes n’est pas dans les têtes et d’autant moins que les dirigeants syndicaux s’y opposent bien souvent. De même, dans les secteurs où les suppressions d’emplois et la dégradation des conditions de travail vont bon train comme à la SNCF : la journée programmée le 10 juin sera probablement une réussite, en tout cas c’est une des seules dates dans le paysage à laquelle nous devons nous efforcer de rallier nos collègues de travail. Le fait que le procès de Gaël (concernant son droit à pouvoir maintenir son activité syndicale à la Poste malgré son licenciement) tombe le même jour et qu’un appel à la grève ait été lancé par SUD Poste 92 contre les restructurations peut motiver des postiers en lutte contre des réorganisations à se joindre à un rassemblement ou une manifestation ? C’est une possibilité, peut-être maigre mais en tout cas cela nous permet notamment d’affirmer que cheminots ou postiers ont des problèmes et intérêts à défendre ensemble.
Il en est de même pour les luttes sur les salaires. Pour ne parler que de celles où nous sommes intervenus, les salariés des laboratoires de biologie médicale étaient appelés à faire grève et ont tenu des piquets le 4 mai ; de même chez Decathlon ; et à Airbus, des débrayages inédits ont eu lieu pour réclamer que la prime de participation ne soit pas divisée en deux. Même si nous sommes contre le système des primes, c’est justement une occasion d’accompagner nos collègues de travail, d’expliquer pourquoi nous sommes pour l’échelle mobile des salaires, car c’est dans les mobilisations que les idées avancent et que nous pouvons avancer nos arguments. Même lorsqu’ils ne sont pas tout de suite partagés ou mobilisateurs, ils seront au moins entendus. Car c’est dans l’intérêt fondamental des travailleurs. Lors de la grève chez Cenexi, c’était notable qu’une partie des salariés avait envie d’en découdre et d’ailleurs la section syndicale de notre camarade s’est renforcée, en tout cas elle s’y attelle, car ces liens militants sont souvent aussi importants qu’une victoire immédiate. Construire une base syndicale combative, des alliés de nos perspectives – et tenter d’y gagner des collègues politiquement – c’est d’autant plus important aujourd’hui que les directions syndicales nous ont à l’œil. Pour preuve, notre camarade de la Salpêtrière vient de se faire exclure de SUD AP-HP (qui joue ni plus ni moins le rôle de bras droit de la direction de l’AP-HP) suite à l’affaire des calots, la lutte est loin d’être terminée puisque de nombreuses sections de ce syndicat se sentent solidaires de notre camarade et de la lutte menée.
La manifestation contre la répression appelée ce 20 juin à notre initiative s’inscrit dans un contexte de répression contre les militants syndicaux et plus largement contre des militants qui ont pris position pour la défense du peuple palestinien. D’autres d’ailleurs subissent la répression, ceux qui mènent des actions pour l’écologie même s’ils ne sont pas dans nos radars. Cette journée qui pour l’instant n’a pas l’oreille de la CGT jouant sa partition toute seule avec une Sophie Binet mise en examen suite à une plainte de Tefal, a le soutien de Solidaires, de sections SUD combatives, quelques-unes de la CGT qui nous sont proches et de nombreux signataires parmi des responsables politiques de gauche, surtout LFI et de militants d’extrême gauche. Elle doit être une réussite, encore une fois, c’est la seule dans le paysage dans un contexte qui la justifie pleinement et peut contribuer à créer un précédent.
Autre exemple avec nos tentatives de mobilisation et de regroupement dans la jeunesse sur la loi « Bienvenue en France » malgré les difficultés à faire émerger un vrai mouvement dans les universités et les lycées à cette période de l’année scolaire. Les AG et la mobilisation forte à Bordeaux et la présence d’un milieu qui nous dépasse largement lors de la manifestation parisienne du 12 mai montrent que des potentialités d’un mouvement existe au sein de la jeunesse scolarisée, qui est aussi particulièrement réceptive à la propagande contre toutes les formes d’embrigadement lié au contexte de la militarisation de la société.
Résolution du CPN du NPA-R des 6 et 7 juin 2026