Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Maxime Saada, le président du directoire de Canal+, a déclaré que sa chaîne, qui finance chaque année de nombreux films, n’investirait plus dans ceux où sont impliqués – comme réalisateurs, auteurs ou acteurs – celles et ceux qui, dans Libération, ont signé une tribune s’inquiétant de la mainmise de Vincent Bolloré sur la presse écrite et audiovisuelle, les maisons d’édition et le cinéma. Par le plus grand des hasards, le milliardaire breton se trouve aussi être l’actionnaire principal de Canal+. Saada, qui dirige Canal depuis 2018, veut peut-être montrer sa servilité à son patron pour ne pas subir le sort de Nora viré de Grasset. Difficile de savoir s’il appliquera cette décision. Si c’était le cas, vu le poids financier de Canal dans la production et la diffusion de films qui est de l’ordre de 43 %, ça reviendrait à établir une liste noire des professionnels interdits d’exercer leur métier. Ce qui justifie la mobilisation des signataires contre l’emprise des milliardaires sur le cinéma comme sur la presse et l’édition. Mais la seule solution pour y mettre fin serait de les exproprier, et pas seulement Bolloré…

Lors d’une conférence de presse consacrée à l’impact de la guerre au Moyen-Orient, le Premier ministre a annoncé qu’il présenterait en juin un « nouveau paquet » d’aides destinées à « protéger les Français qui travaillent et les secteurs économiques les plus touchés des effets de la hausse des prix du pétrole et des produits dérivés ». Encore des mesurettes qui laisseront de côté l’immense majorité de celles et ceux dont le pouvoir d’achat est impacté par l’envolée des prix des carburants. Mais toujours pas question de toucher aux faramineux bénéfices que réalisent, grâce à la guerre, sociétés pétrolières et marchands d’armes. Bien au contraire. Lecornu ne cache pas son admiration pour TotalEnergies qui est, parait-il, un « plus » pour le pays. Pourtant confisquer leur super-bénéfices serait une mesure de justice et de bon sens.

Le 18 mai s’est ouverte l’enquête publique sur le futur centre de stockage des déchets radioactifs à 500 mètres sous terre à Bure, une petite commune d’une centaine d’habitants située à la frontière entre la Meuse et la Haute-Marne. Des rebuts dont certains resteront radioactifs pendant des milliers d’années. La promesse, faite à l’origine, de choisir démocratiquement la façon de gérer ces déchets n’a pas été respectée. Les pouvoirs publics veulent passer en force, car le problème ne cesse de s’aggraver. Fin 2024, 1,9 million de mètres cubes de ces déchets étaient répertoriés sur le territoire, constituant l’un des plus gros stocks au monde, après celui des États-Unis. La France détient à elle seule presque un tiers de tous les rebuts radioactifs d’Europe. Et Macron veut encore ajouter quelques dizaines de réacteurs aux cinquante-sept déjà existants dans l’Hexagone. Alors que cette technologie n’est toujours pas entièrement maîtrisée, et les problèmes qu’elle pose loin d’être résolus, notamment en matière de sécurité, la fuite en avant continue. Pourtant les exemples passés de Three-Mile Island (États-Unis), Tchernobyl (Ukraine), et Fukushima (Japon) montrent que la question de la sécurité est loin d’être anecdotique.

La peine de mort ne s’est jamais aussi bien portée dans le monde. Dans son rapport annuel consacré au sujet, Amnesty International recense 2 707 exécutions capitales pour l’année 2025, soit une hausse de 78 % par rapport à 2024. Elle a été appliquée dans 17 pays aux premiers rangs desquels l’Iran, qui représente 80 % des exécutions (2 159) recensées par l’ONG. On trouve ensuite l’Arabie saoudite (356 exécutions), puis le Yémen (51 exécutions), les États-Unis (47 exécutions) et l’Égypte (23 exécutions). Outre Atlantique, l’administration Trump a franchi une nouvelle étape en avril 2026, en autorisant, au niveau fédéral, les pelotons d’exécution, l’électrocution et l’inhalation de gaz mortel en plus de l’injection létale. Pour rappel, la peine de morts est toujours en vigueur dans 27 des 50 États fédéraux. Quant à la Chine, elle ne figure pas dans le classement, car les exécutions sont classées « secret d’État ». Mais Amnesty estime que plus de 1 000 personnes ont été exécutées l’an dernier. Dans 86 pays, la peine de mort, survivance d’une justice barbare, n’a toujours pas été abolie.

Mercredi 13 mai, un homme de 18 ans est mort sur son lieu de travail à Orange (Vaucluse). Il travaillait dans une pépinière et a été retrouvé inconscient : il est probablement mort étouffé, coincé entre le guidon d’un motoculteur et le plafond d’un camion utilitaire qu’il était en train de décharger seul. Une enquête est ouverte pour « homicide involontaire ». Le jeune homme était en alternance dans cette pépinière et lycéen en bac professionnel horticulture. Le mois dernier déjà, deux jeunes sont morts au travail : l’un lycéen de 15 ans, effectuant son stage obligatoire de seconde, écrasé sur un chantier, l’autre de 22 ans tombé dans un hachoir d’une usine Lustucru. Au total, 420 apprentis, stagiaires et salariés de moins de 25 ans sont décédés au travail depuis 2020 en France. Alors que les accidents du travail touchent 2,5 fois plus les personnes de moins de 25 ans que le reste des travailleurs, selon l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), les dispositifs d’aides financières pour les patrons qui embauchent des apprentis sont de vraies mannes. Par exemple, pour un apprenti entre 18 et 20 ans, payé un tout petit peu plus de 800 euros par mois, un patron ne débourse que 400 euros : le prix d’une vie pour le Medef.

Elon Musk, l’homme le plus riche du monde, vient de s’en prendre au réalisateur de cinéma Christopher Nolan auquel il fait grief d’avoir confié le rôle d’Hélène, dont l’enlèvement par Pâris déclencha la guerre de Troie, à l’actrice Lupita Nyong’o dans son film L’Odyssée. Ce qu’il reproche à cette artiste ce n’est pas son manque de talent mais le fait… qu’elle soit noire. Il y voit une profanation de l’Odyssée et une trahison d’Homère. Il attaque, en passant, le « wokisme » d’Hollywood et fait écho au combat de l’administration Trump contre les politiques de discrimination positive à l’égard des minorités raciales ou de genre. Comble de scandale, il semblerait que l’acteur transgenre Elliot Page sera chargé d’un des rôles principaux. De quoi provoquer chez Musk une crise cardiaque, ce qui serait bien la seule chose positive dans cette histoire.

Trente-quatre pays du Conseil de l’Europe, ainsi que l’Union européenne, l’Australie et le Costa Rica se sont mis d’accord pour créer un « tribunal international spécial » pour juger à la fin de la guerre les crimes commis par la Russie en Ukraine. « Le moment où la Russie devra rendre des comptes pour son agression approche » a déclaré fièrement Alain Berset, le secrétaire général du Conseil de l’Europe, basé à Strasbourg. Mais le genre de justice que peut rendre un tel tribunal va toujours dans le sens des intérêts des impérialistes occidentaux. Car il n’est pas question de juger Trump pour ses crimes en Iran, en Amérique latine ou ailleurs, ou Netanyahou pour sa politique génocidaire en Palestine ou au Liban. Bref une initiative qui tient surtout de l’esbroufe et qui ne conduira nulle part.

L’animatrice de télévision Flavie Flament a annoncé porter plainte contre le comédien et chanteur Patrick Bruel qui aurait abusé d’elle après l’avoir drogué en 1991, quand elle avait 16 ans. Depuis des années, plusieurs dizaines de témoignages de femmes, en France et aussi en Belgique, se sont accumulés contre lui. Une quinzaine d’entre eux ont été publiés dans Mediapart. Bruel nie tout en bloc. Trois enquêtes différentes ont été ouvertes par la justice. Et des organisations féministes ont lancé des pétitions pour appeler au boycott du chanteur et demander l’annulation des 58 concerts qu’il a prévus de tenir d’ici la fin de l’année en France, en Belgique, en Suisse et au Canada.

Un juge d’instruction parisien va enquêter sur le prince héritier et homme fort d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, pour le meurtre en 2018 du journaliste Jamal Khashoggi. Ce dernier avait été assassiné puis découpé en morceaux au consulat saoudien d’Istanbul, en Turquie, où il s’était rendu pour régler certains problèmes administratifs. Très critique de la monarchie hachémite, Khashoggi collaborait au quotidien le Washington Post et était membre d’une association intitulée « Démocratie pour le monde arabe maintenant ». Rapidement, les services secrets américains avaient pointé la responsabilité directe du prince héritier dans ce meurtre. Ce dernier s’était mis un temps en retrait de la scène internationale avant de revenir en force grâce au soutien notamment de pays comme les États-Unis et la France qui voient en lui non seulement un excellent client pour leurs armements mais aussi une pièce maîtresse de la politique impérialiste au Moyen-Orient. Une plainte contre lui avait été déposée par plusieurs ONG, dont Reporters sans frontières. Dans un premier temps, le parquet s’était opposé à une enquête, une décision désavouée finalement par la cour d’appel. Il y a fort à parier que les autorités françaises feront tout leur possible pour que cette enquête n’aboutisse pas, car Paris ménage ses alliés, même sanguinaires…