Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Le conseil de prud’hommes de la capitale a condamné Deliveroo à plus de deux millions d’euros d’amende pour « travail dissimulé » concernant une cinquantaine de livreurs à deux roues. L’enseigne continue de les considérer comme « travailleurs indépendants » ou « auto-entrepreneurs » alors qu’elle décide de leurs horaires et de leur niveau de rémunération. De plus, elle se voit contrainte de salarier seize des plaignants et de leur donner accès à la médecine du travail, à une mutuelle et aux congés payés. Une centaine d’autres, qui ont aussi obtenu gain de cause, ont préféré aller travailler ailleurs. En outre, Deliveroo devra s’acquitter de centaines de milliers d’euros de cotisations patronales non réglées avec, pour certaines, effet rétroactif depuis 2019. Une petite victoire qui ne peut qu’encourager les soixante-dix autres livreurs dont les dossiers sont toujours en attente devant la juridiction prud’homale.

Le Premier ministre travailliste, Keir Starmer, vient de présenter un plan destiné à mettre fin au mécanisme de regroupement familial qui permet aux étrangers vivant au Royaume-Uni de faire venir leur famille. Il a déclaré, toute honte bue, pour justifier cette nouvelle attaque aux droits des migrants : « Ces réformes fondamentales seront la base d’un système plus équitable où […] le chemin vers la régularisation devrait être plus long et mérité grâce à une contribution au pays. » Starmer est en chute libre dans les sondages, notamment dans les couches populaires qui n’apprécient pas sa politique anti-sociale. Il espère, par sa politique xénophobe, récupérer une partie de l’opinion qui soutient le parti d’extrême droite Reform UK en constante progression. Le tout sur le dos des immigrés.

Deux personnes ont été tuées et trois grièvement blessées devant une synagogue très fréquentée par les fidèles pour la fête juive du Grand Pardon (Yom Kippur). Selon des témoins, un homme a foncé en voiture dans la foule rassemblée devant la synagogue d’Heaton Park, un quartier nord de la ville, avant de sortir du véhicule et de poignarder plusieurs personnes. Il a finalement été abattu par la police. Si on ne connait pas les motivations du meurtrier, il est probable cependant qu’elles soient liées à la fois à la guerre au Moyen-Orient mais aussi à la montée de l’extrême droite britannique, ouvertement raciste et xénophobe.

Les États-Unis ont conclu avec le Kosovo un accord relatif à l’accueil de migrants expulsés du territoire américain. Les malheureux seront emprisonnés dans des camps en attendant que les autorités décident de leur sort. Ce n’est pas un cas isolé. L’Italie tente de faire de même avec l’Albanie et le Royaume-Uni a lui aussi approché les autorités kosovares après avoir échoué avec le Rwanda. Et ce n’est pas fini. D’autres pays, comme le Danemark et la Belgique, regardent ces expériences avec intérêt et auraient pris langue avec des États des Balkans comme la Macédoine-du-Nord et la Serbie. De l’autre côté du globe, l’Australie envoie les migrants dans des camps qu’elle a ouverts dans les îles de Manus et de Nauru, en Océanie. Un traitement indigne infligé à ces femmes, hommes et enfants dont le seul crime est de tenter d’obtenir une vie meilleure. Pour eux la terre est devenue une planète sans visa.

À l’appel d’un collectif appelé GenZ 212 (génération Z désignant les personnes nées entre 1997 et 2012 et 212 l’indicatif téléphonique du pays), des dizaines de milliers de jeunes manifestent depuis plusieurs jours dans de nombreuses villes (Rabat, Casablanca, Marrakech, Agadir, Soukh Sebt…). Le chômage touche un tiers des jeunes de cette tranche d’âge. Ces mobilisations font suite au décès de huit femmes enceintes admises dans un hôpital public d’Agadir en vue de césariennes. Les manifestants réclament une réforme du système éducatif et des services de santé publique. Ils entendent notamment protester contre la corruption rampante mais aussi les dépenses somptuaires engagées dans des chantiers comme des stades de football pour la prochaine Coupe du monde de football, alors que l’argent manque pour les écoles et les hôpitaux. Les manifestations, largement spontanées, ont été relayées sur les réseaux sociaux via la plate-forme Discord qui se présente comme « un espace de discussion » autour de « questions comme la santé, l’éducation et la lutte contre la corruption ».

L’union départementale CGT de Seine-Saint-Denis, les syndicats Sud aérien Solidaires et Solidaires douanes alertent sur le transit par l’aéroport Charles-de-Gaulle d’équipements industriels fabriqués en France et destinés à l’entreprise israélienne Elbit Systems. Cette dernière fournit 85 % des drones et des équipements terrestres utilisés par l’armée israélienne à Gaza et en Cisjordanie. La direction des Douanes et les autorités administratives de la plate-forme aéroportuaire refusent de fournir des indications sur ces expéditions aux douaniers et au personnel des pistes. Des attitudes qui sont sans aucun doute cautionnées en haut lieu. De leur côté, les syndicats demandent aux salariés des différents secteurs de l’aéroport de refuser de manipuler ces envois pour ne pas être complices du massacre des Gazaouis.

Deux agences sanitaires, Santé publique France et de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, montrent que les personnes vivant près des vignes « sont plus exposés aux produits phytopharmaceutiques » que les autres. Sont notamment concernées les familles de six régions viticoles (Grand Ouest, Bourgogne-Franche-Comté, Auvergne-Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Occitanie, Nouvelle-Aquitaine), au total plusieurs millions de personnes. La présence de 56 substances toxiques dans l’urine et les cheveux des personnes concernées ont été révélées, ainsi que dans l’air extérieur, les poussières, l’air des habitations, plus quelques potagers. La majorité de ces substances sont spécifiques à la culture viticole, connue pour sa forte consommation de ces produits et sa proximité des habitations. Quant à la puissance publique elle se garde d’intervenir et de risquer de se braquer le très puissant lobby vinicole.

Dans un rapport qui vient d’être rendu public, la Cour des comptes s’en prend aux dérives des chambres d’agriculture, censées représenter l’ensemble du monde agricole mais qui, de fait, sont contrôlées par les tenants de l’agrobusiness. Qu’on en juge. Sur 100 chambres que compte le pays, 83 sont dominées par la FNSEA-Jeunes agriculteurs, proches de la droite, 14 par la Coordination rurale, qui flirte avec l’extrême droite, et 3 seulement par la Confédération paysanne qui se veut la porte-parole des paysans travailleurs. La Cour des comptes dénonce chez certaines d’entre elles des atteintes à la probité, de la corruption et des subventions illégales accordées à des structures amies (organisations syndicales, coopératives, etc.) sous forme de cadeaux, le tout avec l’argent public. Des pratiques douteuses sur lesquelles leur tutelle, en l’occurrence le ministère de l’Agriculture, et les préfectures dont elles dépendent, ferment obligeamment les yeux.

Les juges d’instruction chargés de leur dossier ont autorisé Christian Tein et d’autres dirigeants indépendantistes à regagner la Nouvelle-Calédonie. Christian Tein avait été interpellé en juin 2024 alors qu’il était porte-parole de la Cellule de coordination des actions de terrain, qui avait organisé de grandes manifestations pour le respect des droits du peuple kanak violemment réprimées par les forces de l’ordre faisant 14 morts. Il avait été placé en détention provisoire et transféré immédiatement dans l’Hexagone avec six autres militants. Il avait passé un an au centre pénitentiaire de Mulhouse-Lutterbach avant d’être libéré sous contrôle judiciaire et assigné en résidence en juin dernier. Mais il ne pourra pas rentrer chez lui immédiatement. Il devra attendre l’expiration d’un délai d’appel de la décision des juges par le parquet de Paris qui représente l’État. Rien n’est donc certain.