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Brèves

L’actualité en bref

Le vicomte Philippe Le Jolis de Villiers de Saintignon, le célèbre créateur du spectacle très Ancien Régime du Puy du Fou (Vendée), vient de lancer une pétition en ligne pour réclamer un référendum sur l’immigration. Il a aussitôt reçu le soutien des réseaux et des médias du groupe Bolloré avec lesquels il partage nombre d’idées d’extrême droite, xénophobes, racistes, homophobes et sexistes. Tout pour plaire. Bien que sa proposition n’ait aucune chance d’aboutir, car elle est anticonstitutionnelle, il a annoncé fièrement avoir déjà recueilli plus 600 000 signatures en cinq jours. Ce qui est parfaitement invérifiable. Car, contrairement à la pétition contre la loi Duplomb, enregistrée sur le site de l’Assemblée nationale et dont chaque signature était soigneusement vérifiée par un organisme indépendant, celle du vicomte apparait sur un site privé (celui de CNews et du Journal du dimanche) où tous les abus sont permis. Des journalistes du HuffPost et de France Info ont pu ainsi la signer plusieurs fois en créant des adresses mails différentes. Un internaute qui voudrait artificiellement gonfler le stock de signatures pourrait générer des milliers d’adresses pour signer autant de fois qu’il le souhaite sans être inquiété. Mais cela importe peu au vicomte qui ne perd pas le nord. En effet tout signataire de ce texte nauséabond reçoit aussitôt une invitation à s’abonner à sa newsletter. Les affaires sont les affaires.

Le journal Elle vient de dévoiler les résultats d’un sondage en partenariat avec l’Ifop sur le consentement entre partenaires. S’appuyant sur un échantillon de 3 000 personnes, dont les trois quarts en couple, l’étude pointe la pression qui pèse sur les relations sexuelles, et le refus pour certains d’admettre la réalité du viol conjugal. Alors que le mouvement #MeToo a remis la question du consentement au cœur de la sexualité, demander l’accord de ses partenaires avant un rapport est-il devenu automatique ? Pas pour 19 % des hommes, qui admettent ne pas s’être « systématiquement » assurés du consentement de leur partenaire. Et chez ceux qui sont en couple, le constat s’aggrave : la proportion passe au quart des hommes ayant répondu. D’après le magazine, ces chiffres sont probablement sous-estimés par les femmes elles-mêmes « tant elles ont pu intégrer la notion de devoir conjugal en tant que norme du couple ». Des chiffres qui montrent l’ampleur du viol conjugal et le déni qui l’entoure malgré son inscription dans la loi. À la question « Selon vous, en tant qu’homme, forcer sa conjointe ou sa partenaire à avoir un rapport sexuel alors qu’elle le refuse est-il un viol ? », 31 % des interrogés répondent « Non ». Ils sont 23 %, soit près d’un quart chez les moins de 35 ans, et 43 % chez les plus de 65 ans. Pour que la société accepte une sexualité épanouie et librement partagée il y a encore du boulot.

Alors que la ministre de l’Intérieur, Yvette Cooper, annonçait suspendre les nouvelles demandes de regroupement familial pour les réfugiés présents dans le pays, son gouvernement lançait une campagne sur les réseaux sociaux à destination des migrants se trouvant dans le nord de la France. Des spots publicitaires s’affichent désormais sur les comptes Youtube et Facebook des personnes visées et les ciblent en fonction de leur localisation, de leur sexe et de leur nationalité. Le message affirme en plusieurs langues (français, arabe et afghan notamment) : « Attention ! Il existe un nouveau traité entre le Royaume-Uni et la France. Si vous arrivez illégalement au Royaume-Uni à bord d’un bateau, vous risquez désormais d’être expulsé et vous ne pourrez plus revenir au Royaume-Uni, ni rester en France en situation irrégulière. » Peu de chance que cela suffise à convaincre les celles et ceux qui tenteront leur chance malgré tout. Mais c’est surtout un gage donné par le gouvernement travailliste à son extrême droite xénophobe qui ne cesse de se renforcer.

Selon l’agence Santé publique France la canicule qu’a connue le pays du 8 au 19 août dernier a provoqué une surmortalité d’au moins 280 personnes, soit une hausse de 5 %. Ces morts s’ajoutent aux 480 morts en excès enregistrés lors de la première canicule de juin-juillet. L’agence souligne que « cette mortalité en excès n’est observée que chez les personnes âgées de 75 ans et plus » et poursuit que ces premières données « soulignent l’importance de mettre en place des mesures de prévention pour diminuer l’impact de la chaleur, durant les canicules, mais aussi durant tout l’été » alors que les vagues de chaleurs ont tendance à se multiplier sur fond de réchauffement climatique. On est évidemment très loin de la canicule d’août 2003 qui avait causé environ 15 000 décès. Depuis lors certaines mesures ont été prises, notamment dans les Ehpad et les hôpitaux, pour que les personnes âgées puissent trouver refuge dans au moins une salle climatisée lors des grosses chaleurs. Mais les personnes du troisième et du quatrième âges qui vivent seules dans des logements insalubres, mal ou pas du tout isolés, sont toujours aux premiers rangs des victimes. Là ce sont des millions d’euros qu’il faudrait investir. Mais pour ça on ne trouve pas d’argent, contrairement à l’armement.

À l’appel des organisations syndicales (SGJ-FO, SGLCE-CGT, SNJ, SNJ-CGT et SNPEP-FO) une assemblée générale de l’ensemble des employés du Parisien a exprimé la colère et la frustration des salariés face à la décision du propriétaire du titre, le milliardaire Bernard Arnault, patron du groupe de luxe LVMH, de céder le titre à un autre milliardaire, Vincent Bolloré, qui possède déjà de nombreux journaux, des chaînes de télévision et des stations radio auxquels il impose une ligne éditoriale ultra-réactionnaire et proche de l’extrême droite. On comprend l’anxiété des salariés de passer sous la houlette du magnat breton. Sauf qu’une des beautés du régime capitaliste est que celui qui possède la propriété de l’entreprise peut en faire ce qu’il veut. La liberté et la pluralité de la presse, majoritairement aux mains d’un petit groupe d’ultra-riches, peuvent aller se rhabiller.

Une fois n’est pas coutume. La CGT de France Télévisions s’est livrée à une critique acerbe du Journal de 20 heures présenté par Léa Salamé le soir du 10 septembre sur France 2. Et pour cause. La journaliste a pratiquement passé sous silence les revendications sociales et politiques des manifestants. Pas un mot sur les inquiétudes liées aux services publics, aux transports ou celles exprimées par les lycéens. Rien non plus sur les critiques de l’austérité, des inégalités et du déni démocratique que ressent une majorité de la population. À propos du traitement de la police par la présentatrice, le syndicat constate : « Dire que les forces de l’ordre ont “appris des Gilets jaunes à être plus efficaces”, sans rappeler que depuis que Macron est au pouvoir la répression policière n’a jamais été aussi violente, avec des dizaines de personnes mutilées et éborgnées, et même trois personnes tuées depuis 2015, c’est tourner le dos à cette population qui continue de défendre le droit légitime de manifester. » Et de conclure ironiquement : « Félicitations pour ce journal d’Ancien Régime, pour ce journalisme de cour. »

L’assassinat sur un campus universitaire de l’Utah, aux États-Unis, de Charlie Kirk, un jeune influenceur raciste, xénophobe, homophobe, complotiste et intime de Trump, a conduit ce dernier à accuser « la gauche radicale woke » de ce crime. Sans aucune preuve comme d’habitude. Mais cela a suffi pour les trumpistes bien de chez nous de reprendre la balle au bond. De Jordan Bardella à Éric Zemmour en passant par Éric Ciotti, tous y sont allés de leur couplet contre la gauche radicale. La palme revient cependant à Marion Maréchal Le Pen qui a osé faire un lien entre le meurtre de Kirk… et les manifestations et blocages de rue du 10 septembre en France. Pour caractériser ces gens-là on peut reprendre une célèbre réplique de cinéma de Michel Audiard : « Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît ! »

La Global Sumud Flotilla, la flottille pour Gaza, composée d’une vingtaine de bateaux humanitaires au bord desquels se trouvent des volontaires de 44 pays, a subi une seconde attaque en deux jours dans les eaux tunisiennes. Dans la nuit du 9 au 10 septembre 2025, un bateau battant pavillon britannique, l’Alma, a été touché par un engin explosif lancé depuis un drone. Cette attaque a provoqué un début d’incendie sur l’embarcation. Les organisateurs de la flottille ont directement accusé Israël, bien que ce dernier n’ait ni confirmé ni nié les attaques. Les participants ont exprimé leur détermination à poursuivre leur mission en vue de tenter de forcer le blocus, notamment naval, que l’État sioniste impose au territoire palestinien depuis 2007. Le départ, initialement prévu pour le 8 septembre, a été reporté à plusieurs reprises pour des raisons logistiques et sécuritaires.

Lors d’un récent attentat à Jérusalem, le Premier ministre israélien avait expliqué que son pays était en guerre sur six fronts : le Liban, la Syrie, l’Irak, le Yémen, Gaza et la Cisjordanie. Le lendemain, il en ouvrait un septième en bombardant des immeubles à Doha, la capitale du Qatar, supposés abriter des dirigeants du Hamas. Et il n’est pas sûr qu’il s’arrête en si bon chemin. Car tant qu’il aura le soutien des principaux pays occidentaux, au premier rang desquels les États-Unis, Benjamin Netanyahou, continuera sa fuite en avant guerrière qui, du moins à court terme, renforce la mainmise de l’impérialisme dans la région.