Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

La cour d’appel de Tunis confirme la peine de prison pour l’avocate et chroniqueuse Sonia Dahmani. Sonia Dahmani a été condamnée, en octobre 2023, à deux ans de prison pour avoir dénoncé ouvertement le régime de Kaïs Saïed, y compris les persécutions racistes envers les migrants et migrantes d’Afrique subsaharienne en Tunisie. Son arrestation brutale par des policiers en civil et cagoulés, en direct sur France 24, avait largement indigné. Cette affaire illustre le retour à la censure et à la répression, la volonté claire de museler toute opposition et de consolider un régime autoritaire en Tunisie. Le président Kaïs Saïed peut se cacher derrière des alinéas de la Constitution ou des décrets comme le décret-loi 54 – contre les fausses informations nuisant à l’État – personne n’est dupe.

Jeudi 23 janvier, les salariés de France Travail à Cholet ont fait entendre leur voix en cessant massivement le travail. Leur objectif : obtenir le départ d’une directrice au management qualifié de « toxique ». Leur mobilisation a porté ses fruits, marquant une victoire claire. Mais cette grève soulève des questions plus larges. Derrière la gestion par indicateurs et la pression exercée, c’est toute la logique de France Travail qui ressemble davantage à un France contrôle, pesant autant sur les demandeurs d’emploi que sur les salariés. Cette victoire nous encourage a remettre en cause la loi « Plein Emploi », par bien des aspects une machine à surveiller et contrôler, au détriment des travailleurs, avec ou sans emploi.

Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, vient d’envoyer aux préfets une nouvelle circulaire sur la régularisation des sans-papiers qui durcit un peu plus la circulaire Valls de 2012 visant à les encadrer. Alors que le texte de Valls se prétendait « humaniste » et faisait hypocritement la promotion d’une politique d’immigration soi-disant « lucide et équilibrée » en enjoignant aux préfets « une juste prise en compte des réalités humaines », le texte de Retailleau restreint les conditions de régularisation (maîtrise de la langue, durée du séjour, etc.) en ordonnant, en outre, que ces régularisations se fassent « au compte-gouttes ». En 2023, la circulaire Valls avait permis à 34 724 personnes d’obtenir des papiers (+0,3 % par rapport à 2022), selon les données du ministère de l’Intérieur : 11 525 au titre du travail, 22 167 pour motif familial, et un millier sous statut d’étudiant. On est donc très loin d’une invasion migratoire. Mais qu’importe la réalité des chiffres, pour Retailleau et les siens, l’important est d’entretenir un climat anti-migrants.

Selon Mediapart, Macron et Bayrou plaident après de l’Union européenne pour un « report sine die » de la directive en préparation destinée à lutter contre les violations des droits humains et les dégâts environnementaux commis par les entreprises. Il s’agit de demander aux patrons de veiller à ce qu’eux-mêmes, ou leurs sous-traitants, n’emploient pas des salariés dans des conditions inhumaines, notamment dans les pays pauvres, et ne portent pas atteinte à l’environnement. Une directive qui, même si elle était adoptée, ne changerait sans doute pas grand-chose sur le terrain. Mais c’est encore trop pour nos dirigeants soucieux de ne pas provoquer la moindre contrariété chez leurs amis du grand patronat.

L’ancien commissaire européen Thierry Breton s’est répandu sur les plateaux télé et les matinales radio pour exhorter les pays européens à faire front contre Donald Trump et son ambition de recoloniser la planète. Et de proclamer en parlant de l’Union européenne : « Nous sommes aussi une grande puissance. Il faut l’incarner et renforcer tout ce qui concourt à notre unité. » C’est sans doute pourquoi le même Breton, quatre mois après avoir quitté la Commission européenne, a accepté un poste au conseil consultatif international de… la Bank of America, deuxième banque américaine en termes de dépôts (1 900 milliards de dollars) et septième entreprise mondiale. Il sera chargé de fournir des « perspectives géo-politiques de haut niveau ». Belle illustration du dilemme des bourgeoisies européennes : résister à l’impérialisme dominant et, en même temps, profiter des miettes qu’il laisse tomber au passage. Avec de tels adversaires, Washington va trembler.

Rodrigue Petitot, le leader du Rassemblement pour la protection des peuples et des ressources afro-caribéens, qui mène depuis des mois une lutte contre la vie chère dans l’île, a été condamné par le tribunal correctionnel de Fort-de-France à un an de prison avec sursis pour des « menaces et actes d’intimidation » à l’encontre du préfet local, Jean-Christophe Bouvier. Des faits qu’il a toujours niés. Dans un dossier différent il s’était vu infliger en décembre dix mois de prison ferme aménageable pour intimidation à l’encontre de certains maires. Pendant les deux jours d’audience de nombreux manifestants s’étaient massés devant les grilles du tribunal pour lui apporter son soutien. Jusqu’à présent les menaces et condamnations n’ont pas empêché le mouvement populaire contre le coût de la vie – 40 % plus élevé qu’en Métropole – de se poursuivre.

La police iranienne a arrêté deux jeunes femmes après la diffusion d’une vidéo les montrant dansant dans le cimetière des Martyrs, à Téhéran. Si on peut trouver ce geste de plus ou moins bon goût il n’empêche que la raison pour laquelle on les a interpellées est qu’elles portaient « des vêtements inappropriés et se livraient à des mouvements contraires aux coutumes et à la charia ». En Iran, les femmes en Iran ont l’obligation de dissimuler leurs cheveux dans les lieux publics, où elles n’ont pas non plus le droit de chanter ou de danser. Mais de plus en plus de femmes apparaissent désormais sans voile depuis la mort, en 2022, de Mahsa Amini et les manifestations de masse qui l’ont suivie pendant des mois. Aujourd’hui des femmes utilisent tous les moyens possibles pour défier le régime et affirmer le droit de vivre comme elles l’entendent.

Un reportage du Monde daté du 25 janvier nous apprend qu’une partie de plus en plus importante des travailleurs de la capitale du cinéma ont désormais recours à l’aide alimentaire fournie par l’Iatse, le syndicat des professionnels du divertissement. Près de 680 000 personnes vivent de l’industrie du cinéma et ont vu leur taux d’emploi baisser d’un tiers avant même les incendies qui ont ravagé Los Angeles. Beaucoup de machinistes, décorateurs, monteurs, cameramen, maquilleuses et comédiens sont employés au jour le jour, sans la moindre sécurité. Ils doivent compléter leurs revenus par toutes sortes de petits boulots, quand ils en trouvent. Les prix des maisons, des loyers et des assurances sont si élevés que beaucoup d’entre eux ne peuvent plus y faire face et doivent quitter la ville ou loger dans des mobile homes. Un monteur explique ainsi que, quand il a payé toutes ses charges, il ne lui reste même plus de quoi s’offrir une place de cinéma pour voir les films auxquels il a participé. En 2023, une grève des scénaristes de 59 jours et de 118 jours des acteurs avait imposé une augmentation des royalties versées sur les films. Les patrons de l’usine à rêve ne sont pas plus glamour que les autres…

Entre 2022 et 2024, le nombre de consommateurs de produits de grand luxe aurait diminué de 50 millions dans le monde. Ce serait surtout le marché chinois qui serait touché, avec une baisse de 22 %. Il n’en faut pas davantage aux patrons du secteur pour tenter de sauvegarder leurs profits sur le dos des petites mains qui fabriquent et vendent les produits griffés. C’est ainsi que des boutiques de LVMH ferment aux États-Unis, comme en Chine et en Europe. Des licenciements sont programmés sur tous les continents par les marques les plus célèbres comme Chanel. Il fut une époque où les grands patrons du luxe se contentaient de réduire leurs énormes frais de marketing, aujourd’hui ils entendent diminuer leurs « frais fixes », c’est-à-dire les salaires.