Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Parmi ses collègues bien réactionnaires du gouvernement Barnier, Alexandre Portier a réussi à se distinguer par des déclarations ultra-rétrogrades. Ministre délégué à l’Éducation nationale, en charge de la Réussite scolaire et de l’Enseignement professionnel, il a remis en cause le programme « d’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité » qui sera présenté aux syndicats enseignants mi-décembre. Applaudi par Marion Maréchal Le Pen, Portier a déclaré que ce programme « n’était pas acceptable » car il pourrait aider à diffuser la « théorie du genre » parmi les élèves. Ladite théorie n’existe que dans la tête des tenants de l’extrême droite qui en ont fait, au cours des années, leur tarte à la crème notamment contre les féministes. Finalement, sa ministre de tutelle, Anne Genetat, a tapé du poing sur la table pour calmer Portier. Mais sous la responsabilité d’un tel individu « la réussite scolaire et l’enseignement professionnel » sont bien mal barrés.

En déplacement à Metz, le ministre de l’Enseignement supérieur, Patrick Hetzel, a annoncé que les 100 000 étudiants qui auraient droit aux repas à un euro, mais qui n’ont pas de restaurant universitaire à proximité, vont recevoir une aide mensuelle, à compter de février 2025, d’un montant de quarante euros par mois pour les boursiers et de vingt euros pour les non-boursiers. Ce qui représentera une somme comprise, selon les cas, entre 0,65 euro et 1,30 euro par jour pour se nourrir. Du foutage de gueule…

Dernier en date des exploits de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) et de son allié des Jeunes agriculteurs : l’érection d’un mur en parpaings pour bloquer symboliquement à Paris l’entrée de l’Institut national de la recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae). Et dans la foulée, d’accuser l’Institut d’organiser « la décroissance », de ne plus leur « donner des moyens » de produire et de leur imposer toujours plus de « contraintes ». Leur action a été condamnée du bout des lèvres par la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, qui s’est dite dans la foulée prête à les recevoir. La FNSEA, syndicat majoritaire, multiplie les actions coups de poing et les déclarations fracassantes pour tenter de ne pas se laisser doubler sur sa droite, par la Coordination rurale, en vue des élections aux chambres d’agriculture prévues en janvier prochain. Mais si la FNSEA et ses amis surfent sur une réelle colère paysanne en mettant en cause, pêle-mêle, les écologistes, l’Union européenne, le Mercosur, les normes administratives, l’interdiction des pesticides, etc., ils se gardent bien de dénoncer l’agriculture capitaliste et les gros propriétaires – qui contrôlent l’essentiel des coopératives agricoles et la banque Crédit agricole – principaux responsables de la misère des dizaines de milliers de petits agriculteurs. Ce n’est pas étonnant, la FNSEA est justement un des instruments de l’agrobusiness au sein du monde rural.

L’Académie française vient de présenter la neuvième édition de son dictionnaire. Mais à peine était-il sorti des presses que la Ligue des droits de l’homme (LDH) demandait d’urgence de rectifier les définitions de plusieurs mots comme « négrillon », « jaune », « race » ou « femme » (cette dernière réduite à sa seule fonction reproductive) qui sentaient bon le racisme, le sexisme et une vision bien réactionnaire du monde. « Aucune distance n’est marquée avec ces entrées, aucune d’entre elles n’est signalée comme discriminante ou péjorative », regrette la LDH. De plus certains mots, comme « abuseur », ont été supprimés. Dans l’édition précédente la définition était simplement : « Celui qui abuse… Familier et peu usité. » Il fallait aller chez son concurrent, le Robert, pour trouver cette définition plus pertinente : « Personne qui abuse, notamment sexuellement. » Ce nouveau dictionnaire est bien à l’image d’une Académie vieillotte, sclérosée, hors sol et coupée des réalités du monde.

Dix-sept étudiants de Sciences Po Grenoble, qui étaient poursuivis pour avoir mis en cause en 2021 deux enseignants accusés d’islamophobie, ont été relaxés par le tribunal administratif de Clermont-Ferrand, où l’affaire avait été dépaysée. Les étudiants demandaient que la direction de l’Institut se positionne sur la situation de ces professeurs qui tenaient des propos ouvertement islamophobes. Les noms de ces enseignants avaient été placardés sur les murs de l’établissement accolés à cette phrase : « Des fascistes dans nos amphis. L’islamophobie tue. » Il y a trois ans, une commission de discipline avait déjà blanchi les étudiants, décision aussitôt attaquée par le rectorat. Dans ses attendus, le tribunal estime que les propos contestés « n’ont pas dépassé les limites de liberté d’expression » des étudiants définie dans le Code de l’éducation. De son côté, le tribunal correctionnel de Grenoble avait déjà, en mars 2023, annulé les poursuites visant le président de l’Union syndicale, Thomas Mandroux, à la suite d’une plainte lancée par un des professeurs mis en cause.

La proposition de La France insoumise d’abolir la loi Cazeneuve de 2014 sur l’apologie du terrorisme a suscité une levée de boucliers à droite, à l’extrême droite et dans une partie de la gauche. Pourtant les amis de Mélenchon ont mis le doigt sur une évidence : depuis un an la loi a été utilisée essentiellement contre les soutiens du peuple palestinien : arrestations, signalements auprès des procureurs, poursuites devant les tribunaux, interdictions de réunions et manifestations, etc. Pourtant Bernard Cazeneuve, l’auteur de la loi, reconnaissait lui-même en avril dernier dans les colonnes du Canard enchaîné que le délit d’apologie du terrorisme est devenu « l’outil d’instrumentalisation politique d’un contexte de la part du pouvoir en place et de certains politiques ». Mais, outre le fait que la proposition de loi insoumise n’a aucune chance d’être adoptée, même si elle l’était cela ne changerait pas grand-chose. Car le ministre de l’Intérieur et les préfets à ses ordres continueraient à criminaliser les actions de solidarité avec les Palestiniens au nom des toujours fumeuses « menaces de troubles à l’ordre public ».

À peine la France avait-elle déclaré que, bien entendu, elle respecterait et appliquerait les poursuites engagées contre Benyamin Netanyahou par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, que le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, disait le contraire en affirmant que le Premier ministre israélien pourrait bénéficier d’une « immunité diplomatique ». Pourquoi ce changement de pied en quelques heures ? C’est le quotidien israélien Haaretz, généralement bien informé, qui fournit l’explication. C’est Israël qui a exigé ce revirement de Paris avant d’autoriser Macron à apposer sa signature, au côté de celle de Biden, en bas de la déclaration annonçant le cessez-le-feu au Liban. Une décision que Macron considère, sans rire, comme une grande victoire de la diplomatie française. Cela valait bien de faire une fleur au boucher de Jérusalem.

Le 2 décembre prochain, l’Académie des sciences morales et politiques doit élire un nouveau membre. Parmi les trois candidats en lice la favori est… Bernard Arnault, multimilliardaire, deuxième fortune mondiale, président du groupe de luxe LVMH et propriétaire, entre autres, des Échos et du Parisien. À première vue, on voit mal les qualifications morales et politiques que possèderait Arnault pour entrer à cette Académie. Mais il est vrai que dans ce milieu, comme dans bien d’autres, un compte en banque bien garni dote aussitôt de qualités jusque là insoupçonnées.

La très droitière secrétaire d’État à la consommation, Laurence Garnier, qui jadis se distingua par ses déclarations homophobes dans son appui à la Manif pour tous, a décidé de se débarrasser l’an prochain de la revue, 60 millions de consommateurs dans le but, parait-il, d’économiser quelques millions d’euros. Cette revue, éditée par l’Institut national de la consommation, est dotée par le Code de la consommation d’une mission de service public, à savoir défendre les consommateurs en testant les produits, en donnant des conseils juridiques, en luttant contre les fraudes, etc. Ce qui l’amène parfois à s’en prendre aux industriels de l’agro-alimentaire et aux groupes de la grande distribution. Pour Garnier, un crime de lèse-majesté et une atteinte intolérable à la liberté du commerce. D’où sa décision de liquider la revue.