Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Le magazine Complément d’enquête sur France 2 a consacré un sujet à Arnaud Rousseau, 50 ans, président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), patron du géant de l’agro-industrie Avril et céréalier en Seine-et-Marne. Il cultive avec sa femme un peu plus de 700 hectares de terres, dix fois plus que la taille d’une exploitation moyenne. En un peu plus de dix ans, il a acquis trois nouvelles exploitations autour de chez lui. Pour ce faire, il a importé les méthodes du monde des affaires dans le monde paysan. Toutes ses surfaces agricoles sont divisées en sociétés, contrôlées par une holding, la Spondeo. L’objectif est simple : acheter des terres par le biais de la holding, et en plusieurs fois, sous forme de centaines de parts sociales. Légale, cette technique d’achat permet d’éviter le droit de préemption car généralement les terres à vendre sont cédées en priorité aux jeunes qui se lancent ou aux agriculteurs bio. Ce qui n’est pas son cas. En achetant ces terres avec des sociétés distinctes, Arnaud Rousseau multiplie aussi certaines subventions de Bruxelles. Avec quatre sociétés dont il est actionnaire, il perçoit quatre versements de l’aide aux premiers hectares. « Une captation d’une mesure de justice au profit des plus gros », selon le journaliste Gilles Luneau, qui a enquêté sur la FNSEA, car « cette aide est faite, au départ, pour aider les petites exploitations, et en particulier les bio et les éleveurs, les petites surfaces autour de 70 hectares ». Bref, Rousseau fait son beurre et utilise la colère des petits paysans pour négocier avec les pouvoirs publics des législations qui sont favorables à des gros comme lui, parfois au détriment des agriculteurs qu’il prétend défendre.

Au 1er février, le nombre de détenus a atteint un nouveau record avec 76 258 personnes incarcérées, soit 3 964 de plus que le mois précédent et une hausse de 5,5 % en un an. Selon les chiffres du ministère de la Justice, il s’agit du nombre de détenus le plus élevé jamais enregistré dans le pays. Si l’on tient compte du fait que les prisons comptent 61 737 places opérationnelles, la densité carcérale globale s’établit à 123,5 %. Dans les maisons d’arrêt, où sont incarcérés les détenus en attente de jugement, donc présumés innocents, et ceux condamnés à de courtes peines, le taux d’occupation est de 147,7 %. Il atteint ou dépasse même 200 % dans 16 établissements ou quartiers. Ce qui fait que nombre de détenus dorment sur des matelas à même le sol dans des conditions d’hygiène souvent déplorables. Et, de ce point de vue, l’univers carcéral reflète la réalité d’une société qui, loin de rééduquer ses délinquants de façon humaine, les condamne souvent à une sorte d’enfer.

Dans le nord du territoire menacé de famine, au moins 110 personnes ont été tuées et 760 autres blessées près d’un hôpital après des tirs israéliens en direction de Palestiniens se ruant sur des camions d’aide humanitaire. L’armée israélienne a refusé, dans un premier temps, de commenter ces informations avant d’affirmer que les victimes étaient surtout dues à des mouvements de foule… tout en reconnaissant que certains de ses soldats avaient ouvert le feu, car ils s’étaient sentis « menacés ». Bien piètre excuse pour justifier un nouveau massacre de civils désarmés. Le dernier bilan de cette sale guerre fait état de plus de 30 000 personnes tuées.

Caroline Pursey, une femme de 63 ans, a récemment fait les gros titres de ITV News, la chaîne de télévision indépendante, après avoir été contrainte de s’arracher elle-même douze de ses dents en raison de douleurs insupportables. Elle avait vainement tenté d’obtenir un rendez-vous chez un dentiste du Service national de santé (NHS) et n’avait pas les moyens de se payer un praticien privé. Le NHS lui avait indiqué qu’elle était placée sur une liste d’attente avec un délai… de trois ans. Elle avait alors procédé elle-même à l’auto-extraction. Et ce n’est pas un cas isolé. Pratiquement chaque jour la presse dénonce des exemples de patients laissés sans soin du fait de l’effondrement du NHS que l’État sous-finance toujours plus.

Air France-KLM a annoncé un bénéfice net et un chiffre d’affaires annuels sans précédent dans son histoire, se félicitant d’avoir réalisé de « solides performances » malgré la guerre au Proche-Orient et des difficultés d’approvisionnement en pièces détachées. Le groupe aérien franco-néerlandais a dégagé l’an dernier 934 millions d’euros de bénéfice net (+ 28,3 % sur un an) pour un chiffre d’affaires record de 30 milliards d’euros (+ 14 %). De plus il annonce des fonds propres à hauteur de 500 millions d’euros pour la première fois depuis la crise du Covid-19. Air France, KLM et leur compagnie low cost Transavia, ont transporté 93,6 millions de voyageurs dans leurs appareils l’an dernier, c’est 10,3 millions de plus qu’en 2022. Les actionnaires vont sabler le champagne. Mais pas sûr que les salariés aient les moyens d’en faire autant.

Les députés ont finalement adopté une proposition de loi portée par le député socialiste de Guadeloupe, Élie Califer, visant à reconnaître la responsabilité de l’État dans un scandale sanitaire qui empoisonne les Antilles depuis des décennies, celui du chlordécone. Ce pesticide, répandu dans les bananeraies pour lutter contre le charançon, avait été interdit aux États-Unis dès 1975, mais était resté autorisé en France jusqu’en 1990, et même jusqu’en 1993 – quinze ans après les premières alertes de l’Organisation mondiale de la santé – aux Antilles, où il avait bénéficié d’une dérogation. Résultat : des centaines de milliers de personnes intoxiquées et une pollution généralisée des sols, en Guadeloupe comme en Martinique. Mais les macronistes avaient fait feu de tout bois contre le texte en tentant de diluer la responsabilité de l’État dans cette affaire et en pointant du doigt les autres protagonistes, notamment les fabricants du pesticide, les propriétaires des bananeraies et les élus locaux qui plaidaient à l’époque pour des dérogations. Mais si ces gens-là sont également coupables, c’est l’État qui en dernière analyse avait donné son accord. Le texte, qui a largement une valeur symbolique, reconnait cependant cette responsabilité et ouvre la voie à une éventuelle indemnisation des victimes. Rappelons qu’en janvier 2023, le non-lieu prononcé par deux juges d’instruction parisiennes enquêtant sur le scandale avaient provoqué une levée de boucliers aux Antilles où la population reste mobilisée pour obtenir justice et réparations.

Le gouvernement souhaite faire des économies au détriment des malades qui souffrent d’affections longue durée (ALD). Ces pathologies – diabète, insuffisances cardiaques ou maladies chroniques – sont prises en charge à 100 % par l’Assurance maladie et touchent environ 13 millions de personnes. Les ordonnances qu’elles présentent en pharmacie se découpent en deux parties, les médicaments n’étant pas en rapport direct avec l’ALD ne sont que partiellement remboursés par la Sécurité sociale. En pratique, certains médecins assument de ne pas toujours faire la différence sur l’ordonnance. Dans ce cas, tout est pris en charge. Le gouvernement souhaite serrer la vis sur ces prescriptions annexes. Ce qui inquiète les malades en affection longue durée qui souvent ont besoin d’autres médicaments pour les aider à vivre avec leur maladie chronique. Les économies réalisées sur ces médicaments seront infimes à côté des bénéfices faramineux des laboratoires pharmaceutiques qui les fabriquent. Alors pourquoi ne pas les ponctionner pour équilibrer les comptes ?

En novembre 2023, Jean Verney Caron, héritier de l’entreprise de Saint-Étienne du même nom, avait annoncé triomphalement une commande de 12 000 fusils et de 500 lance-grenades pour l’armée de Zelensky. Toute la presse locale avait repris la nouvelle avec enthousiasme : grâce à la guerre d’Ukraine, des emplois allaient être créés et la région revivre. Verney Caron était si sûr de son coup qu’il allait abandonner la fabrication de fusils de chasse. La guerre, ça paie mieux.

Cette entreprise avait connu la prospérité lors de la guerre de 14-18 en vendant le fameux fusil Lebel qui faisait merveille dans les tranchées. Mais, en 1920, elle avait dû se reconvertir dans les armes de chasse. Depuis, elle était devenue une filiale du groupe Cybergun (ça ne s’invente pas…), qui produit entre autres les flash-balls. Mais la joie de son patron était prématurée. Le directeur de la DGA, Direction générale de l’armement, organisme d’État chargé de gérer les ventes d’armes à l’étranger, a déclaré à la presse qu’aucun contrat n’avait été signé, que Verney Caron avait essayé de lui forcer la main avec ces annonces et que l’armée ukrainienne n’avait pas besoin d’armes de petit calibre.

Verney Caron a encore un espoir : si Macron envoie des fantassins en Ukraine, peut-être que ses affaires seront quand même boostées. La mort est leur métier.

Si Biden a remporté, comme prévu, la primaire démocrate dans l’État du Michigan, 50 000 électeurs de son parti ont fait l’effort de se rendre dans les bureaux de vote pour mettre un bulletin « vote uncommited » (c’est-à-dire blanc) dans les urnes. Cela était le résultat d’une campagne de communication intitulée « Listen to Michigan » (« Écoutez le Michigan ») lancée par des militants opposés au soutien apporté à Washington à Israël dans la guerre de Gaza. Ils espéraient influencer 10 000 électeurs, ils ont réussi à en mobiliser cinq fois plus. Un avertissement pour Biden dans un État où vit une importante population musulmane et arabe. Et ce résultat, s’il ne sera bien sûr pas suffisant pour le contraindre à changer de cap, ne peut qu’encourager tous ceux et toutes celles qui aux États-Unis combattent la politique pro-sioniste de Biden et soutiennent le peuple palestinien.