
Après une lutte de longue haleine, les 120 salariés d’une des plus grandes usines produisant les grandes brochettes de döner – version allemande du kebab devenue depuis son introduction par des immigrés turcs à Berlin un incontournable de la culture allemande à la hauteur des voitures hors prix et de la ponctualité – ont obtenu la première convention collective du secteur l’an dernier, en août 2025.
L’usine de Birtat, à Murr dans le sud-oust de l’Allemagne, se vantait de livrer des brochettes de döner pour 13 millions de clients par an. Des brochettes produites par des travailleurs et travailleuses aussi divers que sous-payés : une main-d’œuvre en grande partie immigrée, d’origine turque, kurde, roumaine, bulgare et afghane. En absence de convention collective et face à des salariés divisés par des barrières linguistiques, l’entreprise profitait notamment en payant aux femmes et à des travailleurs de certaines origines des salairie encore plus bas qu’au reste.
Ce sont ces injustices qui ont mené les premiers salariés à rentrer en contact avec le syndicat NGG1 et de monter une liste pour les élections au Betriebsrat, organe de représentation similaire aux CSE français. Après une première élection en septembre 2024, remportée par une liste patronale mais permettant à trois travailleurs d’être élus, les salariés réclamèrent une convention collective2 ainsi qu’environ 375 euros d’augmentation. Après des premiers débrayages en mai 2025, puis six jours de grève en juillet, les travailleurs ont entamé une grève illimitée en août. Un conflit qui s’est heurté à un patron déterminé : pression sur un certain nombre de salariés dont le patron était aussi… le propriétaire auquel ils payaient le loyer, « comité d’accueil » de contremaîtres à l’arrêt de bus fréquenté par les collègues afghans pour les pousser à la reprise… Mais sans succès ! Après douze jours de grève et plusieurs manifestations, le 7 août 2025, les grévistes de Birtat obtenaient la première convention collective dans une usine de Döner !
Dans les dernières années, le prix du döner est devenu emblématique de l’explosion de l’inflation, avec des prix moyens qui sont passés d’environ 3 à plus de 10 euros. Au point que, jusque dans les médias bien respectables et bourgeois, « l’index döner » est devenu la mesure du coût de la vie dans les différentes villes du pays… et que certains osaient même dire qu’une convention collective participerait à faire encore plus augmenter le prix de ce joyau national. Et maintenant ? Peut-être un nouvel « index döner », celui de la combativité des grévistes de Birtat, qui pourrait en entraîner d’autres, en commençant par les 400 autres usines de döner du pays. Pour l’indexation des salaires sur le prix du kebab, voilà qui pourrait faire suer plus qu’un patron…
Dima Rüger, 16 juin 2026
1 Fédération de la confédération syndicale (quasi-)unique, le DGB – IG Nahrung, Genuss & Gaststätten (littéralement « nourriture, consommation et restauration »).
2 Précisément, un « tarif », convention collective pour une entreprise ou un secteur qui fixe pour une durée déterminé les salaires, le temps de travail, entre autres aspects des conditions de travail.