Le 2 juin, la loi d’urgence agricole a été votée à l’Assemblée nationale, par 369 voix contre 178, le RN ayant apporté son appui au gouvernement. Sans surprise, cette nouvelle mouture reprend les grandes lignes des précédentes lois et fait la part belle à l’agriculture industrielle. La loi comprend des mesures de facilitation pour la construction de retenues d’eau et d’assouplissement des mesures de compensation en cas de destruction de zones humides. Elle vise également l’agrandissement des élevages industriels, notamment la construction de poulaillers géants.
Une mesure, réclamée par la Coordination rurale, mais aussi par la Confédération paysanne, a cependant été adoptée contre l’avis du gouvernement et de la FNSEA : la mise en place de prix « planchers », c’est-à-dire de prix garantis par l’État pour l’achat de leur production. Reste bien sûr à savoir qui fixerait ces planchers, car il y a peu de chances que les petits agriculteurs soient consultés.
La loi sera examinée par le Sénat et la commission paritaire durant l’été. Certaines mesures pourraient être retoquées, mais qu’à cela ne tienne : en parallèle, sans besoin de loi particulière, Annie Genevard, la ministre de l’Agriculture, se plie aux exigences des lobbies agricoles pour faire passer des dérogations à des pesticides interdits, contre l’avis des instituts de santé publique : « J’ai bien noté que la société BASF disposerait de méthodes d’évaluation alternatives et de données complémentaires afin de lever le caractère de perturbateur endocrinien de cette molécule. » BASF, géant industriel de l’agrochimie, pourrait ainsi faire autoriser un herbicide catégorisé comme perturbateur endocrinien simplement en changeant sa méthode d’analyse. L’État français monte dans le « top trois » des pays autorisant le plus de dérogations pour les pesticides interdits au niveau européen.
Sous prétexte de souveraineté alimentaire, le gouvernement se met directement aux ordres des groupes industriels de l’agriculture, agrochimie et agro-alimentaire. Leur objectif n’est pas que tout le monde mange à sa faim et dispose d’une alimentation de qualité, c’est de gratter des parts de marché pour leurs produits. Quitte pour cela à niveler par le bas les normes environnementales et empoisonner environnement et populations.
Jean Einaugig