Depuis que la Cour suprême américaine a décrété en 2022 que le droit à l’avortement n’était pas un droit constitutionnel en annulant l’arrêt Roe v. Wade, chaque utérus devient un terrain de surveillance. Plusieurs États ont ainsi instauré le principe de la personnalité juridique du fœtus, considérant l’embryon comme une « personne », dès lors, les fausses couches et les bébés morts nés, expériences déjà traumatisantes en elles-mêmes, sont désormais des événements potentiellement criminels, interprétés comme des « homicides ».
Brittany Watts, 33 ans, vit dans l’Ohio. Après une fausse couche à son domicile, elle se retrouve poursuivie pour « atteinte à l’intégrité de cadavre ». En Caroline du Sud, Amari Marsh, 23 ans, a passé 22 jours en prison pour avoir fait une fausse couche, accusée de meurtre par « maltraitance d’enfant ». Ces cas ne sont pas anecdotiques, durant la première année de révocation de l’arrêt Roe v. Wade en 2022, l’organisation Pregnancy dénombre au moins 210 femmes poursuivies pour ne pas avoir mené leur grossesse à terme.
La révocation de l’arrêt Roe v. Wade n’a pas seulement supprimé le droit à l’avortement au niveau fédéral. Elle a ouvert la voie à une vague de lois ultra-réactionnaires dans plusieurs États, criminalisant toute interruption de grossesse – volontaire ou non. Sous couvert de défendre « la vie », c’est le droit élémentaire des femmes à disposer de leur corps qui est piétiné, ainsi que leur santé et leur sécurité.
Dans le reste du monde, le tableau est le même : en Pologne, des femmes sont mortes de choc septique après qu’on a refusé d’interrompre leur grossesse dangereuse pour leur vie. En Argentine, l’avortement est de nouveau menacé. En France, les maternités ferment les unes après les autres et l’accès à l’IVG reste inégal et fragile.
Face à cette offensive, la riposte ne viendra ni des tribunaux ni des ONG. Ces attaques ne sont pas seulement le produit d’une droite religieuse en roue libre, mais d’une montée des idées et politiques réactionnaires partout dans le monde. Le capitalisme resserre sont étau sur les femmes, à nous de resserrer les rangs !
Nora Debs