
Le 11 juillet 2025, plusieurs dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées au mémorial et cimetière de Srebrenica-Potočari pour commémorer le trentième anniversaire du plus grand massacre de populations sur le territoire européen depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce massacre, qualifié de génocide par le Tribunal pénal international pour la Yougoslavie (TPIY) et par la Cour pénale internationale (CPI), a eu lieu alors que la guerre déchirait les Balkans depuis 1991, opposant chefs militaires et politiques croates, serbes, bosniaques et kosovars pour le contrôle des restes de l’ancienne Yougoslavie. Une décennie de guerres au cours desquelles les populations, quelle que soit leur nationalité ou leur confession, ont été victimes d’atrocités.
8 000 assassinats en quelques jours
Militaires et paramilitaires serbes soumettaient la petite ville de Srebrenica à un siège brutal depuis 1992, couplé à des opérations de nettoyage ethnique des localités alentour. Alors qu’elle ne comptait que 9 000 habitants avant la guerre, Srebrenica accueillait alors des dizaines de milliers de Bosniaques fuyant les combats et les tueries, et a compté jusqu’à plus de 60 000 habitants, dans des conditions sanitaires et humanitaires désastreuses.
C’est dans ce contexte que les forces serbes donnèrent l’assaut en juillet 1995. Les massacres, planifiés et organisés par les autorités serbes, durèrent plusieurs jours. Environ 8 000 hommes et jeunes garçons bosniaques furent exécutés en divers lieux et 30 000 femmes, enfants et personnes âgées déplacées de force, en application de la « directive n° 7 » signée par le chef politique serbe Radovan Karadžić stipulant en mars 1995 : « Par des actions de combat planifiées et bien conçues, créez une situation d’insécurité totale, ne laissant aucun espoir de survie ou de vie future aux habitants de Srebrenica et de Žepa. »
Casques bleus tâchés de sang
À Potočari, 5 000 civils, dont 350 hommes, s’étaient réfugiés dans la base militaire de la Forpronu où étaient stationnés des Casques bleus néerlandais censés protéger les populations locales. 25 000 autres se massèrent à l’entrée de la base. Face à l’assaut serbe, les troupes onusiennes ont rapidement été débordées, sans qu’aucun soutien aérien n’ait été mis en œuvre pour stopper l’avancée serbe. Les Casques bleus acceptèrent de livrer aux Serbes les 350 hommes réfugiés dans la base. Ils assistèrent, arme au pied, aux exécutions. L’État néerlandais a été reconnu responsable en 2017 de la mort de ces 350 personnes par la Cour d’appel de La Haye.
Srebrenica dans l’ombre de Gaza
Du Rwanda en 1994 à Srebrenica un an plus tard, les troupes d’interposition censées protéger les civils n’ont agi qu’en fonction des intérêts des gouvernements qui les avait mandatées. Dans les Balkans, les gouvernements impérialistes étaient à la recherche d’un terrain d’entente avec les dirigeants serbes, quitte à sacrifier des milliers de personnes à Srebrenica. Aujourd’hui, des politiciens serbes de Bosnie comme Aleksandar Vučić ou Milorad Dodic, continuent de nier le génocide et de souffler sur les braises toujours rouges de l’ethno-nationalisme.
Face au négationnisme, les familles de victimes rassemblées à Srebrenica-Potočari le 11 juillet dernier réclament à juste titre un devoir de mémoire. Les États-Unis, la France et les autres pays impérialistes les soutiennent, mais quelle hypocrisie, alors que les gouvernements impérialistes n’ont rien fait pour protéger les civils et qu’ils n’ont cessé de traiter avec des dirigeants nationalistes responsables d’atrocités (comme Milošević, décédé en 2006 avant l’issue de son procès devant le TPIY) ou menaçant aujourd’hui encore de relancer le cycle des violences.
L’histoire se répète : la complicité tacite des dirigeants impérialistes couvre des génocides, hier à Srebrenica, aujourd’hui à Gaza. Et lorsque la paix revient, sur les charniers et les colonnes de réfugiés, les grandes déclarations cherchent à enfouir la mémoire de cette complicité.
Sacha Crepini
