La mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque a été l’occasion d’un déchaînement anti-LFI : pour les dirigeants des partis de droite et du centre, c’est une aubaine permettant de se débarrasser des réserves vis-à-vis de l’union de la droite et de l’extrême droite, dont il paraît que c’est le vœu d’une majorité de leur électorat.
Jusque-là, c’est autour du Rassemblement national qu’il fallait un « cordon sanitaire » électoral. Un cordon devenu de plus en plus lâche : aux dernières Législatives, si les candidats du Nouveau front populaire se sont désistés pour éviter des triangulaires favorables au RN, la réciproque n’avait pas été vraie chez les Macronistes et les Républicains.
Les digues sont donc rompues. Dans certaines villes, comme à Nantes, des listes d’union des droites ratissent des Macronistes jusqu’à des soutiens de Zemmour. À Nîmes, Bourg-en-Bresse, Colmar et même Paris, ce sont des élus LR qui s’allient avec le RN ou Reconquête. Au niveau national, Bruno Retailleau est allé jusqu’à approuver la proposition de dissolution de LFI faite par Christian Estrosi, regrettant que ce soit difficile… Mais cela permet de justifier ses propos : « Je ne mets pas de signe d’équivalence entre le Rassemblement national, qui est un adversaire politique » et la France insoumise, précisant même, pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, que LFI « est sorti de l’arc républicain ». Le RN est donc admis dans l’arc en question. De fait, Aurore Bergé, ministre du gouvernement Macron-Lecornu, a appelé le RN à faire barrage à LFI au second tour des municipales.
Les références à l’extrême droite ne font plus peur. La même Aurore Bergé n’a pas hésité à parler, à propos de LFI, d’« anti-France », expression empruntée aux ligues fascistes des années 1930… Et la candidate LR-Renaissance à la mairie de Marseille, Martine Vassal, a annoncé la couleur de « ses valeurs » qui sont « le travail, la famille, la patrie », ce qui n’est autre que, aux articles près, la devise pétainiste « Travail, famille, patrie »…
L’union de la droite et de l’extrême droite : un cocktail électoral vu comme gagnant, celui-là même que Trump a réalisé à l’intérieur du Parti républicain. Et tous les candidats à la prochaine présidentielle de la droite et du centre rêvent d’arriver en tête pour bénéficier de cette nouvelle configuration du « barrage ».
Alors… que faut-il de plus pour convaincre les militants ouvriers qui croient encore aux mirages électoraux ? On ne sait pas quand se présentera une situation révolutionnaire, mais ce sera certainement avant que les élections offrent une chance de changer la société !
Jean-Jacques Franquier