
« Au premier comme au second tour, il n’y aura pas d’accord national entre le Parti socialiste et La France insoumise », a répété sur tous les tons Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) et tous les caciques du parti, Hollande en tête. La présence du mot national n’était évidemment pas anecdotique et à Toulouse, Nantes, Avignon, Lyon, Brest, Limoges, Clermont-Ferrand, des accords ont bien été conclus pour fusionner les listes pour le second tour. Y compris à Tulle, le fief de François Hollande, où le PS a passé un accord avec LFI ! Cela va donc d’un clair accord politique, comme à Toulouse, à un accord dit « technique », comme à Nantes ou Brest. Et, même là, il y a des nuances ! À Nantes, les candidats LFI sur la liste de la maire PS sortante, Johanna Rolland, ont annoncé qu’ils siégeraient dans l’opposition. À Brest, le côté « technique » mis en avant assume son aspect « politique », puisque le maire sortant PS, François Cuillandre, a précisé : « Le souhait que nous avons, c’est de continuer cette aventure en commun de la gauche. » En revanche, à Marseille, Paris ou Lille, le PS a refusé tout accord avec LFI : une situation significative puisque, dans ces deux premières au moins, le risque est grand de perdre la mairie. À Marseille c’est le candidat LFI, Delogu, qui a décidé de se retirer.
La contradiction ne fait que refléter la situation dans laquelle se retrouve le Parti socialiste. S’il a maintenu, globalement, ses positions aux municipales et a besoin de toute la gauche institutionnelle pour conserver des bastions, ses dirigeants ont les yeux tournés vers les prochaines échéances : la présidentielle et les législatives de 2027. Et, là, la situation ne se présente pas du tout de la même manière !
Les dirigeants du PS ont, de fait, pris acte de la porosité de la « frontière » (ténue…) entre la droite des Retailleau-Wauquiez et l’extrême droite de Le Pen-Bardella-Ciotti. Avec une gauche qui a montré au premier tour des dernières législatives qu’elle plafonnait à moins de 29 %, les dirigeants du PS semblent plutôt vouloir mettre la balle au centre : se rapprocher des macronistes, en escomptant que, de toute façon, les voix de la gauche leur seront acquises aux seconds tours. Un virage déjà amorcé depuis des mois avec, entre autres, le soutien de fait du PS au gouvernement Macron-Lecornu en lui permettant l’adoption du budget.
Pour la droite, la mort de Quentin Deranque a été une aubaine pour déplacer le « cordon sanitaire » du Rassemblement national vers LFI et préparer ainsi les esprits à l’union de la droite et de l’extrême droite. L’occasion était trop belle pour les caciques du PS de se joindre à ce concert de voix hypocrites et clamer ainsi haut et fort la fin de l’union de la gauche. Au niveau national, dirait prudemment un Olivier Faure pour qui Mélenchon « n’a pas la capacité d’emmener la gauche vers la victoire et de barrer la route à l’extrême droite ». Traduisez : avec l’appui des macronistes en mal de leader, l’un des nôtres aurait ses chances face à l’extrême droite.
Difficile de dire ce que vaut un tel calcul électoral : la période est plutôt à la polarisation, peut-être pas encore sociale, mais au moins dans les votes. Appuyé sur sa réputation « de gauche », le PS a sans doute maintenu ses positions au premier tour des municipales. Mais ce que montrent les résultats de ce premier tour, c’est un renforcement de l’extrême droite d’un côté – que nous analysons dans un article –, et une poussée de LFI, jusque-là peu présente de façon autonome dans les élections locales.
Les buts d’un Mélenchon sont eux aussi purement électoralistes. Mais, si son langage est double – institutionnel et radical à la fois –, c’est le côté radical qui séduit de très nombreux jeunes qui ne voient pas en quoi la politique des dirigeants de LFI détourne systématiquement leur colère vers des impasses électorales. De ce point de vue, la poussée de LFI est un signe encourageant pour les luttes de demain. À condition qu’une autre perspective, une perspective de classe, révolutionnaire, soit proposée à ceux qui constituent la base militante de LFI. Et qui, immanquablement, découvriront l’énorme hiatus entre leurs aspirations et les buts des Mélenchon et autres Bompard.
Il appartient aux organisations révolutionnaires de planter dès maintenant cette perspective. Une perspective dont la crédibilité dépendra non seulement de nos efforts militants aux uns et aux autres, mais de notre capacité à offrir un front uni en construisant un pôle des révolutionnaires.
Jean-Jacques Franquier