Nos vies valent plus que leurs profits

Conférence de Paris, contribution du NPA-R — Passer de la révolte à la révolution

Guerres et génocide, destruction de la planète et des ressources vitales, absence de démocratie et corruption, chômage et misère des promesses de développement, violences sexistes et sexuelles, voilà les tares du système capitaliste qui sont contestées par une partie importante de la jeunesse à travers le globe. En creux, toutes ces problématiques expriment objectivement la nécessité du socialisme. Pour autant, les révoltes auxquelles a largement participé la jeunesse, et les dures confrontations entre mouvements contestataires de masse et États dans de nombreux pays, n’ont pas débouché sur un renforcement généralisé du mouvement communiste révolutionnaire. D’un côté durcissements militaristes et répressifs de nombreux gouvernements au service des plus riches, de l’autre luttes massives de jeunes et de travailleurs ces dernières années, comme ont pu en témoigner les insurrections au Népal, à Madagascar ou au Maroc, le monde se polarise entre camps sociaux. En France aussi, les jeunes ont participé à une série de mobilisations et de mouvements dans les dix dernières années, se mobilisant contre les attaques antisociales dans les lieux d’études, la destruction de la planète, la réforme des retraites ou encore le génocide en Palestine.

Si là où des groupes révolutionnaires existent, ils parviennent parfois à rayonner auprès des jeunes, la popularisation des idées communistes révolutionnaires n’est pas automatique​​​​, ni la nécessité de la construction d’un parti révolutionnaire au sein de la classe ouvrière. C’est principalement dans la petite bourgeoisie universitaire que l’extrême gauche révolutionnaire recrute aujourd’hui l’essentiel de ses forces vives. Une situation qui n’est pas que favorable aux tâches que se donnent les organisations communistes révolutionnaires : elle les rend sensibles aux idées actuellement dominantes dans la petite bourgeoisie et les détourne des tâches prioritaires d’intervention dans la classe ouvrière. Pour autant, le recrutement dans la jeunesse scolarisée peut-être un levier important dans les capacités de groupes révolutionnaires à tisser des liens avec le monde du travail, à condition de mener une politique volontariste dans ce sens.

« La jeunesse est la flamme de la révolution »

Si nous nous intéressons à la jeunesse, c’est aussi pour son rôle dans les mobilisations et les processus révolutionnaires au sens large. La jeunesse n’est pas une classe sociale et ne peut pas prendre le pouvoir et le contrôle sur les moyens de production, c’est une couche sociale spécifique qui reste très hétérogène : elle regroupe aussi bien les futurs prolétaires que les futurs bourgeois, aussi bien des étudiants qui se préparent aux « grandes écoles » de la classe dominante que des jeunes futurs travailleurs ou travailleuses précaires.

Les jeunes (y compris de la petite bourgeoisie) peuvent constituer une force d’entraînement importante comme on a pu le constater dans des mouvements de masse comme Mai 68, où ils ont pu entraîner la classe ouvrière derrière eux. L’explosivité de la jeunesse, sa présence dans les luttes est explicable par bien des raisons : par ses conditions matérielles instables, par une disponibilité à s’enthousiasmer pour des idéaux, par le moindre poids des défaites du passé, de la bureaucratie syndicale, du corporatisme, et des organisations réformistes verrouillant les possibilités de mobilisation, qui pèsent bien souvent dans le monde du travail. Pour autant, la jeunesse scolarisée ne peut à elle seule renverser le capitalisme sans la classe ouvrière : les mobilisations de la « Gen Z » (majoritairement dirigées par la jeunesse petite bourgeoise) en sont encore un exemple.

La participation de ces jeunes à de nombreux processus révolutionnaires est un signal positif, bien qu’il pose le problème suivant : comment faire pour que les jeunes se mobilisent au service des intérêts de la classe ouvrière dans ces processus ?

Comment recruter des jeunes et les transformer en cadres dédiés à l’implantation des idées communistes dans la classe ouvrière ?

Que ce soit dans la classe ouvrière ou dans la jeunesse étudiante, les idées socialistes révolutionnaires ne sont pas majoritaires et elles ne le deviendront pas par magie grâce aux luttes sociales, quelle que soit leur ampleur (elle-même limitées par l’absence de perspectives révolutionnaires). Les dernières explosions sociales, malgré leur radicalité, ont été marquées par leur manque de perspectives politiques (quoi faire, pourquoi et comment) et cette situation ne pourra pas être bousculée par le seul activisme militant. La défense et la diffusion en propre des idées et pratiques interventionnistes marxistes est fondamentale pour les organisations communistes révolutionnaires. Une organisation qui ne met pas à l’ordre du jour la formation politique de ses sympathisants et militants non seulement ne construit que sur du sable mais serait incapable de fournir des perspectives aux masses en lutte. C’est notre analyse marxiste que nous opposons aux idées influentes dans certaines parties de la jeunesse, du post-modernisme au réformisme, en passant par différentes formes dites d’actions directes plus ou moins radicales. Au NPA-Révolutionnaires, cette formation est articulée autour de formations publiques régulières sur les lieux d’études, d’échéances nationales de formation basées sur des classiques du marxisme et des analyses des situations présentes, ainsi qu’un suivi individuel de la formation politique des militants et sympathisants. Celle-ci constitue un critère à l’intégration à l’organisation.

Cette formation politique va de pair avec une intervention directe dans la lutte de classe, tout aussi fondamentale, car la seule assimilation de la théorie marxiste ne suffit pas à qualifier et sélectionner les militants aux tâches qui incombent aux révolutionnaires. C’est sur le terrain réel de la lutte de classe que les militants peuvent faire le test de leur politique et de leur capacité à entraîner. Et réciproquement, gagner des jeunes aux idées marxistes est fondamental pour leur permettre d’intervenir dans la lutte des classes et d’y proposer une politique juste.
Par ailleurs, les mobilisations de jeunesse peuvent peser favorablement sur la situation politique générale, car des fractions de la classe ouvrière sont sensibles aux mobilisations de la jeunesse, et facilement à ses côtés.

Partout où nous sommes, nous cherchons à prendre des initiatives qui dessinent des perspectives de lutte et permettent la structuration démocratique de celles-ci. Ces efforts militants reposent sur notre capacité à entraîner d’autres autour de nous. Si nous n’avons pas le pouvoir de déclencher des mouvements de grande ampleur par notre seul volontarisme, nous pouvons néanmoins prendre des initiatives, faire de l’agitation sur tel ou tel mot d’ordre, quand nous sentons une ambiance, y compris en nous adressant aux autres organisations de jeunesse pour impulser des cadres unitaires de mobilisation. Nous devons défendre une orientation allant plus loin que les revendications initiales « de la jeunesse ». Par exemple, lors des mobilisations étudiantes, nous cherchons à ne pas nous cantonner à telle ou telle revendication, nous avons la préoccupation constante non seulement de faire émerger une critique d’ensemble de la société existante, mais également de chercher à s’adresser à la classe ouvrière.

Ainsi, lors de la dernière mobilisation contre la réforme des retraites en France (2023), nous avons cherché à construire une direction alternative (la Coordination nationale étudiante) aux directions syndicales, à partir des assemblées générales étudiantes. Plusieurs dizaines d’universités ont ainsi élu leurs délégués qui étaient chargés d’élaborer une orientation politique pour l’ensemble des étudiants mobilisés. Là où les directions syndicales espaçaient et canalisaient les journées massives de grèves sur le calendrier parlementaire, la CNE défendait la nécessité de la généralisation de la grève et l’organisation à la base des étudiants et travailleurs. Si la CNE n’a pas réussi à contester la direction de l’intersyndicale, elle a été capable de proposer un autre rythme de mobilisation à celles et ceux qui cherchaient une alternative.

Bien entendu, être de bons militants dans la jeunesse étudiante ne présage pas, en soi, des capacités à développer un courant communiste révolutionnaire dans la classe ouvrière. L’intervention des militants étudiants dans leur milieu initial doit être liée à une préoccupation quotidienne vers les milieux ouvriers, soutenue et développée par l’ensemble de l’organisation (par l’aide logistique et politique à la diffusion de matériel politique dans le monde du travail, le suivi régulier d’un travail ouvrier…).

Être jeune, lycéen ou étudiant, c’est choisir ce que l’on va faire de sa vie – les enfants de prolétaires ayant évidemment moins de choix à leur disposition. C’est s’apprêter à entamer telles études, dans tel domaine, pour faire tel boulot, qui sera peut-être « moins pire » qu’un autre, mais qui sera toujours soumis aux impératifs de la société capitaliste. Mais si cette société nous impose de construire nos choix de vie autour du travail, nous communistes, pensons que militer pour la révolution peut aussi être un choix de vie.

Consacrer son temps et son énergie à se former, à militer, à sortir de son milieu pour se tourner vers la classe ouvrière, voire peut-être même s’y implanter directement… ce sont aussi tous ces choix de vie que nous cherchons à discuter avec nos jeunes camarades.

Au NPA-R, ceux-ci sont principalement organisés dans des comités « jeunes » liés au lieu d’étude où ils interviennent, afin que ceux-ci puissent organiser le plus efficacement possible le recrutement dans la jeunesse. Certains participent également à des comités d’entreprises ou locaux – s’il n’y a pas assez de jeunes pour s’organiser de manière autonome, ou pour soutenir un travail ouvrier. Les militants jeunes appartiennent à un secteur jeune qui dispose de ses propres instances nationales, dont la politique est élaborée avec le reste du parti permettant d’adosser la politique en direction des jeunes en tension avec les préoccupations de la classe ouvrière.

NPA-Révolutionnaires

 

 

La conférence de Paris de mai 2026 — voir l’article paru dans Révolutionnaires no 55