
Le grand succès de l’entreprise est de savoir « désapprendre » les dividendes de la paix, se félicitait, devant un groupe d’experts, Frank Saudo, président de SED, filiale du groupe aéronautique Safran. On ne peut pas dire que l’activité civile du groupe, électronique et moteurs d’avions qui propulsent notamment les Airbus, n’était pas rentable. Mais son secteur électronique et défense (Safran Electronics & Defense ou SED), déjà grassement bénéficiaire, est celui qui, avec l’actualité du monde d’aujourd’hui et le gonflement du budget militaire décidé par Macron, va propulser les profits dans l’espace, se flatte son président pour en convaincre experts… et investisseurs.
À l’image de la Rheinmetall allemande, qui depuis quelques années assume de s’éloigner de ses activités automobiles pour se concentrer sur sa production de défense. Suivi de Renault qui se lance dans la fabrique de drones, l’espérant plus rentable que la Twingo…
Dans cette lignée, en l’espace de deux ans, SED a fait l’acquisition de deux entreprises : Preligens, spécialiste de l’analyse d’images et de vidéos par IA, devenu Safran.AI, en 2024 ; et Syntony en 2026. Spécialiste toulousain du GPS « robuste », Syntony s’était plutôt fait un nom dans des applications civiles de ses produits, pour la construction souterraine par exemple ; Preligens, elle, était déjà soutenue par un fond du ministère des Armées et affichait clairement ses ambitions de servir au renseignement et à la sûreté militaire. Sans doute soucieuse de ne fâcher personne et de tirer des dividendes des deux bords, SED communique sur deux fronts : Safran.AI ne se cantonnera pas au militaire, mais pourra fournir des solutions pour le contrôle qualité des avions civils ; quant aux technologies Syntony, SED rappelle qu’elles permettent de résister aux obstacles physiques, mais aussi au brouillage volontaire : bien pratique en cas de guerre (et même pour les avions civils, qui pourraient être la cible d’« actes de malveillance » de « puissances hostiles »). Un bon moyen de glaner des investissements tant d’avionneurs civils que de clients militaires.
En interne, SED lance aussi un « challenge d’innovation » à ses salariés sur le thème « Adapter [à l’industrie de défense] ce qui marche pour le civil ». Tout un programme ! Et comme toujours sur le dos des salariés de ces entreprises et de leurs prestataires ou intérimaires : car si Franck Saudo peut se vanter sur LinkedIn d’avoir pu multiplier par six ou sept les cadences de production de certains produits en cinq ans, c’est avant tout grâce au travail des salariés. Qui pourraient bien en avoir ras-le-bol que l’on se fasse du profit sur leur dos et pour une course à l’échalote guerrière !
Gabriel Laudin