« Tu es ponctuel. Tu arrives à l’heure, tu repars à l’heure ». C’est ce que me dit mon chef, en présence du sien, un jour en fin de service. Mais son ton sous-entend un reproche : « tu n’es pas assez impliqué ».
Ça fait quelques mois que j’ai pris mon poste dans ce laboratoire à qui les centrales à béton sous-traitent les tests qualité de leurs produits. Je fais la tournée des sites le matin. Je passe mes après-midi à faire des granulométries et rédiger des rapports. Au début, j’en ai un peu bavé pour prendre le rythme. Mais en peu de temps, j’ai appris à aller aussi vite que mon prédécesseur parti au bout de six ans.
« Les gens de ton âge », dit le chef qui a entre le double et le triple du mien et me parle comme si j’étais son gosse, « ils veulent tout, tout cuit dans la bouche ». C’est vrai que lui, à part le Smic – et encore, il m’est arrivé de faire des mois à 1 200 euros… –, il estime qu’il me doit surtout une charge de travail. Mes échantillons font parfois 30 kilos, et je dois me bousiller le dos pour les déplacer. Je manipule du soufre porté à 150 °C. Et il y a la poussière qui recouvre tout dans le labo. Quand je me mouche, je vois bien que mon masque ne filtre pas toute la poussière. La « fine », issue du gravier de carrière, est faite de grains si petits qu’ils passent partout.
Quand j’ai demandé ce que je toucherais si je passais comme prévu en CDI, ils m’ont proposé… un autre CDD « pour voir si ». J’ai été bosser ailleurs. J’imagine que mes chefs racontent cette histoire autour d’eux pour dénigrer la jeunesse. J’aimerais bien que ces boomers récoltent un jour ce qu’ils sont en train de semer : une bonne grève.
Un lecteur