
Le Parlement israélien, la Knesset, a adopté en première lecture le 11 mai un projet de loi visant à étendre le contrôle du gouvernement sur les sites archéologiques situés en Cisjordanie. Sous prétexte de développer ces sites, un organisme nommé « Autorité du patrimoine de Judée et Samarie » (nom biblique de la Cisjordanie), pourra, en cas d’adoption de la loi, acheter ou exproprier des terres occupées par des Palestiniens. « Nous reprenons ce qui nous appartient » a déclaré le ministre du Patrimoine, membre du parti d’extrême droite Otzma Yehudi (Force juive, en hébreux) qui revendique l’annexion de la Cisjordanie.
Cela concernerait non seulement la zone C de la Cisjordanie, qui, aux termes des accords d’Oslo se trouve sous contrôle temporaire d’Israël (un temporaire qui dure depuis trente ans !) mais également la partie placée sous l’administration de l’Autorité palestinienne.
Des expulsions de centaines d’hectares de terres agricoles ont déjà eu lieu dans le passé, au prétexte que s’y trouveraient des vestiges liés aux récits bibliques, à la réalité pour le moins douteuse. Mais, comme il existe un site archéologique dans presque chaque village, même si ce sont souvent de simples amas de pierres, il s’agit, en réalité, ni plus ni moins que la continuité du projet d’annexion de la Cisjordanie. Quand ce ne sont pas les colons qui cherchent à terroriser les communautés palestiniennes pour les obliger à partir, ou l’armée qui rase les habitations, en prétextant qu’elles se situent à l’intérieur de terrains militaires, c’est l’instrumentalisation de l’archéologie, au nom de la défense d’un patrimoine considéré comme exclusivement juif. Pour l’État sioniste, tous les moyens sont bons pour étendre la colonisation.
Que l’archéologie soit devenue un prétexte à la conquête territoriale, le gouvernement ne s’en cache même pas : « Nous approfondissons nos racines dans toutes les régions de la terre d’Israël et enterrons l’idée d’un État palestinien », a salué Bezalel Smotrich, colon et ministre d’extrême droite.
Face à une telle situation, l’Union européenne ne pouvait quand même pas rester sans rien dire, aussi a-t-elle déclaré que : « Le projet de loi israélien soulève de sérieuses préoccupations [sic], notamment en ce qui concerne une possible violation [re-sic] du droit international. » Mais il y a bien longtemps que les Palestiniens ont appris que pour défendre leurs droits, ils ne peuvent compter ni sur l’UE, ni sur l’ONU.
Thierry Flamand